Marcel Poulin

 

Le projet Tibet 2000

Après avoir donné les grandes lignes de ce que représente et symbolise le mont Kailash, l'auteur parle du double défi que fut pour lui le projet Tibet 2000. Dans un premier volet, à titre de chef d'expédition, il a tenté de créer le meilleur parcours possible afin de guider une quinzaine d'universitaires dans une des régions les moins accessibles de toute l'Asie. À partir de Katmandou, la capitale du Népal, il a monté une équipe formée d'un guide, de cuisiniers, de chauffeurs et de sherpas. Tout le matériel nécessaire à l'expédition, tentes, nourriture, kérosène, oxygène, etc., a été transporté à partir du Népal. Dans un deuxième volet, à titre de documentariste, il a réalisé un projet de film documentaire. Une entreprise à haut risque puisque, sans la permission des autorités chinoises, l'auteur a dû passer clandestinement ses caméras et son matériel vidéo à la frontière de Zhangmu en Chine. Il en a résulté une prise d'images vidéo de plus de 30 heures. Un témoignage unique de cette aventure sur les hauts plateaux himalayens.

 

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Isabelle Lehuu

 

Voyages au Tibet interdit : les pérégrinations

de quatre femmes occidentales, 1889-1924

Une recherche bibliographique exhaustive a permis de répertorier depuis le début du XIXe siècle un nombre important de témoignages d'hommes et de femmes de différentes nationalités qui retracent les étapes de leur voyage au Tibet, ou leurs efforts pour atteindre Lhassa, " le toit du monde ". Quatre récits ont été sélectionnés pour la présente étude ; ils sont le produit de quatre femmes, deux Anglaises, une Canadienne et une Française, toutes contemporaines du tournant du siècle et qui, sans se connaître, ont eu des parcours qui se font écho : Isabella Bird Bishop, Alexandra David-Néel, Annie R. Taylor et Susie Carson Rijnhart. Le choix a été d'abord guidé par l'accessibilité de certains textes mais, petit à petit, il s'est confirmé autour d'une curiosité et d'une interrogation sur les circonstances qui ont conduit ces femmes téméraires à voyager seules au Tibet.

 

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  André Carpentier

 

Mendiant de l'infini (extraits)

Ces pages se constituent de fragments tirés d'un journal d'abord tenu durant l'expédition vers l'Ouest du haut plateau tibétain et la circumambulation du mont Kailash, puis peaufiné après le voyage. Il y est surtout question de l'envoûtante beauté du haut plateau désertique du Ngari, de la rencontre des Nomades et pèlerins tibétains, de la charge spirituelle du mont Kailash et de l'épreuve de la marche en altitude. L'auteur, se donnant une perspective exotopique, s'impose aussi comme tâche de mieux comprendre les rapports du visiteur étranger au Nomade rencontré en son lieu propre, du circumambulateur curieux au véritable pèlerin et du marcheur de montagne au paysage. Il s'interroge également sur l'allégresse du voyageur des déserts et des cols ainsi que sur cette crispation de l'espérance qui exfolie le mendiant d'infini en attente d'arriver quelque part… Ainsi surgissent, au sein de ces fragments, une passion pour les trajets égarants, les lieux dits intermédiaires, les attentes apparemment stériles et la tyrannie des détails d'observation directe ou livresque, et leurs connexions.

 

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  Jacques Pierre

 

La lumière et l'évidence

Ce texte se présente comme le récit de ce que l'auteur appelle, non sans avouer une certaine pudeur, son " pèlerinage " au mont Kailash. N'étant ni bouddhiste, ni hindou -- encore qu'il admette pouvoir sentir des connivences avec ces deux traditions -- il ne partage donc pas les croyances entourant la signification de ces lieux. Il affirme toutefois vouloir honorer dans ces derniers ce qui les a sans doute désignés à de telles croyances : la distance, la nudité, la lumière, la beauté... Dans ce récit, il a choisi de faire alterner les faits -- presque sous la forme d'entrées d'un journal de voyage -- et les impressions qu'évoque en lui aujourd'hui le souvenir de ces lieux. Ce récit, il a par ailleurs voulu le faire commencer à la frontière entre le Népal et le Tibet. Pourquoi ? Parce que, selon lui, l'essentiel s'y trouve ; parce que ces bûchers funéraires, par exemple, dont il a été le témoin au Népal et en Inde, n'ont rien ajouté à son expérience " qui n'ait été contenu dans la distance et le vent tibétain ".

 

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Michelle Allen

 

Kailash -- La route du ciel

Ce texte est à la base de la narration d'un documentaire, La route du ciel, relatant l'expérience d'un groupe multidisciplinaire de professeurs de l'Université du Québec à Montréal, partis en expédition au Tibet occidental jusqu'au mont Kailash, un des lieux de pèlerinage bouddhistes les plus vénérés. Tout au long de cette narration, on suit le parcours d'une des participantes depuis son arrivée à Katmandou, au Népal, jusqu'à la circumambulation de la kora, le périmètre sacré du mont Kailash.

 

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Hélène Masson

 

" Lettre à mon frère qui ne verra jamais le Kailash "

Par cette lettre, l'auteure, s'adressant rétrospectivement à un frère croyant mais déjà trop près de sa mort pour jamais réaliser un tel pèlerinage, revit en pensée le moment où elle lui fit part de sa décision d'accomplir ce voyage et révèle le pacte alors signé entre eux : il attendra son retour du Kailash pour accomplir son impermanence.

 

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Bertrand Gervais

 

" C'est d'avoir échoué que d'être en vie "

-- ou l'invention d'un livre des morts

Cet article traite du Bardo Thödol ou Livre des morts tibétain. On commencera par rendre compte de sa récupération, dans notre société occidentale, depuis la première traduction anglaise faite par Walter Evans-Wentz, en 1927. On décrira ensuite le contenu de ce livre, constitué des instructions à transmettre au moribond et au défunt pour lui permettre de traverser les différentes étapes du bardo. On se demandera enfin à quel type précis d'imaginaire de la fin le Bardo Thödol nous convie. En quels termes la mort s'y trouve-t-elle définie ? On montrera qu'il y a là un imaginaire de la fin d'une facture particulière, une reconfiguration telle qu'elle neutralise certaines des dimensions essentielles, en Occident, à notre rapport à la mort. Telle, en fait, que l'idée d'y voir un " Livre des morts ", comme on l'a traduit, n'est pas une solution de compromis, mais une entreprise d'appropriation d'un imaginaire foncièrement différent.

 

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 Jean-Philippe Uzel

 

L'impermanence de l'œuvre d'art

Cet article interroge l'interprétation occidentale des objets d'art tibétain et l'orientation exclusivement spirituelle qu'on leur attribue d'ordinaire. À l'aune de quelques exemples ramassés au cours du voyage de Kailash, il tente de montrer que le statut des objets d'art tibétain est plus complexe qu'on pourrait le croire de prime abord. La fonction spirituelle des objets d'art n'évacue pas d'autres fonctions de nature esthétique, décorative voire tout simplement utilitaire. Au-delà de cette multiplicité des usages, la principale difficulté conceptuelle que nous rencontrons face à l'art tibétain tient à l'absence d'authenticité de l'objet matériel. Celui-ci n'est que le support de l'œuvre et non l'œuvre elle-même. En ce sens, le mode d'existence des objets d'arts plastiques tibétains semble s'apparenter à celui des œuvres musicales ou littéraires de la culture occidentale.

 

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Helga Rudolf

 

" Il était une fois, alors que Brahmadatta régnait à Bénares... "

Réflexions à propos des contes Jataka

et de leur représentation des femmes

Les contes Jataka, un recueil de 547 histoires racontant les réincarnations antérieures du Bodhisatta, constituent sans aucun doute l'un des documents les plus importants de la littérature bouddhiste. Au IIIe siècle, déjà, durant le règne du roi Asoka, ils servaient d'outils didactiques pour le bouddhisme theravada. On peut toutefois postuler qu'un grand nombre de ces histoires sont en fait des contes populaires indiens beaucoup plus anciens, qui ont été adaptés par la suite. Les prédicateurs les ont utilisés pour rendre accessibles des normes de conduite éthiques, sociales et religieuses. Cet article aborde deux aspects des Jatakas : la réception des contes en Allemagne au début du XXe siècle et la représentation des femmes qu'ils véhiculent. Les contes ont été traduits en allemand entre 1907 et 1922, époque à laquelle les Allemands étaient fascinés par le bouddhisme tout autant que par leurs racines " indo-germaniques " ou " aryennes ". Il est étonnant de constater que les Jatakas, documents importants pour la pratique du bouddhisme populaire, n'accordent que peu de valeur aux femmes et à la vie familiale. La vie monastique demeure l'idéal.

 

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Philippe Gabrini

 

À la recherche d'un modèle de représentation

du phénomène des pèlerinages

Ayant toujours été intrigué par les pèlerinages, ainsi que par les motifs et la conviction des pèlerins, l'auteur a entrepris de participer au projet Tibet 2000 avec l'espoir d'obtenir une meilleure compréhension de ce phénomène. Dans cet article, il cherche à examiner l'origine et les raisons des pèlerinages, et essaye d'en tirer des caractéristiques qui seraient communes à un certain nombre de religions. Parallèlement à cela, son esprit d'informaticien va essayer de regrouper les caractéristiques ainsi identifiées en vue d'en tirer un modèle de représentation, modèle qui pourrait être utilisé dans le domaine de l'informatique que l'on appelle intelligence artificielle. Ceci conduit à une présentation succincte des systèmes à base de connaissances, de la logique du premier ordre et de leur application à la définition d'un modèle des pèlerinages. Les difficultés rencontrées montreront la complexité de la tâche envisagée.

 

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Gilles Thibert

 

Méditation et métacognition.

De la méditation attentive comme stratégie métacognitive

Dans le domaine des " sciences cogntives ", des auteurs (F. Varela, E. Thompson et E. Rosch, 1993) en sont venus à proposer la méditation bouddhique centrée sur l'attention comme méthode d'exploration des phénomènes mentaux. C'est cette proposition qui a amené l'auteur de cet article à vouloir examiner en particulier la méthode de méditation bouddhiste vipassana afin d'y trouver des stratégies et des techniques susceptibles d'être efficaces pour développer les capacités métacognitives. Son objectif est d'explorer ce que la psychologie bouddhique suggère comme manières de nous amener à prendre conscience de nos processus mentaux. Plus concrètement, il est d'en arriver à identifier dans la psychologie bouddhiste des éléments dont on pourrait s'inspirer pour élaborer des stratégies d'enseignement et d'apprentissage qui faciliteraient, chez les étudiants, la prise de conscience de leurs processus mentaux.

 

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François-Emmanuël Boucher

 

Les sacrifices sanglants,

les gladiateurs et les premiers chrétiens

Cet article aborde la manière dont les païens et les premiers chrétiens ont perçu les sacrifices sanglants et la gladiature. On sait que tous les spectacles de même que les sacrifices étaient, dans l'Empire romain, sous la protection des dieux et étaient accompagnés par un certain nombre de cérémonies. Dans l'Antiquité tardive, on estime à environ deux cents le nombre de jours qui étaient annuellement consacrés à des fêtes. C'était à la fois un devoir civique et religieux que d'y participer le plus souvent possible. En fait, seuls les premiers chrétiens s'y montrent hostiles. L'auteur explique pourquoi ceux-ci regardent les jeux comme l'une des principales conséquences de la première faute. Il leur est interdit d'y assister sous peine de châtiment et même d'excommunication. Les divertissements publics, disait-on, sont incompatibles avec " la vraie religion et la vraie soumission à Dieu ". Parmi toutes les fêtes et les cérémonies, c'est la gladiature qui sera considérée par les premiers chrétiens comme le rituel le plus blasphématoire et le plus " satanique ".

 

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François Gauthier

 

La finitude consumée.

Le sacrifice dans l'Inde ancienne, de l'orgiasme à l'ascèse

Le sacrifice en Inde est caractérisé par des manifestations extrêmes &endash; du sacrifice sanglant royal à celui de l'ascèse &endash; regroupées sous le même terme, yajña. En stipulant la nécessité d'une part de violence dans tout sacrifice comme seule à pouvoir réaliser l'abandon de l'offrande (on emprunte ici à la théorie de la religion de Georges Bataille), cet article vise à montrer une cohérence dans cette diversité sacrificielle. L'analyse d'une apparente anomalie dans le système sacrificiel (le sacrifice du cheval) révèle au sein du rite la mise en œuvre d'une rupture dionysiaque et consumante qui en assure l'efficience. Si la symbolique orgiaque et la consumation sont explicites dans le rite solennel, il s'agit ensuite de démontrer comment le schème de la violence s'articule dans le cas du sacrifice intériorisé.

 

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Nicolas Trépanier

 

Les Ordres. Tarikats et politique dans la Turquie républicaine

Cet article a pour sujet les relations entre les tarikats (ordres soufis) et la vie politique en Turquie depuis 1923, date de la fondation de la République. Cinq aspects de ces relations sont examinés : la situation des tarikats dans les dernières décennies de l'Empire ottoman, les manifestations d'opposition ouverte à la République (dans les années vingt et trente), l'attitude du kémalisme envers les tarikats (caractérisée par une répression à des degrés variables), les relations des tarikats à l'extérieur du pays et les plus récents développements. En analysant ces divers aspects, l'auteur conclut que, bien que la situation des diverses tarikats soit tout sauf uniforme, la tendance générale s'oriente vers une augmentation de l'importance du " politique " par rapport au " mystique ", la structure organisationnelle demeurant l'élément le plus important dans les relations entre tarikats et politique.

 

 

 

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