Luce Irigaray

Tâches spirituelles pour notre temps

 

Quelles tâches spirituelles conviennent à notre époque ? Ne pas sacrifier l'humain au Dieu d'une religion mais travailler à un devenir divin des femmes, des hommes et de leurs relations. Préférer à une morale individuelle une éthique qui se soucie davantage de la possibilité d'habiter : soi-même, le monde, et de cohabiter dans le respect des différences entre individus, entre cultures. Ne pas faire de la transcendance l'ennemie de notre nature mais l'ancrer dans la réalité du monde naturel : corporel et cosmique. Aménager la vie communautaire comme une multitude de relations à deux qui jamais ne réduisent l'autre ou soi-même à une identité abstraite soumise à des lois universelles, potentiellement totalitaires. Vivre le rapport au mystère dans la relation à l'autre avant de le projeter sur un Absolu de l'au-delà.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Luce St-Cyr

La dimension spirituelle et religieuse chez Luce Irigaray

 

Pour penser la dimension religieuse et spirituelle, Luce Irigaray a recours aux généalogies féminines et à son expérience du yoga. Sur le versant culturel, les généalogies féminines permettent à Irigaray de remonter le temps à la découverte de nos représentations féminines. Nous verrons deux exemples : le mythe de Déméter et la vierge Marie. Sur un plan plus sensitif, le yoga ouvre un accès plus direct à la dimension sensible relativement à la spiritualité. Ces deux démarches ont permis à Irigaray de mettre en relation la spiritualité et la différence sexuelle et de montrer comment notre identité sexuée influence notre rapport à la transcendance.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Morny Joy

La question de Dieu dans l'œuvre de Luce Irigaray

 

L'œuvre de Luce Irigaray est traversée de références à Dieu, au divin et aux personnages mythologiques. Elle y analyse, outre les concepts spécifiques et les images, le rapport de ceux-ci au langage du désir et de l'a/Autre. Pour la majeure partie de cet essai, les références immédiates d'Irigaray &endash; avec lesquelles nous dialoguerons aussi &endash; sont Derrida, Lacan et Lévinas. Il sera également nécessaire de situer son œuvre au sein des développements de la philosophie religieuse française depuis 1930 et, en particulier, de souligner l'impact qu'ont eu sur elle des penseurs tels que Hegel et Heidegger. J'aimerais d'abord suivre le développement de ses idées en y dégageant le concept de l'a/Autre. Ensuite, j'examinerai la portée des constructions de Dieu et du divin sur certaines perspectives d'Irigaray, notamment celles qui concernent le besoin des femmes d'affirmer leur statut et leur identité comme étant autres, séparés de ceux des hommes, et d'exprimer leurs propres désirs.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Odile Deplanche

Quelques éléments de la mystique médiévale féminine

des XIIe et XIIIe siècles à la lumière de la pensée de Luce Irigaray

 

Cet article, consacré à la mystique féminine du Moyen-ge, s'inspire du concept de " lieu " chez Luce Irigaray. Il cherche plus précisément à montrer que cette expérience religieuse médiévale s'inscrit dans un processus de recherche d'identité mettant en jeu le désir des femmes d'accéder à un aspect d'elles-mêmes non reconnu par la culture. De manière encore plus particulière quoique non exclusive, il examine le statut des femmes de la noblesse qui se sont engagées en grand nombre dans des expériences de type mystique en marge de la société dans laquelle elles vivaient.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sharon Hackett

Luce Irigaray, le féminisme et le divin : oser l'inclusion

 

Parmi les multiples exclusions que vivent les femmes se trouve l'exclusion du sacré. Cette exclusion, présente dès la Genèse et consacrée dans la tradition catholique par le refus de l'ordination des femmes, trouve un écho chez la plupart des féministes, qui refusent de traiter de spiritualité. Luce Irigaray est une exception notable : chez elle la spiritualité revient constamment. Cet essai suit le cheminement d'Irigaray et met en dialogue les idées de la philosophe française du 20e siècle avec celles de Julian de Norwich, mystique et théologienne anglaise du 14e siècle. Les images d'une divinité plurielle que construisent ces femmes permettent d'apporter une réponse nouvelle à la question de notre relation avec le divin.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Denise Couture

La réception du divin féminin de Luce Irigaray en Amérique du Nord.

Point de vue québécois

 

Cet article s'intéresse à la réception de l'œuvre de Luce Irigaray en Amérique du Nord et à l'intérieur du mouvement féministe et chrétien, surtout depuis le début des années 1980. Ce mouvement est marqué par la perspective de l'" ekklèsia des femmes ", c'est-à-dire une action qui vise la création de communautés de disciples égaux, femmes et hommes, dans tous les aspects du sacré. Son incompatibilité avec le féminisme de la différence, développé par L. Irigaray, a déjà été énoncée et explicitée par des féministes chrétiennes aux États-Unis. Il est intéressant de noter qu'au Québec, des féministes chrétiennes réfèrent tout aussi bien à la théologie américaine de l'" ekklèsia des femmes " qu'aux travaux d'Irigaray, sans discerner là une opposition. Afin d'éclairer la position du féminisme chrétien au Québec, je fais l'hypothèse que les théories féministes y sont traitées d'abord comme des discours stratégiques en vue de modifier les subjectivités, comme des places à construire qui bougent, et qui peuvent appartenir à des épistémologies différentes.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Louise Melançon

Le pont entre deux univers spirituels

ou la rencontre des différences chez Irigaray et Isasi-Diaz

 

Cet article tente d'établir un pont entre deux univers spirituels, celui de Luce Irigaray et celui de la théologienne hispano-américaine Ada-Maria Isasi-Diaz, et ce dans la problématique de " la rencontre des différences " dans laquelle l'une et l'autre se situent. Dans le cas d'Irigaray, c'est à partir de la dualité des sexes, et de leur alliance, qu'est pensé un projet de mixité : pour cela, les femmes doivent devenir elles-mêmes, et donc spirituellement " divines ". Chez Isasi-Diaz, c'est la catégorie de " métissage " qui sert à prôner l'interaction entre les particularités, les différences entre les femmes " hispaniques " elles-mêmes, dans un contexte de marginalisation sociale et culturelle. La religion populaire est leur lieu de rapport au divin pour survivre, et se libérer.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Carolyn Sharp

Les filles d'Émerentienne : la relation mère-fille

comme lieu du divin dans l'œuvre de Luce Irigaray

 

Une analyse de la mosaïque ornant le plafond central de la basilique de Sainte-Anne-de-Beaupré permet de donner suite à l'affirmation de Luce Irigiray quant à la pertinence d'exposer des images du couple mère et fille Anne et Marie dans une pratique intentionnée de création d'espace pour l'être-femme au sein de la culture. Cette analyse confirme l'ambiguïté de cette iconographie où nous retrouvons des éléments susceptibles de contribuer à la recherche du divin féminin tout en demeurant profondément ancrée dans une vision patriarcale où le fils usurpe la relation féminine à ses origines, au désir et au divin. La déception que peut provoquer un tel constat ouvre cependant une autre porte de réflexion : la possibilité de concevoir l'œuvre d'Irigiray comme le fruit d'un échange de parole où une bénédiction qui surmonte la malédiction permet l'accomplissement de l'identité des femmes en soi et pour soi.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Isabelle Richer

Le " devenir divine " chez Alexandra David-Néel

 

Le modèle proposé par Irigaray pour le " devenir divine " des femmes suppose un Dieu au féminin qui permet aux femmes d'accéder à un horizon illimité au-delà de l'univers limité de leur vie ; un rapport au divin de la même nature que celui de l'homme à son Dieu. Par le biais de ce modèle, nous aimerions interroger les écrits d'Alexandra David-Néel, orientaliste française et bouddhiste, dont l'œuvre originale marqua le début du XXe siècle. Nous désirons, d'une part, examiner la construction de l'intériorité et la relation au divin de cette femme qui ose se tenir en équilibre entre l'énonciation de l'univers religieux asiatique et le geste ritualisé. D'autre part, nous nous interrogerons quant aux possibilités et aux limites de l'interprétation du divin féminin suggérée par le modèle d'Irigaray et par son expérience de l'univers oriental, devant l'œuvre de David-Néel.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Chrystian Boyer

Jésus a-t-il subi un procès juif ?

 

La comparution de Jésus devant les autorités juives pose problème. Y a-t-il eu réellement un procès ? &endash; ou un simple interrogatoire ? C'est à cette question que cet article se propose de répondre, en abordant certaines difficultés soulevées par les récits évangéliques du procès juif de Jésus, la question de la compétence juridique du sanhédrin, et celle du contexte historique de la formation des récits de la Passion. Une reconstitution hypothétique des événements ayant eu lieu suite à l'arrestation de Jésus est enfin proposée.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Michel Despland

Comment apprend-on à faire de l'histoire des religions ?

L'exemple d'Hérodote

 

Cet article propose de voir Hérodote d'Halicarnasse (Ve s. av. J.-C.) non seulement comme le " père de l'histoire " mais également comme l'un des lointains ancêtres des sciences de la religion. Sa matière lui est en bonne partie fournie par les trois affirmations de la première phrase des historiai (que l'on traduit généralement aujourd'hui par l'Enquête) : " Hérodote d'Halicarnasse présente ici les résultats de son enquête, afin que le temps n'abolisse pas les travaux des hommes et que les grands exploits accomplis soit par les Grecs, soit par les Barbares, ne tombent pas dans l'oubli ; et il donne en particulier la raison du conflit qui mit ces deux peuples aux prises. "

 

 

 

 


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