Centre de recherches d'histoire des religions, 1997. Le comparatisme en histoire des religions, sous la direction de François Boespflug et Françoise Dunand, coll. "Patrimoines", Paris, Cerf, 455p.


Fruit d'un colloque qui s'est tenu à l'université de Strasbourg du 18 au 20 septembre 1996 dans le cadre du Centre de recherches d'histoire des religions, ce collectif porte essentiellement sur les pratiques et les procédures intellectuelles de la comparaison dans les domaines de l'histoire des religions. Sans compter l'introduction (p. 7-20) et la conclusion (p. 445-452), le livre est divisé en six parties de longuer inégale.

La première partie intitulée "Philosophie" comprend un seul texte qui a pour titre "Réflexions philosophiques sur la comparaison" et il est signé Yves Labbé (p. 23-43). Il vise à dresser un état des lieux du comparatisme, en fonction des possibilités de comparer et non pas de ses productions les plus spécialisées.

La deuxième partie intitulée "Histoire du comparatisme" regroupe cinq communications qui montrent bien, entre autres choses, que le comparatisme, comme discipline, a des ancêtres de plus en plus anciens : Guy Stroumsa, "Comparatisme et philologie. Richard Smon et la naissance de l'orientalisme" (p. 47-62); Michel Despland, "Les historiens des religions sous la monarchie de juillet font-ils du comparatisme?" (p. 63-71); Giovanni Filoramo, "Réflexions méthodologiques entre histoire des religions et histoire religieuse" (p. 73-87); Natalie Spineto, "Le comparatisme de Mircea Eliade" (p. 93-108); Jean Lambert, "Le comparatisme dumézilien est-il transposable dans le domaine sémitique?" (p. 109-121). Deux débats accompagnent ces communications (p. 88-92 et 122-124) et le second contient une critique sévère de l'exposé de Jean Lambert. Quant au comparatisme éliadien, il est aussi critiqué et parfois avec virulence (voir les p. 93-108, mais aussi les p. 16; 36; 417 et 434).

Quatre interventions et trois débats occupent la troisième partie, qui a pour titre "Le comparatisme à l'épreuve des faits. Le monde de la Bible" : "Jean-Georges Heintz, "Des textes sémitiques anciens à la Bible hébraïque. Un comparatisme légitime?" (p. 127-156); Jean-Marie Husser, "À propos du festin `marzihu' à Ugarit. Abus et impasse du comparatisme historique" (p. 157-173); Débat (p. 174-175); Raymond Kuntzmann, "Abraham victime du comparatisme? Comparaison et raison exégétique" (p. 177-194); Débat (p. 195-196); Paul B. Fenton, "Le symbolisme du rite de la circumambulation dans le judaïsme et dans l'islam. Une étude comparative" (p. 197-218); Débat (p. 219-220). Comme les titres l'indiquent, le Tanak reçoit la part du lion.

La quatrième partie, intitulée "Le comparatisme à l'épreuve des faits. Égypte, Inde, Afrique, Rome", comprend cinq textes et trois débats : Christian Cannuyer, "Osiris et Jésus, les bons pélicans" (p. 223-238); Françoise Dunand, "Lieu sacré païen et lieu sacré chrétien. Autour des pèlerinages" (p. 239-253); Débat (p. 254-258); Boris Oguibénine, "Un thème indo-européen dans le Rgveda et dans un j_taka bouddhique" (p. 259-277); Claude Rivière, "Approches comparatives du sacrifice" (p. 279-289); Débat (p. 290-294); John Scheid & Jesper Svenbro, "Le comparatisme, point de départ ou point d'arrivée?" (p. 295-308); Débat (p. 309-312).

Intitulé "le comparatisme à l'épreuve des faits : moyen âge", la cinquième partie présente cinq textes, quarante-deux figures et deux débats : François Boespflug, "Autour de l'hospitalité d'Abraham dans la Bible et le Coran, et de son écho dans l'art juif et l'art chrétien du moyen âge (XIIe-XIVe siècle). Essai d'iconographie comparée" (p. 315-343); Thérèse Metzger, "Notes sur l'hospitalité d'Abraham dans l'iconographie juive" (p. 345-359); Jean-Claude Schmitt, "Pour une histoire comparée des images religieuses" (p. 361-377); Débat (p. 378-381); Jean-Michel Spieser, "Comparatisme et diachronie. À propos de l'histoire de l'iconographie dans le monde paléochrétien et byzantin" (p. 383-399); Débat (p. 400-402).

Enfin, la sixième et dernière partie, qui a pour titre "Le comparatisme en histoire des religions et en théologie des religions", ne présente que deux interventions et un long débat : Dennis Gira, "Comparaisons trompeuses et points de rencontre entre bouddhisme et christianisme" (p. 405-414) et Claude Geffré, "Le comparatisme en théologie des religions" (p. 415-431); Débat (p. 432-443).

En résumé, ce volume propose un excellent état de la question du comparatisme en histoire des religions, aussi bien dans l'ordre du micro-comparatisme (voir par exemple les travaux de Husser, Kuntzmann, Fentron, Dunand, Cannuyer) que du macro-comparatisme (voir par exemple les travaux de Lambert, Gira et aussi, mais dans une moindre mesure, les travaux de Rivière, Oguibénine, Scheid et Svenbro). Bien que la figure d'Abraham occupe une place exceptionnelle &emdash; ce qui n'est pas étonnant puisqu'il est l'ancêtre du judaïsme, du christianisme et de l'islam &emdash;, les corpus étudiés et comparés sont également très diversifiés : des ouvrages classiques dans le domaine du comparatisme (comme par exemple les recherches de M. Éliade, G. Dumézil et Cl. Lévi-Strauss), des textes révélés, sacrés, mythologiques, liturgiques, des images, des pratiques rituelles, etc. Cette impressionnante variété dans la pratique de la comparaison permettra assurément au lecteur qui aura le courage et la chance de lire l'ensemble du volume de sortir du comparatisme incantatoire et de mieux comprendre les variations et les constantes des phénomènes religieux.

 

Jean-Jacques Lavoie

Université du Québec à Montréal

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