Élisabeth Campos et Catherine Dilhaire

Les stratégies de recrutement des groupes sectaires

Depuis la fin des années soixante, de nouveaux groupes sectaires ont émergé sur la scène des pays occidentaux, créant une tension avec les sociétés dans lesquelles ils évoluaient. Cette tension permanente les a obligés d’une part, à s’adapter à la modernité et, d’autre part, à chercher leur place dans la communauté environnante. Cette double adaptation se retrace dans les stratégies sociales qu’ils ont mises en place, et notamment dans les techniques de recrutement proprement dites (conférences, porte-à-porte, questionnaires, collectes dans les rues, etc.). L’examen des stratégies de recrutement des groupes sectaires offre plusieurs niveaux de lecture et montre les différentes interactions qui existent entre la philosophie du groupe, les objectifs qu’il poursuit, les impératifs économiques et techniques avec lesquels il doit composer et la réaction des autres acteurs sociaux.

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Jacques Cherblanc

Les nouvelles stratégies sociales du mouvement raëlien au Québec

Si le mouvement raëlien canadien est aussi connu au Québec et si ses membres y sont vus comme des personnes très libres sexuellement, guettant le ciel en attendant des ovnis, c’est que leur stratégie auprès du public nord-américain a été foncièrement différente de celle mise en œuvre en France. En Europe, le mouvement raëlien est vu avant tout comme une secte, avec tout ce que cela comporte de préjugés et de craintes (gourous, suicides, etc.) ; c’est que, sur le vieux continent, Raël est avant tout connu pour ses démêlés avec la justice et pour sa volonté d’imposer une " géniocratie ". Au Québec, par contre, Raël est arrivé en présentant avant tout les idées libertaires de son mouvement : l’accent a été mis pendant un temps sur la liberté sexuelle, sur la figure " sympathique " du chef spirituel, puis sur la notion de responsabilisation individuelle, et enfin sur le clonage humain. Le mouvement raëlien canadien offre ainsi un excellent cas de figure pour l’étude des stratégies sociales des groupes religieux contemporains.

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Régis Dericquebourg

Les stratégies des groupes religieux minoritaires

face à la lutte anti-secte française

La France est probablement, avec la Chine, un des pays qui luttent le plus intensément contre les non-conformismes religieux et, par contagion, contre les nouvelles thérapies et les médecines alternatives soupçonnées d’entraîner les patients vers les sectes. Les attaques n’épargnent pas les universitaires qui travaillent sur ce terrain. Les membres des groupes religieux minoritaires, les médecins alternatifs, les psychothérapeutes subissent des attaques brutales : délations, diffamations, licenciements. Dans les domaines où la concurrence est vive, l’arme de la délation sectaire &endash; vraie ou diffamatoire &endash; est utilisée. S’y ajoutent les harcèlements administratifs et fiscaux envers les mouvements religieux listés dans le Rapport Guyard-Gest (les témoins de Jéhovah, le Mandarom, Invitation à la vie, l’Église évangélique de Besançon). Dans l’ensemble, la presse et une large partie des Français trouvent cela normal. Les groupes religieux minoritaires, longtemps passifs face à toutes ces attaques, ont réagi sur trois plans qu’analyse précisément cet article : la communication, le droit, ainsi que l’action humanitaire.

 

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Martin Geoffroy

Le processus d’institutionnalisation du mouvement du nouvel âge

Le mouvement du nouvel âge (NA) est en constante mutation et cherche de plus en plus, pour assurer sa survie à long terme, à légitimer socialement ses croyances et ses pratiques. Plusieurs stratégies sociales sont utilisées dans le but d’institutionnaliser certaines dimensions du mouvement. L’enjeu principal est de faire accepter par une majorité d’individus le discours nouvel-âgiste comme étant un discours possédant autant, sinon plus, d’autorité et de légitimité que le discours scientifique. Pour assurer une diffusion plus large et une crédibilité accrue aux discours et aux pratiques du NA, les tenants du NA utilisent principalement trois stratégies : l) l’appropriation du langage scientifique dans l’espace public ; 2) la mobilisation de la formation professionnelle dans des institutions déjà existantes ; 3) la formation de nouvelles institutions de type " nouvel âge ". Cet article explique plus en détail l’articulation de ces trois stratégies.

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Catherine Laflamme

Les stratégies sociales des groupes néo-chamanistes occidentaux

Le chamanisme est une tradition ancestrale qui, grâce à son caractère d’adaptabilité, a su traverser les siècles. Ce système de croyance a, malgré les embûches, réussi à franchir la modernité. Certes, le chamanisme actuel est loin d’être ce qu’il était. La tradition a perdu beaucoup de sa vigueur et les rituels, tout comme les croyances, se sont émoussés. Dans notre monde contemporain, le chamanisme traditionnel côtoie le néo-chamanisme. Le second, bien que s’inspirant fortement du premier, tire plutôt ses influences du contexte social dont il est issu. De ce point de vue, les stratégies sociales des groupes néo-chamanistes paraissent à maints égards représentatives de la société occidentale avancée dont elles sont issues, marquée par les mutations de la postmodernité y compris dans ses formes religieuses et ses quêtes spirituelles.

 

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Benjamin-Hugo Leblanc

Nouvelles religions, nouveaux médias :

les " sectes " et leurs stratégies sociales à l’épreuve d’Internet

L’idée que les " sectes " se feraient de plus en plus insistantes &emdash; et menaçantes &emdash; sur Internet, ne peut être dissociée d’une autre impression, plus globale : les religions revendiqueraient publiquement, aujourd’hui plus qu’autrefois, leur identité et leur action. De différentes manières, une res religiosa serait en passe de reconquérir quelques arpents de la cité laïque. L’assertion, toutefois, semble équivoque. D’abord parce qu’elle tend à ne reposer que sur les formes institutionnelles de l’identité et de l’action religieuses, alors que la nouvelle donne ultramoderne du croire suggère justement un affaiblissement des régulations institutionnelles, accompagné d’une " individualisation et d’une subjectivisation du sentiment religieux ". Moins mobilisatrices, les croyances s’inscrivent désormais " comme des réponses relatives, face à des besoins conjoncturels dont on sait par expérience qu’ils peuvent changer ". Par ailleurs, l’idée d’un " retour du religieux " semble prendre pour acquis un espace public fixe, immobile. Or cet espace symbolique, en raison notamment des progrès techniques de la communication, s’est considérablement élargi jusqu’à englober ce qui a pu, autrefois, ne relever que du privé.

 

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Anne Robineau

Les nouvelles stratégies sociales des artistes contemporains

dans l’utilisation du sacré : le cas de la Symphonie du Millénaire

Le 3 juin 2000 était jouée, sur le site de l’oratoire Saint-Joseph, la Symphonie du Millénaire, création dirigée par W. Boudreau et D. Bouliane. Outre la dimension esthétique de l’œuvre se manifeste une dimension symbolique où se mélangent l’histoire, l’art et la religion. Partie prenante de l’œuvre, l’utilisation du sacré a conféré à la Symphonie un aspect événementiel unique dans lequel était mise de l’avant la qualité d’une expérience collective, amplifiée par les médias. Notre questionnement s’est posé sur ce qui était susceptible, en amont de cet événement, de provoquer autant d’engouement dans le public et les médias. En référence aux études sur les nouvelles religions, on observera par ailleurs que le besoin de sacré et de spiritualité est toujours présent dans les sociétés modernes malgré le rôle moins dominant de l’Église. Dans cette perspective, la prise en charge de ce besoin devient un enjeu important pour la collectivité. Pour des groupes en quête de légitimité sociale, la prétention à satisfaire un tel besoin est une voie ouverte à la réappropriation de symboles et à la reconstruction d’" espaces de rassemblement ".

 

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Kristoff Talin

Les virtuoses du religieux : de l’action à la stratégie sociale

L’aggiornamento de l’Église catholique d’après Vatican II ne s’est pas fait sans heurts, et l’impact de la modernité a bouleversé aussi bien ses structures que les diverses catégories qui la composent : laïcs, clercs et religieux. C’est à ces derniers, surtout, que cet article s’intéresse. L’effondrement des vocations et la vague de départs, dans les années soixante-dix, donnent une photographie de la vie religieuse relativement pessimiste, mais significative pour mieux cerner les rapports entre Église catholique et société. La recherche présentée ici enregistre également le fait que de nouvelles formes de vie religieuse surgissent et s’installent durablement dans le paysage catholique. Encore peu nombreuses, ces nouvelles formes n’en illustrent pas moins un questionnement de la société moderne par rapport à la vie religieuse. Après avoir identifié plus précisément qui l’on considérera ici comme les " virtuoses du religieux " de notre époque, on s’interrogera sur les formes contemporaines de leurs stratégies sociales.

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Jean-Guy Vaillancourt

Les stratégies sociales des groupes catholiques de droite au Québec

Les stratégies sociales des groupes catholiques de droite, conservateurs ou intégristes, font appel à une série de procédés anciens et nouveaux que l’on retrouve à des degrés divers dans d’autres organisations normatives. En s’inspirant de quelques typologies classiques de la sociologie des religions et de la psychosociologie, cet article examine les stratégies de type sectaire et ecclésial utilisées par les conservateurs et les intégristes catholiques pour le recrutement de leurs membres et pour l’exclusion des indésirables. Il présente également les stratégies utilisées par ces groupes pour le contrôle et la socialisation de leurs membres, en se basant sur une typologie développée par l’auteur de cet article dans son ouvrage Papal Power (1980). La seconde section du texte, inspiré d’écrits théoriques et de travaux empiriques plus récents, étudie les stratégies sociales ad extra des groupes religieux conservateurs et intégristes : retrait de la société, attestation et intégration à l’égard du milieu extérieur, stratégies de contestation à l’égard de l’Église et de la société.

 

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Anne Fonteneau

La maternité dans l’œuvre d’Anne Hébert :

une illustration des théories de Luce Irigaray

Luce Irigaray pose la maternité à la fois comme aliénation féministe sous le régime patriarcal et comme expérience féminine sacrée de dépassement de soi et de création d’une culture qui corresponde aux besoins féminins. Ces théories trouvent une parfaite illustration dans l’œuvre romanesque et théâtrale d’Anne Hébert, dont les héroïnes vivent la maternité dans le bonheur ou la souffrance, le célibat assumé ou le couple patriarcal. Ne se contentant pas d’une (pro)création physique, elles se tournent également vers le passé afin de se créer une généalogie féminine qui, selon Luce Irigaray, est indispensable à l’établissement de l’identité sexuée des femmes.

 

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Eric Forgues

Vers un tournant symbolique post structuraliste en sciences sociales

L’objectif de cet article consiste à dégager une perspective qui aborde la dimension symbolique de l’activité humaine selon la fonction spécifique qu’assument les symboles dans la structuration de la conscience. De visée programmatique, cet article ne prétend pas présenter une réflexion achevée ni parvenue à maturité, mais entend plutôt lancer un projet de construction épistémologique, méthodologique et théorique qui soit en mesure de considérer la dimension symbolique selon l’irréductibilité des exigences que pose la structuration de la conscience. Au terme de cette réflexion, l’épistémologie des sciences sociales devrait se voir enrichie d’un nouveau cadre lui permettant d’aborder les transformations sociales selon trois axes infrastructurels : l’axe technique (paradigme productiviste), l’axe moral et linguistique (paradigme communicationnel) et l’axe symbolique. Aux deux premiers axes sont associés notamment les noms de Marx et de Habermas. Le dernier axe peut, pour sa part, être associé aux noms de G. Durand, M. Eliade et C. G. Jung.

 

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