RELIGIOLOGIQUES, 19 (printemps 1999) Postmodernité et religion


Lady Di et Mère Teresa :
deux saintes cathodiques ?

Christine Pina[*]

Abstract
Résumé

 

 

Entre la Princesse de Galles et Mère Teresa, la distance était immense et chargée de symboles : à travers elles, deux modes de vie s'affrontaient, deux continents se regardaient, deux mondes se dévisageaient. Leur décès respectif porte aussi, à sa manière, la marque de ces irréconciliables différences. À la mort accidentelle, violente et triviale d'une Diana, répond l'extinction paisible et annoncée d'une Teresa, fatiguée, usée. Alors que le parcours de la Princesse de Galles se clôt dans le luxe, la vitesse et une course-poursuite sur les boulevards parisiens, l'itinéraire de la petite nonne d'origine albanaise s'achève presque sans bruits dans la mégapole Calcutta, loin, très loin des paparazzi. Toutefois, le hasard du calendrier veut que se télescopent, par ces deux événements, l'opulence du Ritz et la misère des bidonvilles, le conte de fée et l'aventure missionnaire. Toutefois, ces dissemblances ne sont pas aussi irréductibles qu'il semble a priori. Car au-delà de deux destins de femmes que tout semble opposer, vont se jouer des funérailles grandioses à haute valeur télévisuelle et religieuse. Comme si notre Occident de «fin de siècle», accroché à son étrange lucarne, n'en finissait pas de chercher des occasions de se souvenir, de célébrer, de communier... Deux lectures complémentaires des funérailles de Mère Teresa et de Lady Di peuvent ainsi être proposées, comme étroitement imbriquées : d'un côté, l'étonnante mobilisation médiatique qui a transformé ces événements -- tout au plus nationaux -- en de véritables manifestations mondiales ; de l'autre côté, ce besoin implicite exprimé par des millions d'individus de communier et de pleurer autour des mêmes dépouilles mortelles.

 

Les funérailles : Voir à tout prix

pour une lecture socio-politique

 

Les funérailles de Mère Teresa et de Lady Di auraient-elles connu le même retentissement sans la présence, voire l'omniprésence, de la télévision dans nos sociétés contemporaines ? Il est difficile de répondre à cette question, même si l'on peut constater que, dans les deux cas, la puissance mobilisatrice du petit écran a été poussée à son maximum.

 

Grandeur et puissance des médias télévisuels

 

Qu'il s'agisse de l'enterrement de la religieuse de Calcutta ou de la «princesse fragile[1]», tout a été organisé pour que ce moment soit l'occasion d'une véritable mise en scène télégénique : puissance des moyens[2] mis en oeuvre, dimension visuelle incontestable, scenarii impeccables faits d'émotion et de grandeur. Certes, l'événement préexistait à l'intervention des médias télévisuels : il y avait bien un deuil, un moment de douleur partagé par le peuple indien ou anglais. Mais la télévision, en relais parfait, a poussé à son paroxysme l'événement, l'a retravaillé pour que l'intime -- la douleur, le sentiment de vide laissé par les deux femmes, les affrontements familiaux, etc. -- puisse être capté, vu par tout un chacun. Les médias ont ainsi su créer un «produit télévisuel» de haute qualité, mais également universellement acceptable et exportable.

Il serait bon de s'étonner de cette quête de l'image qui nous pousse sans cesse à voir et non à savoir : voir des couples illégitimes, surprendre une princesse en cours de gymnastique, épier l'intimité familiale. Avec la quête de photos volées, au-delà de notre attrait pour les confidences télévisuelles, se cache en fait une recherche moins avouable : l'attrait pour le «peep-show», le passage -- rendu anodin par la profusion d'images -- vers le voyeurisme[3] et l'interdit. L'intime devient un fonds de commerce[4], une manne financière que la télévision ou les journaux traquent : et encore une fois, c'est l'image qui intéresse, le voir qui fascine. Dominique Mehl, dans son ouvrage La télévision de l'intimité[5], démontre bien que le reality show doit son succès précisément, non à ce qui y est dit, mais à ce qui y est montré : le désarroi ou le bonheur, la peine, la dispute, la séparation... Cette observation tient sans doute à la persistance d'un mythe : l'idée que l'image nous parle sans artifice et qu'elle peut être universellement partagée et instantanément décryptée[6]. Elle traduit également deux désirs forts : celui de saisir dans l'instant une aventure humaine ou un événement et celui de partager avec d'autres, sans intermédiaire ni exégèse, une même émotion. Qui s'étonnera alors du succès rencontré en France par des magasines tels que Voici, Gala, Paris-Match, Ici Paris, achetés volontairement ou feuilletés dans la torpeur d'une salle d'attente chez le coiffeur ou le dentiste ?

Il y a une certaine ironie d'ailleurs à observer nos sociétés occidentales, si promptes à médicaliser la mort et, de ce fait, à la rendre moins familière, venir «s'émou-voir» autour du catafalque de ces deux femmes, certes mondialement connues, mais néanmoins étrangères à nos vies ordinaires. Comme si, par l'assistance aux enterrements respectifs de ces deux stars, il s'agissait de se ré-approprier la mort ou de la rendre proche. Mais le peuple -- et la presse -- n'aiment pas pleurer seuls : rappelons-nous les appels pressants des «tabloïds» britanniques pour que la famille royale exprime à son tour sa douleur et sa peine. Gardons en mémoire également le cri de victoire du Sun lorsqu'un de ses photographes saisissait enfin un Prince de Galles visiblement larmoyant, donc nécessairement triste et abattu. Lisons à l'aune d'une pression populaire, largement orchestrée par une presse accusée en quête de respectabilité, le discours d'Elizabeth II : la reine n'exprime-t-elle, au delà de sa propre affliction, une norme du deuil, une obligation de «tristesse visible et consommable» ? Car c'est par la télévision que devait passer l'amende-honorable de la famille royale, c'est à l'image que devait paraître le message d'apaisement d'une belle-mère réputée pour sa rudesse afin que puisse s'opérer la magie d'un direct qu'on aime à croire vrai et sans artifice.

Or, la grandiloquence des médias s'est moins déchaînée autour de Mère Teresa, précisément parce que la nonne de Calcutta avait su attribuer d'autres fonctions à la presse et à la télévision que la promotion personnelle ou le règlement de compte familial. Parallèlement, la passion et le désir du public s'exprimaient avec plus d'intensité à l'endroit de Diana, tout à la fois belle, jeune, riche et aventurière. Du côté de la religieuse de Calcutta, l'intimité et la richesse tenaient dans un seau, celui qui contenait deux saris de rechange, un bout de savon, des sous-vêtements de rechange, une assiette et un coussin[7]. Que l'on aime ou pas son action, la pauvreté était son quotidien, la proximité à la misère de tous les instants : les médias ne pouvaient que se faire témoins de cette disponibilité, que souligner l'étonnant parcours qui mena la nonne de l'Albanie à la création de mouroirs indiens. Avec Lady Di, la logique était fort différente : pour la Princesse déchue et humiliée, l'humanitaire n'est venu que tardivement, comme une thérapie salvatrice. Entre les réceptions grandioses et les défilés de modes, Diana avait besoin des médias pour donner de l'ampleur à son action et pour faire vivre son image de femme sensibilisée aux douleurs du monde : là, un cliché avec un malade du sida ; là, une photographie avec Mère Teresa dans le Bronx ; ici, l'image d'une femme s'insurgeant contre les mines antipersonnel. Dans cette grande foire aux clichés, comment faire en sorte que les médias et photographes n'en demandent pas toujours plus ou s'arrogent le droit de traquer jusqu'à la plus étroite intimité ? Si l'on admet, avec Edgar Morin[8], que la star est un produit entièrement consommable, le désir de Diana de garder partiellement secrète son aventure avec le fils al-Fayed paraissait voué à l'échec et relevait d'une naïveté dangereuse.

Mais à côté de cette norme du voir, il nous semble que les deux funérailles présentent des similarités étonnantes : mimétisme scénique et proximité signifiante.

 

Lire les funérailles comme des couronnements et des conquêtes

 

Mimétisme des scenarii en premier lieu, comme s'il n'existait qu'un seul schéma dans l'expression de l'hommage et du recueillement, comme si l'importance accordée à chaque événement appelait une unique mise en scène : élaboration d'un parcours dans les villes de Calcutta et de Londres pour permettre au peuple de voir les cercueils, transport des catafalques décorés des drapeaux royal et national sur un affût de canon, hommages militaires appuyés, présences soulignées de chefs d'État ou de leurs représentants, mobilisation des dignitaires locaux (premiers ministres, famille royale, etc.), cérémonies religieuses mêlant avec bonheur le souci du recueillement et du spectacle (présence dans les deux cas d'un chanteur exprimant en musique les mérites de la défunte), enterrement des corps dans l'intimité, comme si, à chaque fois, il fallait marquer des limites à la publicisation de la mort et à la douleur populaire. De telles proximités ne peuvent relever du seul hasard : il y va plus sûrement d'une concurrence entre l'Inde et l'Angleterre pour offrir les funérailles du siècle. Ce mimétisme traduit également le désir de proposer des mises en scène «regardables» et parlantes pour le public occidental, grand consommateur d'images et grand pourvoyeur de fonds pour le développement. Le calendrier des deux morts est venu largement remettre en cause le désir des gouvernants indiens d'offrir à Mère Teresa des cérémonies grandioses et uniques. Il est probable que l'enterrement de la Princesse de Galles et les conditions tragiques de sa disparition ont porté une ombre étonnante sur le deuil indien : en reculant les funérailles de trois jours[9], il s'est agi de laisser l'Occident reprendre son souffle et faire son deuil d'une star princière avant de participer pleinement aux cérémonies organisées en mémoire de Mère Teresa. Un journaliste indien s'interrogeait d'ailleurs, non sans malice et pertinence, sur le stock de larmes et de compassion encore disponible en Occident après l'enterrement de Diana[10]. Dans cet affrontement, certes pacifique, autour des cercueils de Mère Teresa et Lady Di, pouvait se jouer un concours de faste entre l'Occident, industrialisé et riche, et l'Inde, encore pauvre et en quête de reconnaissance mondiale. Guerre médiatique donc, mais également affrontement de deux pays autour d'une même norme du voir et de l'émouvoir.

Si le mimétisme scénaristique interroge, il peut en être de même de la signification de ces grand-messes télévisuelles que nous donnent à voir périodiquement la télévision. Pour les cérémonies offertes à Mère Teresa et Lady Di, s'agit-il de simples funérailles ou de moments particuliers dont la signification rejoint des enjeux politiques et nationaux ? Dominique Dayan et Elihu Katz, dans leur ouvrage La télévision cérémonielle[11], nous permettent de dépasser une lecture purement factuelle de ces deux moments forts : en effet, pour les deux auteurs, les grands événements que la télévision met en scène -- à grand renfort de publicité et d'effet d'annonce --, se caractérisent en premier lieu par leur fonction de rupture avec le quotidien rythmé par des programmes habituels. Ils deviennent incontournables pour le spectateur et composent une norme sociale : reconnus pour leur fonction intégratrice, ils encouragent, par les personnages qu'ils permettent d'observer, la participation, voire la politisation du téléspectateur. Le domicile de ce dernier devient tout à la fois agora, stade de «foot», église ou sanctuaire. Moments protocolaires souvent, les grands événements télévisuels sont également l'occasion d'une grande communion entre des spectateurs conquis et captivés. L'intérêt de l'ouvrage de MM. Dayan et Katz ne tient pas tant à cet essai définitionnel qu'à la typologie (héritée de la réflexion de Max Weber sur les modes de domination) que dressent les deux auteurs à partir de la fonction et de la signification de ces rituels télévisuels : tandis que les conquêtes, «moments nécessairement rares où l'humanité semble avancer à grands pas[12]» immortalisent un exploit qui dépasse l'imagination, les confrontations mettent en scène les conflits inhérents au fonctionnement social (débats politiques, Jeux Olympiques, compétitions de toute sorte, etc.). Le couronnement enfin, illustrant un rite de passage, invite à s'interroger sur le passé de la communauté humaine ou nationale à l'occasion d'une prise de pouvoir, de parades militaires, de funérailles.

Les funérailles de Mère Teresa et de Lady Di semblent parfaitement s'intégrer dans le type «couronnement» : en effet, elles constituent bien un événement télévisuel comme en témoignent l'empressement des médias et des politiques à en faire des apothéoses cérémonielles marquant le franchissement de la mort, le passage de la présence à l'absence. Il serait toutefois regrettable de les lire comme de simples rites de passage, du fait de la signification politique et nationale dont se sont revêtues ces funérailles. Dans les deux cas, les funérailles ont servi pour faire de ces deux femmes les vecteurs de messages institutionnels et politiques dépassant très largement leurs prises de position. Sans pour autant parler de manipulation, il y a bien eu détournement des cérémonies, captation -- par certains acteurs -- de l'image des défuntes, remodelage de leur message. Que l'on considère la cérémonie organisée autour de Diana ou des deux jours de deuil national imposés par le gouvernement indien, les deux femmes ont été instrumentalisées, réutilisées, «recyclées» soit par les politiques, soit par les médias eux-mêmes. De ce fait, au-delà de simples couronnements, le téléspectateur a pu assister, en direct, à de véritables conquêtes. Le terme s'applique parfaitement bien au cas de Diana : étrange enterrement en effet où un notable britannique s'en prend à la couronne royale et oppose «princesse de cour» et «princesse de coeur» ; moment émouvant pendant lequel la famille royale foule, à l'image de ses sujets et à sa hauteur, le pavé londonien pour s'incliner devant le passage du corps d'une roturière devenue princesse ; instant historique pendant lequel le drapeau royal est descendu au dessus de Buckingham Palace pour être remplacé par un Union Jack en berne ; événement hautement symbolique enfin lorsque le premier ministre travailliste s'avance pour faire la lecture de l'Épître aux Corinthiens. Car derrière cette cérémonie, derrière l'appel pressant des sujets de Sa Très Gracieuse Majesté à voir les Royals enfin émus, c'est tout le système politique anglais qui est montré du doigt, avec une famille royale jugée trop hautaine et trop éloignée des préoccupations de son peuple. Sans cynisme aucun, ces funérailles arrivent à point : elles ont été une caisse de résonance évidente pour un appel à un plus grand réalisme de la royauté[13]. D'autre part, elles ont constitué pour Tony Blair, nouveau premier ministre travailliste, un magnifique exercice de pragmatisme politique. Réussir à faire de Diana l'ambassadrice d'une Grande-Bretagne démocratique et en voie de rénovation économico-politique relève du machiavélisme le plus hardi. Le hasard du calendrier a voulu qu'une semaine plus tard l'annonce soit faite du refus, par le même gouvernement britannique, de couvrir désormais les frais d'entretien du Britania, yacht royal devenu symbole d'une monarchie toute puissante. Et c'est seulement quinze jours plus tard que la presse annonçait l'obtention par la Campagne internationale contre les mines (I.C.B.L.) et sa présidente -- Jody Williams -- du prix Nobel de la Paix. Émissaire du travaillisme anglais, Diana, dans sa mort, gagnait également les lauriers d'un prix qui, somme toute, ne lui était pas attribué[14]. Voilà bien deux diadèmes qui nous invitent à penser que, par sa mort, la princesse de Galles a précipité une conscientisation nationale et internationale bien peu envisageable de son vivant[15]. Il y aurait bien, dans ce cas, couronnement et conquête.

Le cas de Mère Teresa est plus ambigu mais autorise néanmoins quelques rapprochements avec celui de Lady Di. Tout d'abord, ces funérailles interviennent au moment où l'Inde fête le cinquantenaire de son indépendance. Ce télescopage des calendriers peut expliquer le faste que nous avions noté autour des cérémonies d'enterrement de la religieuse d'origine albanaise et justifie sans doute un tel débordement d'émotion, de fierté et d'unanimité. Inder Kulma Gujral n'a aucunement hésité, dans son discours officiel, à établir un parallèle audacieux entre les victoires de Gandhi et la mission de Mère Teresa, proposant ainsi de faire cohabiter dans le parnasse national, le grand politique et la petite nonne : «Dans la première moitié du XXe siècle, nous avons eu Gandhi pour nous montrer la voie dans la lutte contre la discrimination et l'injustice. Dans la deuxième moitié, Mère Teresa nous a conduits sur le chemin du service, conçu comme la plus belle forme de prière. Leur monde n'a pas de frontière.[16]» Pas de frontière, donc pas de division. Car ce qui aura marqué cet enterrement tient sans doute à l'unité que l'Inde -- pourtant très marquée par des déchirements sociaux ou religieux -- aura affichée autour de cette femme venue d'ailleurs. Oubliées les critiques adressées à Teresa de son vivant pour l'image terrible qu'elle donnait de l'Inde ; enfoui son procès en prosélytisme ; effacées les attaques contre la religieuse accusée de négliger une action contre les causes de la misère. Autour du catafalque, ce sont toutes les religions, toutes les castes, tout le peuple indien dans sa diversité et ses divisions qui se pressent, annoncent les médias. Ces funérailles auront également vu la présence du Premier ministre du Bengale-Occidental (Jyoti Basu) et du Bangladesh (Sheikh Hassina). Dans le même temps, s'amorçait la reprise des discussions avec le puissant voisin Pakistan. Toutefois, cette conquête que met en scène l'enterrement de Mère Teresa nous semble de faible portée. D'une part, même si les discours officiels résonnent d'un même appel à l'unité nationale, rien, concrètement, aujourd'hui ne permet d'entrevoir un désir de modification profonde de l'organisation socio-religieuse de la société indienne. Jean-Pierre Denis, envoyé spécial pour La Vie, précisait, comme désabusé : «La mort de Mère Teresa n'est qu'un instant d'unité symbolique entre des fragments disparates, inextricablement mêlés et irréversiblement étrangers.[17]» D'autre part, il faudra sans cesse se rappeler que Teresa a vaillamment bravé les clivages nationaux parce qu'elle a su se tenir extérieure aux débats politiques et aux questions de gestion de la cité. Enfin, Soeur Nirmala, à l'heure de son arrivée à la tête des Soeurs de la Charité, n'hésite pas à affirmer : «La pauvreté sera toujours là.[18]» N'est-ce pas une manière très crue de créditer l'idée d'une conquête tout à la fois limitée et impossible ?

Toutefois, la modification la plus claire doit être, selon nous, recherchée dans un domaine annexe -- ou croit-on annexe -- à l'événement télévisuel lui-même : la redécouverte du sentiment religieux dans notre société contemporaine.

 

Au-delà de l'événement télévisuel,

une quête religieuse plus profonde ?

 

En fait, que nous ont démontré les funérailles de Lady Diana et Mère Teresa ? La capacité de mobiliser deux milliards et demi de téléspectateurs derrière leur téléviseur pour assister à une messe.

 

À la recherche d'un autre religieux...

 

Certes, lors des funérailles de Lady Di, le spectacle était assuré par les dignitaires présents, un Elton John contrit et ému, un premier ministre très en vue et un Lord Spencer vindicatif. Mais ces éléments ne prenaient jamais place que dans le cadre d'une gigantesque célébration religieuse, avec lectures bibliques, moments de prière et de recueillement. Les motivations des spectateurs n'étaient peut-être pas aussi claires que cela et les applaudissements qui ont salué le discours du frère de la Princesse décédée témoignent de l'attrait pour le spectacle et le règlement de compte qui a pu encourager une assistance aussi nombreuse. Il ne faut toutefois pas négliger la part religieuse de notre XXe siècle et les modifications que la communication de masse a introduites dans notre quotidien. Sans pour autant parler de «village global»[19] à l'image de Macluhan, il est évident que la télévision, comme le téléphone quelques décennies auparavant, a radicalement transformé notre rapport à la communication, à l'espace, au temps et à autrui. Par l'intermédiaire d'un unique écran, nous voici à même de voir nos contemporains, de suivre leurs destins et, pour les plus curieux, de comprendre leur vie. Assister à l'enterrement d'une Lady Di ou d'une Mère Teresa, n'est-ce pas rechercher la communion avec la douleur des autres, n'est-ce pas tenter de partager, autour d'un même corps, une même prière et un même sentiment ? Il y a une norme sociale qui s'élabore alors autour de ce «j'ai tout vu, j'y étais»[20] qui n'a d'autre signification que le plaisir de rentrer dans la masse, de se voir identique à d'autres. Se savoir relié au monde par l'intermédiaire d'un seul écran, se vouloir proche des autres tout en gardant ses distances, voilà bien l'arsenal que nous propose la télévision et aujourd'hui, internet. Dominique Dayan et Elihu Katz[21] ne craignent aucunement d'employer, pour définir les événement télévisuels qui les occupent, un vocable religieux : parlant successivement de «rituels», de «cérémonies», de «communions universelles», d'une quête relationnelle, ils expriment bien en quoi la télévision a réinventé, au coeur de la modernité, ce religieux que l'on croyait disparu. La télévision a son calendrier immuable[22], sa liturgie journalistique, ses dieux et demi-dieux (présentateurs vedettes, stars du petit écran, champions sportifs devenus dieux du stade grâce à l'image...), ses rythmes quotidiens (journal de 20 heures et de 13 heures), ses batailles de titans en «access» et «prime-time», etc. Religion donc, mais aussi polythéisme. La télévision offre le foisonnement, propose le choix entre différentes divinités, tout en maintenant ce qui demeure au coeur du sentiment religieux : la joie de se savoir plusieurs milliers autour du même grand événement, l'émotion de se voir relier à d'autres dans une même ferveur.

Cette constatation d'une recrudescence de la thématique religieuse dans le monde télévisuel n'est pas nouvelle. Edgar Morin, étudiant le «star system» et les étoiles qu'il a créées[23], souligne également des rapprochements assez évidents avec la religion et ses rites. Parlant des stars, le sociologue démontre en quoi, autour d'elles, se créent les conditions d'une véritable divinisation : incarnation de l'amour, de la beauté inaltérable, la star a ses admirateurs amateurs de fétiches (photographies, autographes), ses chapelles (clubs), ses histoires d'amour grandiloquentes, ses combats olympiens. Le fan tente de communiquer avec elle, de communier avec son image -- choix de la même coupe de cheveux, utilisation des mêmes produits cosmétiques, etc. --, n'hésitant pas, parfois, à se sacrifier -- physiquement ou financièrement -- pour atteindre, l'espace d'une seconde, d'une lettre échangée, d'un regard entr'aperçu, son idole. L'offrande, la dévotion, le culte ont donc investi le milieu du cinéma ou de l'image par l'intermédiaire de ses stars. Or, précisément, le «star system» s'est peu à peu évadé du cinéma : la télévision, tenue au départ pour la petite soeur pauvre du grand écran, a su créer ses propres produits religieux. Présentateurs, héros de grandes émissions, chanteurs à la gestuelle syncopée ont su conquérir une place non négligeable dans le panthéon moderne. À leur côté, rois, princesses, «top models» occupent ce monde du rêve et de la dévotion. Car, avec une Grace Kelly, un James Dean, une Marylin Monroe et, plus près de nous, une Cindy Crawford ou une Diana, c'est la beauté, le rêve, ce mélange subtil de proximité et d'interdit que le spectateur traque. En un sens, il expérimente invariablement, au coeur de notre modernité, la séparation entre le profane et le sacré qui fait l'essence, selon Emile Durkheim, de la religion[24].

Précisément, les funérailles de Diana et de Mère Teresa ont été, à leur manière, l'occasion de véritables cultes : pèlerinages autour du catafalque ou dépôts de fleurs devant le portail de Kensington House par tout un peuple éploré, ont nettement montré que la distance entre l'amour et l'idolâtrie s'était effacée. Mais pour quelle forme de religion ? Une religion universelle en premier lieu dans laquelle la télévision et les médias visuels jouent le rôle de témoins et d'apôtres pour déverser, via plus de quarante chaînes de télévision, des images en direct[25]. Une religion qui ignore et transcende les frontières de nos vieilles Églises, en second lieu. Autour de Diana, les spéculations sont allées bon train. Certes, elle était anglicane et c'est cette pureté religieuse (autant que sa virginité) qui a joué en sa faveur lorsqu'il s'est agi de choisir une épouse au Prince de Galles. Sa belle-mère, Elizabeth II, demeure le chef de l'Église anglicane, démontrant ainsi les proximités étonnantes, en Grande Bretagne, entre sphères spirituelle et temporelle. Dans l'Église catholique anglaise, des voix se sont élevées pour appeler à la canonisation de Diana, comme si la Princesse de Galles était un fonds de commerce commode pour toutes ces religions institutionnelles en perte de vitesse. Il s'est même trouvé des personnes pour rappeler que la Princesse divorcée, envisageant un remariage avec Dodi al-Fayed, parlait avec sérieux d'une possible conversion à l'Islam. Princesse déchue, femme mal-aimée, mère attentive et simple[26], Diana concentrait également des vertus d'oecuménisme et d'universalisme, universalisme que notre XXe siècle aime à croire simple et sain.

Dans le cas Mère Teresa, véritable ambassadrice du catholicisme hors des frontières de l'Occident, ce phénomène ne devait pas se reproduire : n'avait-elle pas été critiquée pour ses prises de position sur la morale sexuelle, très en résonance avec l'avis de la curie romaine ? N'était-elle pas accusée de convertir au catholicisme des indiens mourants, donc peu à même de défendre leurs convictions religieuses ? La personnalité de la religieuse devait prémunir du foisonnement religieux qui avait entouré la princesse de Galles. Or, précisément, les journalistes ont particulièrement insisté sur la présence, autour de sa dépouille et dans les rangs des habitants de Calcutta éplorés, de castes et de religions jugées irréconciliables. La cérémonie elle-même a permis que s'expriment, dans leur tradition respective, musulmans, catholiques, hindous. «En tant qu'être spirituel, elle n'était pas prisonnière des liens de sa religion. Elle se situait au-dessus des religions. Et comme les hindous, elle pratiquait le karma yoga...[27]», explique un habitant de la grande Calcutta à un journaliste de La Vie. Reconnaissance d'une personnalité et d'une action au-delà de la confession d'appartenance, désir d'être à l'unisson d'un pays qui recherche son unité, ou tropisme journalistique en quête de saints et de héros volontiers exportables et consommables par tout un chacun ? L'unanimité qui a prévalu à ces funérailles n'en finit pas de nous étonner : nos sociétés seraient à ce point malades qu'elles se cherchent sans cesse des conquérants symboliques, forçant l'admiration et le respect de tous, en même temps ? Quelle est donc cette religion de l'immanence, du visible, de l'unanimité que nous propose une télévision qui prétend tout voir, et ainsi, tout savoir ? En Europe, il faudrait s'interroger sur le phénomène qui a propulsé à la une des classements de meilleurs «CD deux titres» l'inoubliable Candles in the wind de Elton John. On imagine assez la «ménagère de moins de cinquante ans» émue par cette chanson recyclée[28] et désirant garder chez elle un témoignage de cette vague d'émotion, un objet de souvenir, une relique... Les éditeurs de musique en Angleterre n'ont d'ailleurs pas hésité à presser le disque de la cérémonie, disque qui a rencontré rapidement un immense public. Des milliers de discothèques personnelles anglaises et américaines[29] notamment se sont ainsi parées d'une messe. La logique n'est plus dès lors d'affirmer «j'y étais, j'ai tout vu», mais également «je l'ai à la maison, près de moi» : il s'agit de maintenir le lien le plus longtemps, de conserver -- au milieu de disques de rock ou de musique pop -- une trace de la disparue et de la chaleur éprouvée au moment de la cérémonie, avec des milliers d'autres individus. De la même façon, entre les dépôts de fleurs «sauvages» au Pont de l'Alma et la visite au «Diana Land» créé par Lord Spencer, s'affirme le besoin de lieux de pèlerinage nouveaux. Magie et religion se mêlent alors dans leur fonction de réminiscence, de liaison et de guérison de la douleur ressentie.

 

Comment naît le mythe : quand Diana dépasse Teresa

 

Le personnage de Diana aura toutefois permis que s'exprime davantage notre imagination mythologique. Décrite à sa mort comme un personnage fragile, sans défense, détruite par les hommes qui l'entouraient[30], volontiers trahie par son mari ou ses amants, l'image de Diana a été retravaillée. Autant Mère Teresa a été présentée d'une pièce, les médias insistant davantage sur sa force de caractère, ses excès d'autoritarisme, sa détermination, cette vocation indéfectible qui l'habitait, autant Diana, parce que divorcée, soit-disant mal-aimée de sa belle-famille, dépressive, anorexique puis boulimique, a concentré sur elle toute l'admiration et la compassion de milliers de femmes. Mère Teresa intéressait par son exemplarité, ce sentiment de bonté et de don total qui émanait d'elle, sa rigueur parfois excessive : de ce fait, elle nous interpellait et encourageait chez certains un don en retour. Mais les exemples sont parfois embarrassants. Pour Diana, il en allait bien autrement. Certes, elle était riche et avait connu la gloire, au point que son accession au statut d'altesse nous fasse rêver. Elle n'était pas un exemple, elle était un songe, une image inaccessible. Sa chute, son divorce, ses confidences télévisuelles ont permis à la star de rejoindre les humains, de les émouvoir avec des histoires qu'ils connaissent ou expérimentent au quotidien. Et les Anglais ont aimé l'image que cette princesse a alors donnée d'elle : la souveraine choyée est devenue une femme courageuse, amoureuse rebelle, mère volontaire. Quitte à ce que son image dévore son être, que l'idée qu'on se faisait d'elle importe davantage que sa personnalité ; au risque que la représentation de ses actes l'emporte sur son action réelle.

Pour Mère Teresa, ce type de construction était bien délicate. Certes, elle a su utiliser son image, faire fructifier son ordre sous les caméras, convoquer et mobiliser l'Occident autour de sa mission. Mais alors que Diana offrait ponctuellement son image, Teresa donnait sa vie et sa personne. C'est d'ailleurs autour de peu d'éléments que le mythe de Diana, femme moderne et active, s'est construit : des interventions bien orchestrées, une silhouette remodelée, façonnée par la gymnastique et les grands couturiers, une histoire d'amour qui se délite, puis, après quelques aventures là aussi vouées à l'échec, la renaissance dans les bras d'un riche héritier égyptien. Mythe de l'amour vainqueur, mythe de la femme moderne, mythe de la princesse de coeur, mythe de la victime expiatoire. Car à trop insister sur l'histoire de rêve de cette princesse, Joan Smith[31] nous rappelle que nous oublions que cette femme, à l'image de toute la upper middle class britannique, ne travaillait pas, dépensait sans compter pour sa promotion personnelle et des galas pas seulement de charité, profitait de vacances à rallonge et plaçait ses enfants, toute princesse du peuple qu'elle était, dans les plus coûteuses et prestigieuses institutions scolaires. Tandis que la Grande Bretagne s'émouvait d'apprendre que Diana enseignait aux jeunes princes à gérer leurs petites courses personnelles, elle oubliait aisément les transactions financières entreprises avec la famille royale après l'annonce de son divorce. Véritablement, le mythe rend inaccessible la réalité tandis qu'il modifie considérablement et pour toujours les individus qu'il visite. Et dans ce processus, la mort n'est pas innocente : elle apparaît injuste, néfaste, en même temps qu'elle crée les conditions de la pérennité, voire de l'éternité de l'image mythique. La star, et le mythe qui l'entoure, ne meurent pas. N'est-ce pas précisément ce message, chanté par Elton John, qui a fait le succès de Candles in the wind, version Monroe ou Spencer ? Edgar Morin a parfaitement expliqué comment la mort participait pleinement du mythe :

La mort accomplit le destin de tout héros de mythologie en accomplissant sa double nature : humaine et divine. Elle accomplit son humanité profonde, qui est de lutter héroïquement contre le monde, d'affronter héroïquement une mort qui finira par le terrasser. En même temps, elle accomplit le héros dans sa nature surhumaine, elle le divinise dans ce sens qu'elle ouvre les portes de l'immortalité. Ce n'est qu'après son sacrifice, où il expie sa condition humaine, que Jésus devient dieu.[32]

 

Or précisément à la mort annoncée de Mère Teresa, répond la mort violente -- et tout à la fois triviale -- de la Princesse de Galles. Néanmoins, les conditions dans lesquelles elle s'est éteinte ne sont pas sans impact sur la construction de son mythe : vitesse, luxe, alcool, amour, recherche de l'aventure à tout prix. Elle rejoint ainsi un James Dean mort au volant de sa Porsche, une Marylin suicidée au sommet de sa gloire, une Jackie Kennedy adulée par les médias et morte, sans doute, malheureuse. Et alors que le corps de Mère Teresa était accessible après le décès, visible, presque palpable par les Indiens éplorés -- au point que certains s'émouvaient de la lente mais évidente dégradation de la momie du fait des conditions météorologiques dans Calcutta --, la dépouille de Diana, abîmée et meurtrie sans doute, est demeurée invisible. L'absence de photos après son décès vient immortaliser une Princesse vivante et active[33] : de ce fait, la mort n'a pas d'action sur elle, puisque les seules images qu'il nous reste sont des clichés de sa trentaine. Au corps allongé et flétri d'une Teresa figée dans son dernier repos répond finalement le physique alerte et vigoureux d'une Diana enfermée dans son unique image, celle d'une femme restée inaccessible.

 

*

 

Dix-huit mois se sont écoulés depuis les décès de Diana et de Teresa, dix-huit mois où l'indifférence a peu à peu regagné le terrain, lentement, sûrement. C'est d'autant plus vrai pour Teresa qui, morte, enterrée, a quitté l'actualité. Il fallait chercher dans la presse française une évocation de la petite soeur de Calcutta lors de l'anniversaire de sa mort pour se rendre compte combien le temps, imperturbable mascaret, avait fait son oeuvre d'apaisement et mémoire. Pour Diana, l'affaire est plus complexe, parce qu'entretenue d'intérêts financiers convergents -- ceux de Lord Spencer gestionnaire d'un Diana Land qui doit justifier son existence, ceux de «tabloïds» qui n'en finissent pas de recycler la famille royale britannique, ceux des éditeurs de rétrospectives à succès, ceux d'un père al-Fayed blessé par la morgue britannique à l'égard de l'immigré égyptien qu'il est toujours. Pour autant, malgré le semi-échec du premier anniversaire de la mort de Diana et l'oubli de Teresa, nous ne pouvons ignorer l'épiphénomène des funérailles que nous a donné à observer la télévision. Nous aurions tort de n'y voir qu'une mascarade, une mise en scène sans signification pour nos sociétés occidentales. Et si Diana ou Teresa incarnaient, à leur façon, des madones du XXe siècle, des figures emblématiques pour la mort desquelles nous nous autorisions à donner la pleine mesure à nos angoisses et pleurs, tous ensemble, dans un moment paroxystique et, peut-être, sans lendemain ? La femme algérienne photographiée par Hocine[34] (AFP), après le massacre de Bentalha en septembre 1997, témoigne aussi, à sa façon, de ce besoin que nous avons de personnages forts, d'icônes de douleur et de compassion qui viennent cristalliser, le temps d'une minute ou d'une semaine, notre trop-plein de peine ou de peur. Images ou stéréotypes[35], ces femmes sont en quelque sorte les symboles d'une époque qui se cherche, entre la contemplation et l'action, entre la solitude et le besoin de recréer, sans cesse, du lien, qu'il soit religieux ou social.



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[*]Christine Pina est chercheure associée au CIDSP/IEP de Grenoble et chef de projet au journal Le Monde.

[1] Voir Télé 7 jours, no 1946, 13-19 septembre 1997, portant le titre de couverture suivant «Adieu Lady. Elle était si fragile».

[2]Pas moins de 45 chaînes de télévision retransmettaient en direct les images de la BBC, le samedi 6 septembre 1997.

[3]N'est-ce pas le même goût -- qu'Edgar Morin nomme «sadico-larmoyant» en ce qui concerne les stars désormais aimées parce qu'elles souffrent ou vieillissent -- qui nous pousse à nous repaître d'images de sportifs au bord de la rupture, souffrant sur leur petite reine ou s'effondrant après une ligne d'arrivée au nom d'une sacro-sainte «beauté du sport» ?

[4]Dominique Mehl, dans son ouvrage La télévision de l'intimité paru aux Éditions du Seuil, rappelle très justement que la frontière que le XIXe siècle avait instituée entre privé et public s'est profondément modifiée au sortir des années soixante-dix. Non pas que cette frontière n'existe plus, mais elle est devenue plus floue, comme poreuse. Dans le même temps, il semble qu'il appartient désormais à chacun de définir précisément ce qui relève, selon lui, du privé et du public.

[5]Dominique Mehl, La télévision de l'intimité, Paris, Éditions du Seuil, 1996, 253 p.

[6]À l'heure où fleurissent les cabinets de communication, où les hommes politiques s'éreintent à soigner leur «look» ou leur «présence» à l'écran, à l'heure également où l'image virtuelle vient révolutionner notre conception du cinéma ou de la publicité, un tel angélisme peut étonner.

[7]À cela s'ajoutait un matelas mince, aisément roulé sous le bras. Les soeurs de la Charité étaient ainsi mobiles et totalement en harmonie avec leurs voeux de pauvreté, de transparence et de consécration à la vie des pauvres.

[8]Voir Edgar Morin, Les stars, Paris, Éditions du Seuil, 1972, 190 p.

[9]Prévus initialement mercredi le 10 septembre, elles n'ont eu lieu que le samedi 13.

[10]Voir La Vie, ndeg.2716, 18-24 septembre 1997.

[11]Dominique Dayan et Elihu Katz, La télévision cérémonielle, Paris, PUF, 1996, 259 p.

[12]D. Dayan et E. Katz, La télévision cérémonielle, p. 30.

[13]Voir l'interview accordée par André Glucksmann à L'Evénement du Jeudi, 4-10 septembre 1997, p. 57.

[14]La revue Gala ne s'y est pas trompée, elle qui titrait à l'annonce du Prix Nobel : «Diana, sa dernière victoire.»

[15]Il faut noter que cette lecture que nous proposons n'autorise aucunement à penser que ces funérailles vont précipiter la fin de la monarchie britannique. En se soumettant à quelques gestes symboliques et en s'appropriant l'organisation des funérailles, la famille royale n'a-t-elle pas sauvé l'essentiel, c'est-à-dire sa légitimité dans le paysage britannique ? Ainsi, si Monica Charlot reconnaît que le peuple britannique se déclare moins fier aujourd'hui de sa monarchie et de son parlement que dans les années soixante, elle constate que seulement un Britannique sur cinq croit «que le pays se porterait mieux si la monarchie était abolie». Monica Charlot, «Diana ou la raison d'Etat», Le Nouvel Observateur, 4-10 septembre 1997, p. 71.

[16]Cité dans La Vie, ndeg.2716, 18-24 septembre 1997, p. 7.

[17]Jean-Pierre Denis, «L'adieu», La Vie, ndeg.2716, 18-24 septembre 1997, p. 8.

[18]Dans La Vie, ndeg.2716, 18-24 septembre 1997, p. 9.

[19]Cette expression fait fi, nous semble-t-il, des différentiels d'accès à l'information selon le pays considéré. Qui pourra jamais imaginer que l'Afrique participe du même mouvement que les sociétés industrialisées occidentales ? Le téléphone, dans l'Afrique sub-saharienne, demeure un investissement plus que secondaire et la télévision un placement que partage un village ou un quartier.

[20]Le message promotionnel pour la participation à la Coupe du Monde de football en 1998 en France est éclairant : en allant au stade, ne propose-t-il pas au supporter de pouvoir dire simplement «J'y étais» ?

[21]D. Dayan et E. Katz, La télévision cérémonielle, 259 p.

[22]On pensera, entre autres, au Téléthon annuel qui tente de réunir toute la France derrière la lutte contre la myopathie, à la célébration du Concours de l'Eurovision, au concert du premier janvier diffusé depuis Vienne, etc.

[23]Edgar Morin, Les stars, 190 p.

[24]Voir Emile Durkheim, Les formes élémentaires de la vie religieuse : le système totémique en Australie, Paris, PUF, 1979, 647 p.

[25]Le différé, parce qu'il permet à l'émotion de se diluer, est proscrit totalement.

[26]Diana possédait sans doute tous les attributs de la star dont parle Edgar Morin. En particulier, elle donnait le sentiment d'appartenir en même temps au monde des humains et au monde des dieux. N'était-elle pas, lorsque la Grande-Bretagne la découvre en 1980, «the girl next door», une jeune fille aux traits communs que tout Anglais aurait pu croiser dans son quartier ?

[27]Cité par Jean-Pierre Denis, «L'adieu», La Vie, ndeg.2716, 18-24 septembre 1997, p. 6.

[28]Cette chanson fut en effet créée au départ pour rendre hommage à Marylin Monroe.

[29]Le CD a été classé plus de deux semaines parmi les cinquante meilleures ventes de CD aux États-Unis, preuve que la folie Diana s'est largement exportée.

[30]Voir par exemple Madeleine Chapsal, Ils l'ont tuée, Paris, Éditions Stock, 1997, 140 p.

[31]Joan Smith, «"Diana", une femme du passé», Le Monde diplomatique, 523, octobre 1997, p. 32.

[32]Edgar Morin, Les stars, p. 143.

[33]Elle démontre également la prudence affichée alors par la profession journalistique, suite aux accusations qu'elle a essuyées après le décès de la Princesse de Galles.

[34]Hocine a reçu pour ce cliché le World Press Photo.

[35]C'est sans doute dans cette quête de symbole fort qu'il faut rechercher, en partie, l'explication de «l'erreur» qu'a commise l'AFP en annonçant que la femme photographiée, Mme Oud Saad, avait perdu ses huit enfants dans le massacre. Le cliché d'Hocine nous permet toutefois de saisir l'horreur de la guerre que se livrent islamistes et gouvernement algérien. Par le visage de Mme Oud Saad, ne peut-on voir l'Algérie pleurer et hurler son sentiment d'impuissance ?