Pierre Forter. 1995. Mondes rêvés. Formes et expressions de la pensée imaginaire. Paris : Delachaux et Niestlé (Collection «Actualités en sciences sociales»).


Professeur à l'Université de Genève, Pierre Forter nous livre dans cet ouvrage une synthèse tout à fait convaincante de la pensée utopique, assimilée, ici, à la pensée imaginaire. Passant en revue les multiples dimensions de sa mise en oeuvre: iconographie, discours, pédagogies, sa démonstration s'étend particulièrement aux espaces nouveaux générés par la pensée utopique: de la Cité de Dieu, en laquelle il voit le paradigme de toute la Culture Européenne: de Babel et la Nouvelle Jérusalem jusqu'aux urbanistes du XXe siècle, via les Villes de la Renaissance. Enfin, après avoir décrit de façon très documentée les rêveries révolutionnaires et socialistes du XXe siècle, il annonce l'effondrement de cette forme de pensée imaginaire, consacré par la fin d'un genre, celui des utopies.

La sphère de la quotidienneté s'en trouve elle-même affectée. En témoigne, dans nos sociétés, la perte du sens de la fête, lieu et temps d'invention sociale, de participation communautaire.

Sa pensée rejoint là celle d'un Debord nous annonçant la «spectularisation» du monde ou de Deleuze et Guattari énonçant dans Qu'est-ce que la philosophie? que le mouvement général qui a remplacé la critique par la promotion commerciale n'a pas manqué d'affecter la philosophie, le simulacre étant devenu le vrai concept voire même le présentateur du produit philosophique.

Il termine en nous appelant à l'invention d'un nouveau destin, pour lui toujours possible.

« La révolte seule est créatrice de Lumière », écrivait aussi André Breton, né il y a tout juste un siècle, à Tinchebray, dans l'Orne, le 19 février 1896.


Georges Bertin
Université catholique de l'Ouest (Angers)

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