Michael Keating (et le Programme canadien des changements à l'échelle du globe). 1997. Le Canada et l'état de la planète. Les tendances sociales, économiques et environnementales qui façonnent notre existence. Traduit par Didier Holtzwarth. Montréal: Éditions Multimondes, 116 p.


Cet ouvrage important est la traduction française du premier livre canadien substantiel de vulgarisation à être publié sur l'environnement planétaire, et plus particulièrement sur l'ensemble des grands problèmes socio-économiques et environnementaux globaux que doivent présentement affronter les Canadiens. C'est un livre qui mérite d'être largement diffusé et attentivement étudié par tous ceux qui de près ou de loin s'intéressent à l'avenir de la planète et de ses habitants. Ce n'est pas un livre volumineux et exhaustif comme certains ouvrages bien connus sur l'état de l'environnement, mais plutôt un petit livre de chevet qui contient l'essentiel des renseignements utiles, voire nécessaires, pour comprendre les grandes tendances qui nous affectent à l'heure actuelle et pour les décennies à venir.

La première partie a été rédigée par un aréopage impressionnant de six figures de proue canadiennes qui sont des experts chevronnés et reconnus en la matière. Cette section nous aide, grâce à des évaluations pondérées faites à partir de données objectives et accessibles que l'on retrouve en partie dans la seconde section du livre, à comprendre la nature des principales menaces qui pèsent actuellement sur nous, surtout au plan de l'environnement, comme l'amincissement de la couche d'ozone, le réchauffement global, la déforestation et la désertification, la surpêche, la dégradation de l'air, de l'eau et des sols, et la perte de la biodiversité. Les auteurs analysent aussi les facteurs humains et naturels qui sont responsables de ces changements globaux, ainsi que les conséquences de ceux-ci sur l'environnement, sur l'économie, sur nos systèmes politiques et sociaux, et sur la santé humaine. Les solutions possibles à ces problèmes, qu'elles soient d'origine locale, nationale ou internationale, par exemple la mise en marche de programmes de développement durable, sont aussi présentées dans cette section, et dans l'ensemble de l'ouvrage. Celui-ci est fort bien illustré, avec de nombreuses photographies, des graphiques, des cartes, des tableaux, ce qui permet au lecteur de voir plus facilement de quoi il s'agit.

Le chapitre de Keating, qui est le maître d'oeuvre de l'ouvrage, sur le Canada et l'évolution de la planète, fait le bilan de la situation et dresse un bon bilan de l'état actuel de l'environnement au plan mondial; il trace aussi quelques voies de sortie de la crise actuelle. Maurice Strong enchaîne avec un chapitre intitulé «Une vision planétaire», qui fait le point sur les suites du Sommet de la Terre de Rio de 1992: la création de la Commission du développement durable et du Conseil de la Terre, le plan Action 21, la déclaration sur l'environnement et le développement, et les trois conventions qui ont découlé de cette grande rencontre. Son jugement sur Rio est pessimiste mais pondéré, car peu de choses ont été réalisées à ce jour, malgré les espoirs et les attentes énormes qui avaient été soulevés.

James P. Bruce, président du Programme climatologique canadien, trace un portrait du rôle de la place du Canada au sein du système climatique mondial. Pour éviter la menace du réchauffement global, il suggère toute une série de mesures y compris l'efficacité énergétique, la plantation d'arbres, des taxes sur le carbone, etc. Le biologiste québécois Jacques Prescott traite de la préservation de la diversité biologique, qu'il voit comme étant une question de survie pour les humains autant que pour les autres espèces vivantes, parce que toute notre économie et notre société entière en dépendent pour leur pérennité. Il insiste sur la nécessité d'inventorier la faune et la flore, afin de les mieux protéger, spécialement les espèces menacées d'extinction. Il termine avec un appel pour la mise en oeuvre rapide de la Stratégie canadienne de la biodiversité, qui est excellente dans ses principes et dans ses orientations.

Mary Simon, leader Inuit et première ambassadrice canadienne aux Affaires circumpolaires, décrit la grande vulnérabilité écologique du Grand Nord canadien de plus en plus contaminé et pollué par ce qui lui vient du Sud, et de plus en plus affecté par des changements sociaux qui découlent souvent des décisions irréfléchies de nos politiciens et de nos dirigeants d'entreprises. Enfin, Hugh Morris, président du Programme canadien des changements à l'échelle du globe, lance un appel aux dirigeants d'entreprise pour qu'ils contribuent davantage à la solution des problèmes environnementaux planétaires. Pour les mobiliser contre les causes anthropiques de ces changements, le gouvernement doit non seulement les encourager à prendre des mesures volontaires, qui sont utiles quoique insuffisantes, mais aussi utiliser les forces du marché et la réglementation. Certaines mesures, comme les économies d'énergie, et certaines substitutions de combustibles, sont souvent bien plus avantageuses que le statu quo pour l'entreprise dans le domaine de l'environnement.

La deuxième partie du livre porte sur les tendances cruciales qui se déroulent actuellement, et explique pourquoi et comment l'environnement mondial change radicalement à notre époque. Au chapitre 7, les tendances lourdes en matière de démographie, de consommation des ressources, surtout énergétiques, de prolifération des déchets, et de progrès technologiques sont décrites pour les prochains 10 ou 20 ans, grâce à des données solides provenant des meilleures sources spécialisées. Le chapitre 8 centre l'attention sur les grandes tendances environnementales: réchauffement de l'atmosphère, amincissement de la couche d'ozone dans la stratosphère, précipitations acides engendrées par l'anhydride sulfureux et l'oxyde d'azote, pollution atmosphérique, érosion et dégradation des sols, déforestation, retard du Canada au plan des zones protégées, qualité détériorée des eaux, surexploitation et pollution des océans, et perte de la biodiversité. Les 28 pages de ce chapitre constituent un excellent rapport sur l'état de l'environnement en particulier. En fait, ce chapitre m'apparaît comme le coeur de l'ouvrage de Keating et du PCCEG. Au chapitre 9, il est question des tendances au plan de la qualité de la vie, ou de ce que l'ONU appelle le développement humain: en plus de parler d'espérance de vie, d'éducation, et de revenu national, on y aborde aussi la question de la pauvreté, des approvisionnements alimentaires, d'agriculture, de pêche, de santé, d'urbanisation, de risques de conflits causés par la pénurie des ressources, et enfin de catastrophes naturelles.

La conclusion de cette partie du livre traite des possibilités d'amélioration de ces tendances, à travers un processus d'évolution vers un mode de vie respectueux de l'environnement appelé «développement durable», que le rapport Brundtland de 1987 a mis de l'avant. Le Sommet de la Terre de Rio en 1992 a poursuivi dans cette voie, en insistant aussi sur le principe de précaution sur la conservation des ressources, sur l'efficacité énergétique et sur l'éducation relative à l'environnement, entre autres stratégies.

La troisième partie de l'ouvrage, intitulée «Contexte et références», présente des renseignements utiles pour effectuer la transition vers ce genre de société durable. Le chapitre 11 décrit, chiffres à l'appui, l'évolution de la planète et la situation actuelle de l'environnement canadien. L'ouvrage comprend aussi un glossaire des termes environnementaux, une brève chronologie environnementale de la révolution industrielle à aujourd'hui, et une liste des ressources au niveau des gouvernements fédéral et provinciaux, des organismes nationaux et internationaux, des organisations non gouvernementales et universitaires, ainsi que des sites Web sur le réseau Internet. Une brève bibliographie de lectures conseillées et un index détaillé complètent le tout.

En somme, nous avons ici un outil de qualité, un précieux instrument très adapté pour l'éducation relative à l'environnement et au développement durable. Il serait bien regrettable qu'il passe inaperçu, à un moment où nous avons vraiment besoin du genre d'informations solides et pondérées qu'il contient. Ce serait, par exemple, un excellent cadeau à offrir à quelqu'un que les grandes questions brûlantes de l'heure intéresse, d'autant plus que son prix très raisonnable le rend facilement abordable à toutes les bourses.


Jean-Guy Vaillancourt
Université de Montréal

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