Charles J. SABATINO

Le dernier Heidegger et la pensée bouddhiste.

Non-soi et interdépendance

La pensée du dernier Heidegger offre beaucoup de points communs avec la philosophie du bouddhisme. À travers sa réflexion sur le thème de l’appropriation, Heidegger tente d’interpréter l’existence humaine comme ouverture au jeu de l’interdépendance du monde. En cela, il se rapproche du bouddhisme et de ses notions de non-soi, de vacuité et de production conditionnée qui, au bout du compte, nient l’existence d’un soi substantiel et indépendant. Heidegger, certes, ne va pas jusqu’à proposer explicitement une compréhension de l’être humain comme non-soi. Pour lui, cependant, la subjectivité surgit dans un contexte plus large d’ouverture et d’appartenance (au monde), qui est plus fondamental qu’elle même. On peut également suggérer un rapprochement entre la notion bouddhiste de samsara et la description heideggerienne du danger de l’ère de la technique. L’une et l’autre semblent proposer que l’existence humaine authentique consiste en un lâcher prise qui renvoie à l’interdépendance du monde.