Élisabeth CAMPOS, 2000, Sectes et millénarisme (Dérives suicidaires et meurtrières), coll. « Mosaïque », Montréal, MNH / Anthropos, 89 p.


Cet ouvrage fait partie d’une collection québécoise de petits livres à prix modique qui se proposent de faire le point sur différentes questions concernant le fait religieux. Favorisant une approche criminologique, Campos propose une analyse des dérives suicidaires et meurtrières chez certains groupes apocalyptiques ayant défrayé les manchettes des médias au cours des quatre dernières décennies.
La première partie est essentiellement descriptive. Elle comporte des historiques détaillés de groupes ayant été entraînés dans des spirales « meurtrières et suicidaires ». Les exemples de dérives cités sont ceux de Charles Manson et de la Famille (meurtrière), le Temple du Peuple de Jim Jones (suicidaire et meurtrière), les Davidiens de David Koresh (suicidaire), l’Ordre du Temple Solaire (suicidaire et meurtrière), Heaven’s Gate (suicidaire) et Aum Shinri Kyo (meurtrière).
La deuxième partie de l’ouvrage est consacrée à une analyse des différentes explications des causes de ces dérives meurtrières et suicidaires. L’auteure montre que les doctrines des groupes extrémistes ne sont pas criminogènes en elles-mêmes, mais plutôt que des doctrines de type apocalyptique telles que l’on en retrouve dans la plupart des groupes sectaires sont à l’origine d’un potentiel de violence psychologique et physique. Les groupes étudiés par Campos rejettent le monde extérieur qu’ils considèrent comme foncièrement mauvais et corrompu. Ils possèdent des croyances de type post-millénariste (ou millénarisme actif) — c’est-à-dire qu’ils cherchent à provoquer la fin du monde —, alors que les pré-millénaristes (ou passif), pour leur part, s’en remettent à l’intervention divine. La criminologue souligne que beaucoup de ces croyances trouvent, aux yeux des extrémistes, leurs justifications dans des passages de la Bible, surtout dans le Livre de Daniel et dans l’Apocalypse.
Il est ensuite question des gourous et de la dynamique sectaire. Tous les groupes violents ont en général une hiérarchie stricte et centralisée de type patriarcal où domine un leader charismatique auquel les adeptes vouent un culte de la personnalité. La peur du gourou est la principale motivation derrière le développement d’une vision dualiste et paranoïaque de la société. Les membres du groupe sectaire deviennent ainsi les bons, les « élus » qui détiennent la « vérité » et tout le reste de la société est confiné au rôle des « méchants » qui sont dans « l’erreur ». Cette vision du monde est possible grâce une certaine forme d’isolement social et une coupure radicale d’avec le réel. Selon Campos, l’adepte du groupe sectaire recherche l’Absolu dans une époque relativiste. De ceci découle la grande difficulté à s’insérer dans la société moderne et son relativisme des valeurs.
Ce livre est d’un grand intérêt pour ceux qui aimeraient s’initier à une approche criminologique du phénomène des sectes violentes. La criminologie n’en est qu’à ses premiers pas en matière d’étude des groupes religieux, mais elle peut servir à poser un regard neuf dans l’étude de groupes sectaires susceptibles de poser un certain danger pour la société civile.

Martin Geoffroy
Fordham University