Comité des affaires sociales de l'Assemblée des Évêques du Québec. 1997. Pleins feux sur le partenariat en Église. Actes du symposium «Le partenariat hommes et femmes en Église». Montréal: Médiaspaul, 224 p.



Ce volume rassemble les exposés présentés au symposium sur «Le partenariat hommes et femmes en Église» et à la soirée publique qu'il comportait, tenus à l'université Laval, du 29 au 31 août 1996.

Ce symposium, une initiative du Comité des affaires sociales de l'Assemblée des Évêques du Québec [AÉQ], réunit, sur invitation, dans sa partie réservée à des «initiés» (p. 6), quelques 125 participantes et participants, perçus comme ayant un mot à dire sur le thème choisi: «des théologiennes et des théologiens des centres universitaires francophones,[...] des personnes en poste d'autorité dans l'Église catholique romaine,[...]» et des intervenantes et intervenants «au fait de la problématique du partenariat, en raison de leur travail concret sur le terrain» (p. 5).

L'idée de ce symposium n'est pas une génération spontanée. Elle s'inscrit dans une démarche de l'AÉQ qui remonte à 1979, mais plus précisément à 1986, alors que, cette année-là, les Évêques du Québec se réunissaient en session d'étude sur le thème «Mouvement des femmes et Église». Par la suite, diverses activités et initiatives - rencontres, forums, formation et réunions d'un comité ad hoc du Comité des affaires sociales de l'AÉQ, démarches exploratoires auprès des responsables diocésaines à la condition féminine, de théologiennes et de théologiens - cherchent à approfondir les différentes dimensions de la présence et de la participation des femmes dans les structures et la vie de l'Église. De ces échanges et discussions émergent de façon privilégiée la notion de partenariat entre hommes et femmes et le besoin de faire le point sur l'idéologie qui la sous-tend. De là, le symposium de 1996, auquel le Comité des affaires sociales de l'AÉQ assigne les objectifs suivants:

- «revoir les fondements théologiques pertinents au partenariat;
- approfondir les éléments d'une herméneutique renouvelée, s'il y a lieu;
- progresser dans la connaissance et l'élaboration des dimensions historique, sociologique, biblique, anthropologique et ecclésiologique de la question» (p. 10).

Au début de cette recension, il était important de présenter les antécédents de l'activité de réflexion à l'origine du volume à analyser. Une telle démarche permet de situer le contenu de celui-ci dans son contexte d'élaboration et d'énonciation. En somme, il s'agit d'exposés de membres et d'invité(e)s francophones d'une entité régionale - l'Église du Québec - d'une organisation-institution religieuse universelle - l'Église catholique romaine -, qui cherchent ensemble à définir la situation et à orienter l'action concernant une pratique - le partenariat entre les hommes et les femmes - dans ces instances.

Bien que des indications aussi générales que «professeur(e) à l'université X» ne permettent pas de repérer avec précision les spécialités et les lieux de prise de parole de chacune et de chacun des auteur(e)s, les approches des différents chapitres nous permettent d'affirmer que nous sommes en présence d'une réflexion multidisciplinaire où les disciplines intégratrices sont la théologie et la pastorale, conformément à la genèse et aux objectifs de l'événement ainsi qu'aux affectations professionnelles des personnes rassemblées. Sans doute, le comité organisateur - sur la composition duquel le livre ne nous fournit aucun renseignement - aurait pu choisir d'autres personnes-ressources (une intervenante en nomme plusieurs à la page 14) que celles retenues. En dehors des fonctions ou des tâches et de leurs lieux d'exercice, les textes de présentation ne font état d'aucun autre critère de ces choix. On peut facilement penser que pour cette rencontre, les choses se sont passées comme dans les autres du même genre: les organisatrices et les organisateurs ont puisé dans le réseau des spécialistes dont ils connaissaient les travaux et qui leur étaient plus facilement accessibles que d'autres, en raison de liens déjà établis lors de contacts antérieurs. Il n'est pas exclu non plus qu'ils aient accordé de l'attention au critère d'empathie pour l'Église en même temps qu'à celui de modération et de prudence dans le contenu et l'expression des idées.

Avec un des intervenants, qui le signale en note (p. 54, note 5), on peut regretter que les responsables n'aient pas fait appel à des membres d'autres traditions religieuses, en particulier de la tradition anglicane, ni non plus à des personnes qui ont pris leurs distances vis-à-vis de la religion tout court. Un peu plus loin, un autre conférencier affirme que «l'ordination des chrétiennes doit être traitée comme une question chrétienne» (p. 178). Mais les anglicans ne sont-ils pas, eux aussi, des chrétiennes et des chrétiens... à moins qu'ici comme ailleurs, tout le long de l'ouvrage, les termes chrétiennes et chrétiens veuillent dire catholiques romains et que, dans la pensée de l'auteur, l'impératif de sauvegarder la cohérence des discours de cette tradition l'emporte sur la responsabilité d'établir des conditions d'exercice d'une vraie égalité dans les communautés qu'elle rassemble. Au surplus, devant un problème aussi fondamentalement humain que celui d'un partenariat égalitaire entre homme et femme, on peut se demander qu'est-ce qui est chrétien et qu'est-ce qui ne l'est pas. Le Christ n'est-il pas venu assumer la plénitude de la nature humaine et la porter à sa perfection?

Malgré les limites de la conception et de l'organisation des rencontres qui lui ont donné naissance, Pleins feux sur le partenariat en Église offre une bonne vue d'ensemble des idées principales, de la situation et des perspectives d'avenir sur ce type de relations entre les hommes et les femmes dans la communauté catholique romaine québécoise francophone. Manifestement, les traits culturels, indices d'un réel partenariat égalitaire, sont peu nombreux, voire inexistants, dans la Bible et la Tradition. C'est donc à l'esprit et au discours verbal de Jésus ou à ce qu'en ont retenu les premières communautés chrétiennes regroupées autour des apôtres et des évangélistes qu'il faut se tourner pour fonder la promotion d'un véritable partenariat en Église. Dès les origines, nous sommes donc en présence d'un écart, pour ne pas dire d'une contradiction, entre l'enseignement et la pratique. Cet écart ou cette contradiction perdure encore dans l'Église catholique d'aujourd'hui.

Ici se pose la question de la portée normative de la conduite de Jésus qui, bien que comptant des femmes dans son entourage, ne les a pas investies de pouvoirs spécifiques ou de fonctions d'autorité. Toutes les personnes-ressources dont les actes du symposium nous rapportent la pensée tiennent explicitement ou implicitement ce comportement de Jésus comme un phénomène culturel, c'est-à-dire relatif à une société donnée et non enraciné dans une caractéristique fondamentale de la nature humaine. Le patriarcat à l'intérieur de la tradition chrétienne serait un construit humain dont l'édification aurait débuté dès la naissance de cette tradition et qui, malgré des réactions isolées, se serait poursuivie jusqu'à nos jours, à la faveur des cultures androcentrées des sociétés civiles où s'est implanté peu à peu le christianisme.

Cette position est bien différente de celle de l'Église officielle. Partant de l'égalité originelle et fondamentale de l'homme et de la femme, elle situe l'intelligence et la solution du problème dans un registre relationnel. En cela, elle est très en affinité avec la sensibilité moderne. De son côté, la perception du Magistère, s'appuyant sur l'anthropologie d'Aristote reprise par saint Thomas d'Aquin, sacralise une ontologie du masculin et du féminin qui fixe sans retour la femme et l'homme concrets dans des positions hiérarchiques inégales, à l'avantage de l'homme. De cette représentation de la masculinité et de la féminité - à laquelle s'ajoutent des raisons de stratégie prudentielle au niveau de la doctrine et de pratiques définies à des époques où, la connaissant moins, on était moins attentif à la distinction nature/culture -, résulte un refus des autorités ecclésiastiques (toutes masculines) de réaménager substantiellement les structures, les fonctions et les rôles dans l'Église pour établir une véritable égalité de fait entre les deux sexes. Les statuts sont déterminés et assignés une fois pour toutes dans la nature et la constitution des êtres, selon cette conception de la personne humaine héritée de l'humanisme classique.

Un tel blocage, quand il n'amène pas la rupture avec l'Église, contraint les membres de celle-ci à deux types de réactions. L'un d'eux consiste à devoir se contenter de poursuivre, individuellement ou en groupe (quelques auteurs proposent encore la formation de commissions), les études sur la question. Ces études, lorsqu'elles ne tournent pas en rond, ne sauraient être à l'abri de déviations lourdes de conséquences, comme en témoigne le glissement du concept d'égalité à celui de partenariat, lequel n'inclut pas nécessairement l'égalité, alors que l'heure est à la volonté politique et à l'action. Le second type de réactions, qui peut ou non coexister avec le premier, cherche à mettre en oeuvre des pratiques de partenariat, soit de manière spontanée à tous les échelons et dans tous les lieux où des femmes côtoient des hommes, soit de manière plus organisée dans des sphères périphériques de la vie de l'Église: les ministères reconnus (à distinguer des ministères ordonnés et des ministères institués) ou à inventer, dans les Églises locales. Les diverses suggestions de mise en oeuvre de pratiques partenariales, pour ingénieuses qu'elles soient dans l'ouvrage recensé, n'en révèlent pas moins la faible marge de manoeuvre laissée aux individus et aux Églises. On en est réduit à scruter et décortiquer les moindres interstices des discours et des usages par où les inspirations de l'Esprit et, conséquemment, le partenariat pourraient subrepticement se faufiler. Au surplus, on peut s'interroger sur la possibilité et l'efficacité à moyen et à long terme d'un tel effort d'invention de nouvelles attitudes et de nouveaux comportements culturels qui n'est pas soutenu par un encadrement structurel approprié et adéquat. Culture et structure sont des réalités qui s'appellent réciproquement dans la vie sociale comme dans l'appareil conceptuel de la sociologie.

Il faut féliciter le Comité des affaires sociales de l'AÉQ d'avoir publié aussi rapidement qu'il l'a fait - moins d'un an après l'événement - les actes du symposium qu'il a organisé. Quand on songe aux démarches et au travail d'unification que demande la publication d'un ouvrage collectif, ce n'est pas un mince mérite. Cette diligence ne doit pas cependant voiler les lacunes de la forme de l'ouvrage. Déjà nous en avons signalé deux au passage: le silence sur la composition du comité d'organisation du symposium et l'absence de renseignements biographiques et bibliographiques suffisants pour permettre de préciser les lieux de prise de parole de chacune des personnes-ressources. À ces faiblesses, il faut en ajouter une troisième: l'ignorance où sont tenus les lectrices et les lecteurs au sujet des responsables qui ont dirigé la mise en forme et la préparation de ces actes pour leur publication.

Au delà des réserves que nous avons formulées, la lecture de ce livre peut s'avérer intéressante et utile pour quiconque désire acquérir une idée de l'état de la réflexion qui se poursuit actuellement au sein de l'Église catholique romaine francophone du Québec, sous les auspices de la hiérarchie, à propos de la définition de la situation et de l'orientation de l'action concernant le partenariat et, éventuellement, l'égalité entre les hommes et les femmes à l'intérieur du catholicisme.


Jean-Paul Rouleau
Université Laval

Sommaire des recensions / Page d'accueil