Valérie Gonzalez, 2001, Beauty and Islam : Aesthethics in Islamic Art and Architecture, Londres, I. B. Tauris Publishers et Institute of Ismaili Studies, 134 p.

 

Dans cet ouvrage, l’auteure présente une réflexion épistémologique sur l’architecture islamique. Initialement, celle-ci avait présenté quelques conférences à l’Institut des études ismaéliennes de Londres. Ces notes ont été colligées et amplifiées afin de produire ce petit livre sur la signification symbolique de l’architecture comme médium de transmission des valeurs religieuses. À travers les différents chapitres, le lecteur est amené à réaliser et à comprendre la fonction de l’art dans la civilisation humaine.

Le livre est divisé en cinq chapitres, avec une introduction élaborant l’approche phénoménologique qui permet de décrypter et de dévoiler le but d’une œuvre architecturale islamique à travers différents angles : épistémologique (Ibn Sînâ, Ibn Rushd, Ibn al-Haytham etc.), théologique (Qur’ân, sunna), scientifique (mathématiques, géométrie) et culturel (poésie, peinture, etc.). Cette approche, inspirée en partie de José Miguel Puerta Vílchez, jette un regard plus respectueux sur une œuvre d’art ayant de multiples fonctions héritées du passé, tout en recréant un sens renouvelé propre à la tradition religieuse musulmane.

Dans les premiers chapitres, l’auteure élabore le fondement philosophique qui sous-tend toute réalisation humaine ayant une vocation religieuse, comme ce qu’est la métaphysique pour la physique en philosophie classique. Cette approche a le mérite singulier de ne pas séparer l’architecture islamique mais de l’intégrer dans une perspective plus large et universelle. Ainsi, l’œuvre d’art comprend en soi un système dynamique de symboles visuels et textuels. L’art exprime une réalité cachée — qu’il faut déceler — à travers les formes géométriques et la symétrie, évoquant un signifiant à ceux qui réussissent à en faire la lecture par une observation objective. Les chapitres subséquents sont des analyses d’œuvres architecturales et exposent le fondement concret de cette approche. L’auteure scrute une pièce de l’Alhambra richement décorée et les différentes inscriptions calligraphiques des versets qur’âniques ainsi que des poèmes qui s’imbriquent admirablement dans l’œuvre d’art. L’agencement de la réflexion intellectuelle et spirituelle ainsi que les formes géométriques architecturales contribuent à l’émergence d’une œuvre signifiante qui dépasse le sens apparent immédiat.

En résumé, bien que ce livre soit succinct, il réussit à expliquer la fonction initiale de l’architecture, source de bien-être et d’harmonie. Le lecteur doit cependant être au fait de l’articulation de la philosophie islamique pour apprécier pleinement le contenu philosophique de ce livre.

Diane Steigerwald

Religious Studies Department, California State University (Long Beach)