Les résumés des articles du numéros 19

 

DENIS JEFFREY
RELIGION ET POSTMODERNITé : UN PROBLèME D'IDENTITé

Nous entrons dans le troisième millénaire avec une drôle d'idée de la religion. Le problème, en fait, paraît assez simple : nous ne savons plus comment parler de religion. Il semble que celle-ci soit devenue, au cours de la modernité, un objet interdit. La modernité serait le temps du renoncement à la religion. Toutefois, la religion est demeurée le lieu privilégié de la quête de sens et de la gestion des troubles existentiels. Cette religion discrète et inquiète, qui se pratique dans les marges des grandes institutions, s'est personnalisée. Il convient donc, pour comprendre la religiosité vagabonde actuelle, de porter une attention primordiale à la religion personnelle de nos contemporains. Il sera en ce sens question d'une postmodernité religieuse pour faire état de cette religiosité personnelle qui, si on peut s'exprimer ainsi, n'a pas encore été prise en compte et formalisée.

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ROGER LUSSIER
LA MORT ÉCLATÉE.
ANALYSE POSTMODERNISTE DES RITES FUNÉRAIRES

La modernité occidentale a contribué à transformer profondément les attitudes par rapport à la mort. De la mort largement «apprivoisée» d'époques plus traditionnelles, nous sommes passés, au cours du présent siècle, à la mort «niée"». Nous avons vu les rites de mort se simplifier, se privatiser, se techniciser, se professionnaliser, changer de lieux, se dissimuler et voire même parfois se réduire à leur plus simple expresssion. Si ces caractéristiques de la mort moderne marquent encore largement la ritualité funéraire actuelle, certaines manifestations laissent croire que notre attitude par rapport à la mort pourrait bien être en train de se transformer : cercueils biodégradables faits de papier recyclé ; urnes funéraires en forme d'objets familiers ; cimetières thématiques et désormais même virtuels -- voila sans doute autant de signes de la transformation rapide et profonde des rites de mort. Les rites funéraires contemporains correspondent de moins en moins aux rites traditionnels : ils sont de plus en plus éclectiques, traduisent souvent des valeurs nouvelles et différentes, voire une vision du monde réanchantée. Sont-ce là les signes d'une nouvelle attitude devant la mort ? Ce qui apparaît de plus en plus comme une revalorisation de celle-ci serait-il une tendance de ce qu'on appelle la postmodernité ?

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Julie COLPRON
SAMSÂRA : UNE VISION POSTMODERNE DU BOUDDHISME ?

La naissance d'une revue comme Samsâra témoigne de cet engouement pour les traditions religieuses orientales, en l'occurence le bouddhisme, dont la popularité semble croissante. Cet article tente de repérer de nouvelles formes de bouddhisme relu -- voire «traduit» -- par le discours et les codes de représentation occidentale. Il se propose plus précisément de montrer comment cette revue manifeste plusieurs des caractéristiques de notre culture contemporaine qui peuvent être mises en lumière par une «grille d'analyse postmoderniste». Cet objet n'échappe pas au projet postmoderne et sans radicaliser la rupture de la modernité, il demeure que le bouddhisme qui y est présenté n'a plus aucune filiation avec son origine doctrinale.

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CHARLES GAGNÉ
UN HÉROS POSTMODERNE ?
UNE INTERPRÉTATION DE LA FIGURE HÉROïQUE CAMPBELLIENNE
DANS LA CULTURE DES JEUNES

Les médias présentent sans cesse de nouveaux visages, symboles des mouvements de la culture actuelle. Certains disparaissent rapidement, d'autres laissent des traces et deviennent de nouveaux héros de notre temps. Ces héros-idoles ont un impact considérable sur l'identité et les valeurs de leurs «fans». Comment expliquer cet impact ? La «théorie du héros» du mythologue Joseph Campbell, éclairée par l'hypothèse postmoderne, offre à cet égard une piste intéressante. Tout en réalisant le même itinéraire-type que les héros de la tradition, considérés comme créateurs ou inspirateurs d'un grand récit, les «nouveaux héros» ont vécu des transformations importantes au niveau de leurs fonctions, de leur diffusion et de leur réception. Le héros exemplaire et constructif, accompagnateur de l'ordre établi, est devenu un héros fugace et tribal, qui reflète bien la sensibilité postmoderne.

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CHRISTINE PINA
LADY DI ET MÈRE TERESA : DEUX SAINTES CATHODIQUES ?

En septembre 1997, nos télévisions nous ont offert deux spectacles d'importance : l'enterrement de Lady Di d'un côté, morte dans un accident symptomatique d'une société rendue folle par l'opulence, la vitesse, la quête du bonheur à tout prix ; les funérailles de Mère Teresa de l'autre, décédée après des années de labeur en Inde, au côté des plus pauvres. Comparer ces deux événements, ces deux grand-messes relayées par les médias peut sembler une pure vue de l'esprit. Leur décryptage nous offre néanmoins la possibilité d'observer des éléments de similitude susceptibles de nous aider à mieux comprendre la société moderne occidentale : l'importance des médias et le couronnement de la télévision ; le rôle social de cette dernière en ce qu'elle donne l'illusion d'un communion planétaire ; le désir de se savoir relié à d'autres, le temps d'une cérémonie, le temps d'une messe ; la proclamation de stars et la construction de mythes modernes susceptibles de créer, dans l'effusion d'une peine partagée, du lien social.

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EVE PAQUETTE
LA FICTION VAMPIRIQUE, DE LA «XÉNOPHOBIE» DE BRAM STOKER
AU «MYSTICISME» D'ANNE RICE.
UN CAS DE PASSAGE À LA POSTMODERNITÉ

Les vampires les plus populaires de la littérature de fiction, sous la plume de Bram Stoker ou d'Anne Rice, subissent l'impact de la postmodernité. Les changements qui affectent le domaine religieux permettent maintenant de considérer les vampires comme des objets religieux à part entière. En effet, l'altérité qu'ils incarnent, pour menaçante qu'elle ait pu paraître durant la modernité, est en quelque sorte devenue objet de culte, de fascination et de ritualisation. Le rôle du cinéma dans cette transition ne peut pas être négligé. Cependant, c'est la romancière Anne Rice qui fait entrer de plein pied les vampires dans la postmodernité. En leur prêtant une voix et des désirs humains, sans atténuer d'aucune façon leur caractère surnaturel, elle rend les vampires sympathiques. Les caractéristiques attribuées à ces personnages font d'eux des êtres intenses, immenses et, la plupart du temps... politiquement corrects.

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YVES BOISVERT
L'ÉTHIQUE EST-ELLE UNE NOUVELLE «RELIGIO» CIVILE
AU SERVICE DE LA DÉMOCRATIE ?

Cet article, à partir d'un regard postmoderniste, tentera de voir en quoi l'éthique contemporaine se développe dans un horizon politique, comme soutien à la démocratie. En ce sens, elle tentera de démontrer que le développement de cette nouvelle tendance culturelle éthique s'inscrit dans une logique de redéploiement du dynamisme des liens sociaux et politiques non-étatiques. On pourrait même affirmer que cette nouvelle vitalité de l'éthique annonce le renforcement de nos régimes démocratiques, puisque cette éthique assume la même fonction stratégique que Tocqueville attribuait à la religion dans la jeune démocratie américaine du début du XIXe siècle.

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ROBERT VERREAULT
DÉSORDRE ET DÉSENCHANTEMENT :
MODERNITÉ, POSTMODERNITÉ ET THÉORIES DU COMPLOT

Des centaines d'organisations, dont certaines de type paramilitaire, et qui préconisent le démembrement de l'État central, sont apparues ces dernières années aux États-Unis. Le concept de postmodernité permet-il d'éclairer ce phénomène ? Ces groupes, qui se situent souvent à la frontière du religieux et du politique, semblent s'inscrire dans un mouvement plus vaste, qui traduit une crise de confiance profonde dans les institutions et parfois même dans les valeurs de la modernité. Ce mouvement produit d'ailleurs des récits éloquents qui gravitent souvent autour du thème de la «vérité cachée» et dont les êtres surnaturels ne sont pas toujours exclus.

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LAWRENCE OLIVIER
L'HYPOTHÈSE POSTMODERNISTE SUR LE
«REDÉPLOIEMENT DES VALEURS» : TRANSCENDANCE ET ORDRE SOCIAL

Cet article veut prendre au sérieux l'hypothèse postmoderne voulant qu'un «réenchantement du monde» soit à nouveau possible. Sans vouloir discuter des formes possibles d'un tel «retour du sacré», il s'agit plutôt de questionner ce retour et de s'interroger, par le fait même, sur cette nouvelle importance du sacré -- ou plutôt sur ce nouvel intérêt qui lui est manifesté. Quelle valeur celui-ci peut-il avoir aujourd'hui pour que certains constatent ou souhaitent le retour de certaines valeurs ? À quelle nécessité obéit le sacré dans la constitution du vivre-ensemble ? L'auteur souhaite, pour apporter des éléments de réponse à ces questions, soumettre la proposition suivante : le besoin de transcendance (de sacré) repose sur une conception très particulière du rapport entre nécessité et contingence, comme si l'une s'opposait à l'autre et que, sur cette opposition, il était possible de fonder le vivre-ensemble.

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GEORGES TISSOT
LA FICTION DE L'IDENTITÉ

«L'ultra modernité entend bien forcer le cercle herméneutique, en pariant de réduire au statut scientifique (tel que le décrivent les parangons des nouvelles sciences cognitives) tout questionnement relatif aux fondements du connaître, par conséquent le questionnement marqué de la référence à l'institutionnel». L'oeuvre de Pierre Legendre s'occupe du champ de l'«anthropologie dogmatique» : sonder la représentation des fondements de l'être du sujet : mise en scène de l'«Autre absolu symbolique : cette figure de la négativité.» Une tâche : interroger la construction mythologique traditionnelle et la construction rationnelle ultramoderne de l'ordre du monde. D'où l'examen ici des propositions de P. Legendre et une allusion critique à la voie élaborée d'une nouvelle anthropologie.

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CHARLES J. SABATINO
UNE CORRÉLATION ENTRE L'ÊTRE-AU-MONDE DE HEIDEGGER
ET LE PRATITYA SAMUTPADA DE MASAO ABE

La vision heideggerienne de l'être-au-monde et l'interprétation de la notion de Pratitya Samutpada donnée par Masao Abe convergent à plusieurs égards. Chacun manifeste une compréhension de l'être humain qui ne cantonne pas celui-ci dans l'individuel, le plaçant plutôt dans un contexte plus vaste auquel il participe. La vision heideggerienne de l'authenticité, laquelle apparaît avec la prise de conscience de la mort ou de la finitude, est parente de la notion bouddhiste d'impermanence. De même, le fait que l'authenticité implique la responsabilité et la culpabilité rappelle l'optique bouddhiste, selon laquelle nous sommes fondamentalement co-responsables les uns des autres ainsi que du monde que nous partageons.

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