Robert Verreault

Le rave : genèse d’une tribu

 

On constate la coexistence de deux types de discours sur le développement du phénomène rave. Le premier tente de répondre aux exigences de rigueur de la tradition historique. Il fait appel au contexte sociologique et économique du début des années quatre-vingt pour expliquer l’émergence d’un nouveau type de musique sur la scène américaine ; il évoque ensuite l’impact de ce genre musical sur les jeunes Britanniques qui ont grandi sous l’ère Thatcher et décrit l’émergence progressive d’une nouvelle sous-culture comportant ses codes, ses valeurs, ses idéaux. Le second type de discours, que l’on peut associer à la notion de micromythologie, relève davantage de la filiation symbolique. Il inscrit le rave dans une tradition transgressive et festive qui va de Woodstock à Ibiza ou Goa, et qui fait du LSD cher à Timothy Leary l’ancêtre de l’ecstasy. Ces deux discours se révèlent en fait complémentaires. Ils permettent non seulement de mieux comprendre l’« idéal rave » mais aussi de mettre en lumière la contribution du récit mythique à l’élaboration d’un sentiment d’appartenance à une collectivité.