RELIGIOLOGIQUES, 13 (printemps 1996) Questions d'éthique en sciences des religions




MODERNITÉ SÉCULIÈRE ET IDENTITÉ RELIGIEUSE:
L'AFFAIRE DU TURBAN SIKH À LA GENDARMERIE ROYALE DU CANADA

Antonio Gualtieri (1)


Le point de départ de cet article (2) est le fait que l'on ait récemment permis l'ajout d'un élément appartenant à une tradition religieuse particulière à l'uniforme de la Gendarmerie Royale du Canada - en l'occurrence le turban - pour les membres de cette force policière appartenant à la religion sikh. À première vue, cette initiative peut apparaître comme un effort moralement et socialement louable dans un contexte d'ouverture au pluralisme culturel et dans le respect de l'identité de personnes appartenant à divers horizons culturels. Je prétends toutefois que ce geste a été posé de manière irréfléchie et que ses implications religieuses et sociales pour une société officiellement multiculturelle- comme l'est la société canadienne - n'ont pas été perçues adéquatement.

Symboles et diverstié culturelle

Il est important de clarifier dès le départ que nous parlons ici de la nature et de la fonction des symboles religieux. Les croix, les turbans et les autres signes d'appartenance religieuse ne sont pas de simples éléments décoratifs; ils comptent beaucoup pour les personnes qui les utilisent, étant donné la signification personnelle et morale que la communauté d'appartenance leur impute. Un symbole religieux est en quelque sorte le condensé d'une "vérité" (putative); il évoque une vision du monde, c'est-à-dire une compréhension de l'ultime, de l'être humain, de l'histoire, et de la nature. De plus, les symboles religieux véhiculent des valeurs qui sont compatibles avec cette compréhension de la réalité. Les visions du monde et des valeurs, par la suite, dictent ou induisent des balises d'action au plan de la morale personnelle et à celui des rapports sociaux.

Le processus de communication des symboles religieux est présent à divers niveaux. Premièrement, au niveau de l'auto-expression d'une communauté de foi. Lorsque les chrétiens portent une croix, par exemple, ils témoignent de leur foi en la réalité d'un amour inconditionnel, pouvant aller jusqu'au sacrifice, présent au cour de l'univers. Il s'agit là d'un message sur la vérité du pouvoir ultime qui sous-tend et détermine la destinée humaine. Il en découle une valorisation normative de l'amour désintéressé et de l'e ngagement dans un mode de vie qui incarne cet amour.

L'expérience religieuse de l'humanité se manifeste dans une diversité d'expressions symboliques. De plus, elle présente une diversité de visions du monde et de valeurs, qui sont portées par ces divers systèmes symboliques. Qu'une telle diversité soit manifeste ou non est un enjeu qui doit être évalué dans chaque cas particulier. Mais il n'est pas question ici d'en faire un point essentiel de l'argumentation; cela n' a pour but que d'attirer l'attention sur la complexité du problème.

En second lieu, la communication symbolique se fait par des interactions avec ceux qui se situent au-dehors de la communauté adhérant à tel ou tel symbole. Les résultats sont souvent à l'opposé de ce que les personnes croyantes désirent. Ainsi, par exemple, les chrétiens devraient tenter d'expliquer à des musulmans dévôts ce qu'ils entendent lorsqu'ils prient ainsi, au cours de l'Eucharistie: "Accorde-nous, Dieu de bonté, lorsque nous mangerons ta chair et boirons ton sang...". À certaines oreilles non-chrétiennes, cela semblera embarrassant, pénible, sacrilège même - voir assimilable à du cannibalisme envers un être divin. Je veux montrer ici que des symboles religieux particuliers peuvent communiquer des messages différents de leur signification initiale à ceux qui ne partagent pas l'univers symbolique d'où ils émergent. Les conséquences peuvent être anodines ou amusantes; elles peuvent aussi être désastreuses.

On peut certes se demander ce que représente le turban sikh pour la majorité des Canadiens qui ne sont pas familiers avec ce symbole. Je crois qu'en général la chose est vue de manière plutôt positive, en partie à cause de l'héritage de l'Empire britannique encore présent dans ce pays, et du rôle courageux qu'ont joué les soldats sikhs au cours de plusieur conflits armés.

Un autre niveau de communication symbolique doit toutefois être considéré. Et nous en venons ici au cour du problème. Faisons d'abord une distinction entre l'État qui accorde une grande latitude quant aux pratiques religieuses dans la société en général, et l' entrée subreptice de symboles religieux dans les institutions qui symbolisent et rendent effectif l'ordre civil non-sectaire. Un nouveau système de communication est instauré lorsqu'on admet ainsi, mine de rien, un symbole religieux particulier parmi les symboles de l'ordre civil.

En conséquence, on peut discerner trois ensembles de symboles dans la situation ainsi créée: (1) un symbole sikh (le turban) avec ses significations religieuses spécifiques; (2) un symbole de la société civile séculière (l'uniforme de la GRC); (3) un symbole hybride, enfin, c'est-à-dire l'uniforme de la GRC avec un turban chargé de signification religieuse qui remplace le traditionnel stetson. Or ce symbole hybride diminue - ou risque de diminuer - la portée du symbole séculier d'origine, axé sur l'égalité de tous les citoyens devant la Loi, cette égalité étant fondée sur des règles sociales objectives et sur l'impartialité de leur application.

On peut certes se demander jusqu'où va notre responsabilité par rapport incompréhensions des autres. L'histoire montre en tout cas que les relations inter-religieuses sont farcies d'échecs communicationnels. Quoi qu'il en soit, les conséquences néfastes possibles de signaux embrouillés pour des institutions au service de tous les citoyens d'une société multiculturelle doivent être prises en compte avant l'ajout irréfléchi d'éléments religieux spécifiques.

Remarquons ceci: le turban est porteur de significations sikhs particulières, dont la communauté est le dernier juge. Toutefois, en soustrayant les sikhs Khalsa aux exigences du code vestimentaire uniforme, la tolérance du turban peut aussi symboliser la légitimité de l'intrusion d'une religion particulière dans le symbole séculier et neutre qu'est l'uniforme de la GRC. Même s'il n'y avait pas de conflit inhérent entre la vision du monde évoquée par ce symbole sikh et l'orientation séculière signifiée par l'uniforme de la police, il y a toujours possibilité de conflit et de confusion au niveau de la symbolisation hybride. Le message que l'uniforme historique envoie est celui de l'impartialité et de l'égale application des lois pour tous les citoyens et tous les groupe religieux dans une société multiculturelle. L'uniforme "religieusement altéré" (religiously augmented) envoie un message brouillé qui pourrait signifier un privilège religieux - ce qui occulterait alors l'idée originale d'impartialité et de neutralité envers tous les sous-groupes qui constituent une société multiculturelle.

Symboles et modernité sécularisée

Les religions sont essentiellement théocratiques - sinon littéralement, du moins de manière métaphorique. Il y a lieu d'entendre par là que la visée inhérente des religions est de tendre vers l'hégémonie, vers la conformité de toutes les institutions sociales et politiques à l'autorité sacrée d'une tradition religieuse. Les mouvements monastiques, méditatifs et mystiques sont les exceptions qui confirment la règle, de par leur statut marginal et a-typique. Lorsque les religions sont théocratiques au sens strict, elles cherchent à imposer un cadre social révélé et prescrit à la société dans son entier. Les idéaux de la société juive théocratique, de la société musulmane gouvernée par la Shari'ah ou encore la vision médiévale de la Chrétienté sont autant d'exemples éloquents d'un tel désir d'hégémonie réelle. Même lorsque des religions n'ont pas de croyance explicite en un législateur et juge suprême, leur visée de base est tout de même de réguler la société selon leur vision implicite de la réalité et les valeurs qui y sont rattachées.

Le processus de sécularisation est issu de l'émergence d'un système symbolique de quelque manière opposé à celui des religions traditionnelles. Cette nouvelle tradition symbolique tend à se répandre elle aussi, tout comme les traditions religieuses au sein des sociétés homogènes (integralist societies) de jadis - à un point tel que la vision du monde et les valeurs qu'elle véhicule sont fréquemment présupposées et reconnues de façon implicite. Un aspect socio-politique important de la sécularisation est l'érosion (abandonment) de l'autorité religieuse sur la société au profit des bureaucraties rationnelles de l'État ou d'autres institutions séculières. Ce processus est couramment défini, en sociologie, comme celui de la "différentiation fonctionnelle". Cela signifie que les discussions sur la relation entre les religions et le processus global de sécularisation tournent souvent au problème du rapport des religions traditionnelles avec un État séculier de plus en plus envahissant.

Avec l'émegence de la sécularisation comme source concurrente d'autorité et de légitimation, les religions traditionnelles ont dû battre en retraite. L'adhésion religieuse n'est plus un impératif social mais un choix volontaire. De plus, le nombre des sphères de la vie où la religion exerce une influence diminue de plus en plus; la religion tend à se privatiser, au sens où ses lieux premiers d'inscription sont les états intérieurs de conscience limités aux relations individuelles familiales ou communautaires. Lorsque les religions traditionnelles veulent influencer les politiques sociales globales, elles doivent le faire non plus à partir d'un statut privilégié mais bien dans un contexte qui ressemble à celui d'un marché où les points de vue sont en compétition les uns avec les autres. Cette perspective moderne est notamment bien résumée dans un énoncé du Comité de recherche de l'Assemblée des Évêques du Québec, datant de 1992:

    Quebec has become a modern society, with all the advantages and limitations of this type of society. The Church no longer plays the important role it used to play. The various social institutions have gradually conquered their autonomy with respect to the Church... (Men and women) refer less and less to religious interpretations in determining the meaning of their lives.

Les personnes qui adhèrent encore aux religions traditionnelles se trouvent dans une situation ambiguë, vivant simultanément entre deux mondes de significations symboliques. Cette tension est souvent amenuisée par l'infiltration de l'éthos séculier dans la culture religieuse - ce qui rend ainsi les attitudes et les valeurs des croyants difficiles à distinguer de celles des personnes sans affiliation religieuse, dont la conscience et la conduite sont guidées par dse valeurs essentiellement séculières.

Quelles ques soient leurs origines, les institutions, les rituels, la mythologie et l'uniforme de la GRC sont devenus des éléments symboliques de cette culture séculière de plus en plus répandue - ou, en d'autres termes, de cette "religion civile canadienne". Ce que véhiculent les symboles de la GRC c'est, en gros, l'égalité de toutes les personnes devant la Loi, la légimité de l'usage moral de la force, et l'objectivité des régulations sociales applicables impartialement à tous.

Multiculturalisme et diversité religieuse

Des analogies entre la diversité culturelle et le pluralisme religieux peuvent aider à clarifier le problème. La plupart des Églises (à l'exception de dénominations conservatrices et fondamentalistes - particulièrement du côté protestant) sont maintenant ouvertes et promptes à reconnaître, à différents degrés, que les traditions religieuses non-chrétiennes peuvent elles aussi être porteuses de salut et d'une part de "révélation". Cette capacité de reconnaître une certaine "vérité" dans d'autres traditions n'a pas toujours existé, c'est le moins qu'on puisse dire. Dans l'histoire, la position dominante a plutôt été celle de la prétention exclusive du christianisme à la vérité et la négation de la possibilité de vérité et de salut dans les autres religions. Que s'est-il passé? Certains seront tentés de dire que cette nouvelle amitié entre les diverses traditions de foi est un produit de la logique interne du phénomène religieux. En fait, le pluralisme religieux, la tolérance et le respect mutuel entre religions sont bien plutôt apparues dans la foulée de la tolérance et de la neutralité de la société séculière face aux diverses prétentions à la vérité des religions. L'émancipation des juifs du ghetto, par exemple, est un produit des Lumières - et non un fruit de la "générosité" chrétienne.

Sécularisation et tolérance religieuse

Notons l'ironie de la situation: c'est en effet un mouvement de culture et de conscience indifférent aux religions traditionelles - et parfois même méprisant à leur endroit - qui a fourni à celles-ci le cadre sociétal dans lequel elles peuvent toutes s'exprimer librement et cohabiter pacifiquement en dépit de leurs divergences.

La sécularisation se développe certes comme un mouvement autonome ayant ses perspectives et priorités propres. Toutefois, elle remplit tellement bien les besoins d'une société religieuse pluraliste qu'on pourrait presque l'imaginer comme étant le résultat d'un conclave inter-religieux appelé à déterminer l'organisation sociale - de sorte que celle-ci puisse servir les besoins de toutes les religions, sans possibilité de domination d'aucune sur les autres. Autrement dit, si la sécularisation n'existait pas, il faudrait que les diverses communautés religieuses l'inventent afin d'arriver à une harmonie inter-religieuse!

À l'inverse, là où l'éthos d'une société séculière est absent, on assiste fréquemment à l'émergence de conflits religieux - comme ceux qui ont fait rage entre le catholicisme et le paysleyisme en Ulster, entre musulmans et hindous à Ayodha, entre sikhs et hindous au Penjab, entre chrétiens et musulmans au Liban, ou encore entre serbes orthodoxes, croates catholiques et musulmans en Bosnie. Le massacre de 39 musulmans à la mosquée d'Hébron par un fondamentaliste juif offre un exemple récent. Le support que Kach, l'auteur de la tuerie, a reçu de la part de sympathisants israéliens et américains transforme ce geste isolé et dément en acte idéologico-religieux. D'autres facteurs, bien sûr, peuvent expliquer ces conflits - tels que le nationalisme, l'économie ou les classes sociales, par exemple. Il n'empèche: les loyautés religieuses servent très souvent d'emblème, de catalyseur et de source de discorde en l'absence d'un puissant éthos séculier qui empêche toute domination religieuse de la société.

On voit la conséquence logique de cette analyse: la structure séculière de compromis (dont la force policière de l'État est une manifestation) ne devrait pas être compromise par l'introduction irréfléchie de symboles religieux dans la trame d'une société civile neutre.

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Les contraintes sociales et politiques de la modernité sur les religions sont le produit historiques de la tendance des diverses religions à créer un climat de désunion et de conflit par le biais de leurs prétentions infaillibles à la vérité dogmatique. Le principe territorial qui voulait atténuer les conflits sauvages après la Réforme protestante du XVIe siècle en est un exemple. Ce principe, énoncé lors de la session de clôture de la Diète d'Augsbourg (1555), était le suivant: cuius regio eius religio. La religion du prince devenait celle du peuple. On pensait que la paix sociale ne pouvait être instaurée que sur le fondement de l'unanimité idéologique. Le pluralisme religieux était alors impensable. La guerre de Trente Ans qui dévasta l'Europe, fut conclue par le traité de Westphalie en 1648. Ce traité régla les conflits religieux et la chaos social en décrétant que la situation prévalant en l'année 1624 serait en quelque sorte l'aune auquel on déterminerait la religion des territoires donnés.

Alors que, au temps de l'hégémonie sociale de la Chrétienté médiévale, la participation des juifs à la société était restreinte - au point où certains métiers leur étaient interdits; alors que les sociétés islamiques ont s ouvent imposé aux chrétiens et aux juifs une taxe spéciale, l'éthos séculier (notamment symbolisé par une force policière sécularisée) impose pour sa part l'égalité juridique de tous les croyants et l'impartialité de l'applicaion des lois pour tous.

Aujourd'hui, la modernité séculière s'impose comme éthos déterminant de la société canadienne. Celle-ci peut se permettre d'être accueillante pour une multitude de religions divergentes parce que, au fond, elle n'en prend aucune absolument "au sérieux", étant donné leurs présupposés épistémologiques fondés sur une révélation surnaturelle ou une transe mystique. Pourtant - et c'est pourquoi on peut parler d'ironie - c'est l'éthos séculier qui favorise le pluralisme religieux authentique, fondé sur l'association volontaire.

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Il est important de reconnaître que lorsqu'on parle de "neutralité" des institutions séculières, on ne veut pas affirmer qu'elles sont " sans valeurs". Aussi étonnant que cela puisse paraître à certains, on peut en effet considérer la dynamique de la sécularité comme analogue à celle de la religion. Et ce n'est pas parce que la sécularité implique l'existence de Dieu, tout au contraire. C'est plutôt que la modernité correspond aux critères d'une définition savante de la religion dans la mesure où elle propose un ensemble de symboles qui induisent et expriment la personnalité des gens en vertu de sa vision du monde, de ses valeurs et des actes auxquels elle confère une légitimité.

Il n'est pas du ressort de notre étude d'esquisser la vision du monde de la modernité. Contentons-nous de dire que celle-ci est née d'une révolution cognitive, technologique et téléologique par rapport aux traditions des diverses religions. Il existe par ailleurs plusieurs variétés de sécularisme mais, de manière générale, toutes véhiculent des convictions cosmologiques par rapport au progrès historique (en termes économiques), par rapport à la nature humaine (satisfaite par la production matérielle et la consommation), et par rapport aux vertus de la rationalité (comme étant le mode propre du fonctionnement humain). En ce qui regarde la diversité religieuse et l'organisation sociale, notons que la modernité relativise les prétentions de vérité et de primauté sociale de toute religion selon un idéal d'impartialité des procédures d'action envers tous les citoyens.

Il est nécessaire de garder à l'esprit que la réalité et les valeurs communiquées par les symboles d'une communauté de foi particulière peuvent facilement contredire la vision du monde et des valeurs portée par les symboles de la "religion séculière" qui traverse la société civile dans son ensemble. Autrement dit, elles ne peuvent pas toujours se prêter à une intégration harmonieuse dans un même uniforme.

Certes, et de toute évidence, l'intégration de symboles religieux à l'uniforme de la GRC n'ouvre pas la porte à la domination sociale du groupe à qui appartiennent ces symboles. Et ce ne serait sans doute pas davantage le cas même si les symboles étaient ceux de la majorité chrétienne. Toutefois, ce processus peut ouvrir une brèche dans le contrat social séculier qui existe de facto et qui rend possible l'harmonie sociale d'une société pluraliste. Le risque encouru est celui de la mise en place d'un climat de confusion, de suspicion et d'animosité - qui n'existe pas lorsque les frontières symboliques sont respectées.

Il y a, bien sûr, un prix à payer pour cela. Ainsi, par exemple, bien des gens seront peinés de voir que le merveilleux récit mythique de l'incarnation de Dieu dans une étable de Bethléem a été banni des concerts de Noël dans plusieurs écoles publiques. Il y a bien sûr un risque inhérent à de telles pratiques, celui du nivellement et de l'appauvrissement de l'imaginaire. Mais il semble tout de même nécessaire de payer ce prix et de prendre ce risque si l'on veut préserver l'impartialité séculière d'institutions cruciales pour le maintient de la loi, de l'ordre et le l'harmonie sociale dans une société multiculturelle.

Le slogan ici avancé pourrait dès lors être le suivant: Il faut exclure le turban (et, mutatis mutandis, tout autre symbole religieux) des institutions civiles clés - telles que la gendarmerie fédérale et le système judiciaire - et ce, afin précisément qu'il soit accepté dans l'ensemble de la société.

Épilogue

Le 8 juillet 1994, l'honorable juge Reed rendit son verdict dans ce qui a été populairement appelé la cause "GRC vs le turban sikh", entendue par le tribunal de première instance de Calgary. La magistrate en venait à la conclusion qu'il n'y avait, constitutionnellement, aucun empêchement à ce que le commissaire de la GRC permette le port du turban sikh; et , en conséquence, elle débouta le "Lethbridge RCMP Veterans' Court Challenge Committee" qui avait porté la cause devant les tribunaux. Les demandeurs portèrent celle-ci devant la Cour d'appel de Calgary, les 31 mai et 1er juin 1995. Leur appel fut, lui aussi, rejeté.



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(1) Antonio Gualtieri est professeur de sciences de la religion à l'Université Carleton (Ottawa).|Retourner au texte|



(2) NDLR: Cet article a d'abord paru en anglais dans la revue Policy Options (mars 1995) qui en a aimablement autorisé la publication en français dans ce numéro. La traduction été assumée par Guy Jobin, étudiant à l'Université Saint-Paul (Ottawa), et révisée par la Rédaction.|Retourner au texte|