Jean-Marc Dufort. 1996. Euthanasie et aide au suicide. La conscience chrétienne confrontée. Montréal : Bellarmin.


Les thèmes à la mode, comme «euthanasie et aide au suicide», parfois trop médiatisés et fort mal expliqués, suscitent un débat de société dans lequel l'opinion religieuse s'est faite jusqu'à présent, discrète. Pour y remédier, l'auteur suggère un parcours instructif dont le but se laisse facilement deviner: démontrer que les soins palliatifs sont mieux adaptés que l'euthanasie à la foi chrétienne. Que le sujet soit considéré du point de vue du malade ou de celui des aidants, il engendre une multitude de questions dans plusieurs sphères de la société: juridique, médicale, humanitaire, éthique et religieuse. C'est en nous les faisant parcourir que l'auteur entreprend d'atteindre son but (pp. 1-10).

Après avoir présenté les trois cas les plus publicisés, celui de Nancy B., de Sue Rodriguez et de Latimer, l'analyse exacte de chacun des sens est proposée. On parlera respectivement d'euthanasie directe, d'euthanasie volontaire ou de suicide assisté et d'euthanasie involontaire. Seule la première n'engendre aucune répercussion légale, alors que les deux autres portent une responsabilité morale. Le problème, c'est que nous vivons dans une société où le moindre mal doit trouver rapidement son remède. Si la société se reconnaît désormais une certaine part de responsabilité en offrant des services de prévention, paradoxalement, on assiste à la paralysie de certains intervenants qui, faute de pouvoir s'exprimer adéquatement, se retirent (pp. 10-23). Du côté juridique, l'aide au suicide et l'euthanasie involontaire sont considérées comme des infractions criminelles. Mais, d'une part, il faut que soit défini et respecté le droit de chacun et, d'autre part, que soient comblées les imprécisions de la loi sur l'aide au suicide qui paralysent actuellement les intervenants. En aucun cas, la décriminalisation de l'euthanasie ne doit être acceptée, au risque d'entraîner des abus. L'auteur préfère opter pour une fiction juridique (pp. 25-30). L'accroissement au recours des pratiques euthanasiques entraîne la redéfinition de l'éthique médicale. En ce domaine, les soins palliatifs s'offrent comme solution idéale qui empêche les médecins de contrevenir à la plus ancienne maxime de l'éthique médicale, tout en permettant à l'entourage immédiat de trouver appui et réconfort, et au patient de recevoir physiquement et spirituellement l'aide nécessaire (pp. 31-41). L'humanisation des soins de santé ainsi proposée, engage tous les intervenants et le malade à chacune des étapes de son cheminement. Les questions fondamentales sur le sens de la vie et du passage de la révolte à la spiritualité sont finalement abordées bien que trop rapidement. En permettant au malade d'exprimer sa peur de la mort, de la souffrance, de la solitude et du désespoir, la dimension spirituelle apporte un réconfort qui lui permet de se redéfinir en réalisant que la souffrance peut être pédagogue (pp. 43-59). Il est donc important de repenser l'éthique des pratiques euthanasiques et d'informer le malade adéquatement sur tous les plans. Quelles que soient les décisions, elles doivent être guidées par quatre repères: le respect de la vie, de l'autonomie, l'assurance de la qualité de la vie, et la protection des plus faibles (pp. 61-77). La mort et la souffrance sont des mystères, mais au-dessus de tout, la vie, décrite dans de merveilleux passages bibliques, doit être reçue comme un don de Dieu, et les souffrances du Christ, comme la promesse d'une victoire sur la mort. (pp. 79-94). En conclusion, les soins palliatifs permettent l'émergence d'une vraie spiritualité qui peut amener le malade à s'abandonner en toute confiance à Dieu, c'est-à-dire à bien mourir (pp. 93-98).

«Euthanasie et aide au suicide? L'option des soins palliatifs pour la conscience chrétienne», tel aurait dû être le titre de ce livre, car on y cherche en vain la confrontation annoncée. En effet, dès le début, c'est dans le respect le plus orthodoxe de l'enseignement chrétien sur la valeur de la vie, dans la même lignée que le Veritatis Splendor, no 48, que les soins palliatifs sont proposés en tant que solution idéale. Il aurait fallu approfondir et analyser convenablement la contribution des religions et du sentiment religieux dans le questionnement existentiel des malades confrontés au choix euthanasique. Malheureusement, seul le bienfait de la dimension chrétienne des soins palliatifs est rapidement déclaré afin de démontrer que le choix euthanasique manifeste le refus d'accepter en soi le Christ et celui d'abandonner sa vie à Dieu, Source de toute vie. Quant à la souffrance des malades, c'est un mal nécessaire qui participe à l'éveil de la conscience et qui permet d'accéder à l'amour. Mais le point crucial qu'on ne développe pas, c'est l'attente de la mort dans la souffrance qui est une horreur pour tous, malades, entourage immédiat et intervenants, et dont on cherche volontiers à se soustraire. Dans un pareil contexte, on se demande malheureusement à qui profitent véritablement les soins palliatifs, s'ils ne sont qu'une «fiction» religieuse pour le malade ou un «calmant» pour les intervenants en attente de l'issue fatale! On semble oublier que c'est dans l'extrême souffrance physique ou morale, et souvent au seuil de la mort, que l'être humain se trouve confronté à la question du Sens de la Vie et qu'il exige alors une réponse. Si dans la perspective de la foi chrétienne, la réponse gît dans cette fameuse phrase de Saint Paul: «sans l'amour je ne suis rien», alors il serait peut-être temps de confronter les discours. C'est peut-être sur ces bases de réflexion que la conscience chrétienne aurait pu être véritablement «confrontée» et qu'une tentative sérieuse de réponse aurait pu se formuler, plus adéquate à notre époque, moins puérile et vide de sens que la sempiternelle réponse, «cela relève du mystère» (p. 96).

 

Brigitte Ouellet
Université de Montréal

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