Sabine Hillen

" Un véritable chanoine est-il toujours chanoine ? "

L’éclipse du sacré chez Henri Michaux

Ruysbroeck l’Admirable et Angèle Foligno, connus par les traductions d’Ernest Hello, appartiennent aux lectures de jeunesse du poète Henri Michaux. Le silence mystique, la folie clairvoyante, la destruction des frontières du moi sont des motifs qui jalonnent l’œuvre de Michaux et qui, avant l’âge de vingt ans, l’orientent vers la vocation littéraire. D’autre part, en véritable moderniste, Michaux assemble des éléments mystiques de traditions fort diverses, autant chrétiens et bouddhistes qu’animistes. Le regard qu’il porte sur le sacré n’est pas tellement celui d’un croyant qui aimerait privilégier un dieu unique, que celui d’un enquêteur qui cultive humour, distance et éclectisme devant la matière religieuse. Les dieux de Michaux sont faits à l’image de l’homme : esprits mobiles et voyageurs, ils sont taciturnes, distraits, peu habiles et immanents. La rencontre entre le divin et l’humain se réalise néanmoins, un peu par accident, provoquant aussi bien la crainte que la fascination.