Sami A. ALDEEB ABU-SAHLIEH, 2002, Cimetière musulman en Occident : Norme juives, chrétiennes et musulmanes, Paris, L’Harmattan, 168 p.


L’auteur est un chrétien arabe d’origine palestinienne, responsable du droit arabe et musulman à l’Institut suisse de droit comparé à Lausanne. Il est aussi l’auteur de nombreux articles et ouvrages dans son champ d’expertise. Ce livre est divisé en deux parties : la première partie concerne la division de la société musulmane et la seconde, la problématique des cimetières musulmans en Occident, plus particulièrement en Suisse.
La première partie est un survol introductif du droit classique musulman qui divise les communautés religieuses selon des critères bien établis : les musulmans et les non-musulmans, ainsi que les différentes nuances qui caractérisent cette division. Cette partie est certes importante, mais manque parfois de raffinement. De plus, il ne s’agit pas non-plus d’un critère universel et systématique qui régit l’ensemble des musulmans, certains croyants étant moins rigides que d’autres. L’image qui ressort de cette première partie est celle des musulmans les plus littéralistes du Qur’ân et pourtant, depuis le tout début de l’islâm, les musulmans avaient des tendances variées et des controverses houleuses existaient à l’intérieur de la communauté pour mieux cerner les versets du Qur’ân et les maximes du Prophète Muhammad. L’auteur donne donc une image incomplète et réduite de la pluralité en faveur d’une expression monolithique d’un islâm légal.
La seconde partie est certainement plus intéressante, car elle met en perspective les difficultés des musulmans occasionnées par différents problèmes de normes civiles — de certains pays européens et, plus précisément, la Suisse — qui régissent les cimetières. Comme les autorités fédérales suisses n’ont établi qu’un principe général en matière de cimetière, stipulant que l’autorité civile a le droit de disposer des lieux de sépulture et doit pourvoir à ce que toute personne décédée puisse être enterrée décemment (p. 32). L’interprétation de cet article de loi a été la source de nombreux litiges entre les cantons, les communes et les communautés religieuses.
L’absence de cimetières réservés aux musulmans cause souvent des difficultés inhérentes à la pratique de la foi qui diffère des autres religions : la direction des tombes vers La Mecque, la manière d’enterrer les morts, etc. À ces particularités s’ajoutent le non-respect du délai de temps accordé pour inhumer les morts et certaines pratiques courantes dans certains pays comme l’incinération et la désaffectation des tombes après un certain nombre d’années ; ces dernières sont considérées comme irrespectueuses des traditions religieuses, et violent le principe de liberté religieuse (p. 31).
Bien que le transfert des défunts d’une région à l’autre soit peu encouragé, certains musulmans en Europe transfèrent les corps des défunts dans leurs pays natals pour éviter d’être enterré dans un cimetière non-musulman, car pour eux le cimetière est un lieu sacré et chaque musulman sera appelé à la résurrection au jour du jugement dernier (p. 43, 85).
Ce petit livre contient une foule d’informations, certaines d’entre elles nous donnent une meilleure compréhension de ce rituel, alors que d’autres semblent parfois superflues, rapportant certains propos peu partagés par tous les musulmans et exposant des positions extrêmes pour séparer radicalement le monde laïc du monde religieux. Toutefois, il faut noter que les mondes laïc et religieux peuvent cohabiter, en partageant et en se respectant mutuellement. En comparant les trois traditions religieuses, l’auteur situe la problématique de ce sujet fort délicat dans une perspective plus élargie.

Diane Steigerwald
California State University