Arzina R. Lalani, 2001, Early Shî’î Thought : The Teaching of Imam Muhammad al-Bâqir. Londres, I. B. Tauris Publishers et Institute of Ismaili Studies, 192 p.

 

Cet ouvrage est le fruit d’une longue recherche qui mena à l’obtention d’une thèse de doctorat présentée en 1988 à l’Université d’Édimbourg, sous la direction de Ian Howard. Wilferd Madlung a eu l’occasion de donner ses commentaires pour bonifier l’ouvrage.

Le livre est divisé en sept chapitres et se termine par une brève conclusion. L’auteure se concentre principalement sur la contribution de l’Imâm Muhammad al-Bâqir (m. après 122 / 739) dans l’élaboration de la doctrine shî’ite.

L’introduction situe le contexte de sa recherche et les différentes sources qui seront utilisées pour étayer les argumentations exposées. L’objectif principal était de présenter la description la plus complète de la vie de Muhammad al-Bâqir, en consultant les premières œuvres historiques, majoritairement sunnites, mais aussi en s’appuyant sur des sources plus tardives, duodécimaines et ismaéliennes. Cette relecture de l’histoire dévoile une vision plus réaliste et plus critique de l’origine du shî’isme originel.

Le second chapitre décrit le concept d’Imâma antérieur à Muhammad al-Bâqir ; la période tumultueuse entre ‘Alî ibn Abî Tâlib et Zayn al-’Abidîn est décrite d’une manière concise, laissant entrevoir la formulation embryonnaire de la doctrine de l’Imâma. Il ne faut pas considérer uniquement l’aspect politique de l’émergence du shî’isme, mais beaucoup plus l’aspect salvifique et théosophique. C’est précisément cette lacune qu’Arzina Lalani désire combler, ce qu’elle fait d’ailleurs judicieusement.

Les événements importants de la vie de Muhammad al-Bâqir sont décrits succinctement dans le troisième chapitre, ainsi que les quelques controverses au moment de sa mort. Nous constatons qu’il jouissait d’un rôle prestigieux, quoique son père (Husayn ibn ‘Alî) ait été massacré lors de l’événement tragique de Karbalâ’. De plus, son rôle en tant qu’Imâm de la jeune communauté shî’ite était crucial car la communauté vivait de multiples scissions. C’était un érudit qui maîtrisait des sujets variés sur toutes les connaissances aussi bien religieuses (Qur’ân, sunna, hadîth, etc.) que philosophiques et scientifiques.

Le quatrième chapitre élabore le sujet central de la doctrine shî’ite. Dans ce chapitre, on remarque que le concept d’Imâma commence à s’articuler. Les grands traits de cette institution encore embryonnaire prennent forme et deviendront le thème central amplifié par son fils Ja’far al-Sâdiq.

Les trois autres chapitres (5, 6 et 7) élaborent les points de vue de Muhammad al-Bâqir sur différents thèmes comme la piété, la dissimulation (taqiyya) de ses convictions religieuses, le sujet crucial du libre arbitre et de la prédétermination, l’Unicité divine (Tawhîd). De nombreuses maximes de Muhammad al-Bâqir, compilées par des musulmans sunnites et shî’ites, font de lui un personnage écouté, apprécié et même très influent dans la formulation et l’émergence des idées philosophiques et religieuses. Son influence ne s’est pas limitée à l’élaboration de la doctrine shî’ite ; Muhammad al-Bâqir a excellé dans le domaine juridique et légal.

À travers ce petit livre, on remarque clairement que la contribution de Muhammad al-Bâqir a été très importante dans l’élaboration de la doctrine shî’ite originelle. De plus, il a exercé son influence au-delà du cercle shî’ite.

Diane Steigerwald

Religious Studies Department, California State University (Long Beach)