Documents épistolaires du palais de Mari
, 1997.Tome 1, présentés et traduits par Jean-Marie Durand, coll. Littératures anciennes du Proche-Orient, 16, Paris, Cerf, 654 p.


Depuis la découverte en 1933 de la statue cabane et l'installation d'une mission régulière de fouilles au Tell Hariri, chaque année a vu apparaître de nouvelles publications sur Mari. On pourra dire que l'année 1997 aura été fructuseuse, puisque ce colossal ouvrage propose une traduction commentée des documents épistolaires exhumés dans le palais royal de Mari depuis déjà quelques décennies jusqu'en 1993. Dans le cas des documents déjà publiés et traduits dans les Archives royales de Mari, l'auteur présente alors une nouvelle traduction qui ne se veut toutefois en rien meilleure que les éditions précédentes. La motivation principale de cette reprise générale est double : d'une part, elle est la mise en forme de tout le programme de collations et de remembrements entrepris par l'équipe qui travaille avec Jean-Marie Durand; d'autre part, cette retraduction représente la détermination des sens à enregistrer dans le Dictionnaire du paléobabylonien de Paris qui est actuellement en préparation (p. 14). Comme l'indique l'auteur dans son avant-propos, "le parti-pris de cette édition a été de restaurer dans la mesure où cela est possible l'intégrité du manuscrit antique" (p. 20); par conséquent, "grincheux dénigreurs de bold restaurations s'abstenir!" (p. 21).

Le livre est divisé en deux grandes parties : introduction (p. 25-58), et traduction et commentaire des textes (p. 59-639). La première partie rassemble les thèmes identiques dispersés par tout l'ouvrage et répond à quelques grandes questions : Comment étaient rangés les textes dans le palais? Quelle distinction doit-on faire entre scribes et administrateurs? Que se passait-il lorsque l'information d'un texte cunéiforme devenait caduque? La langue de ces documents écrits était-elle artificielle ou était-elle la langue parlée par la population de Mari?

Quant aux textes de la seconde partie, ils sont ordonnés sous cinq grands thèmes : "Le roi, la cour, le monde du palais" (p. 59-110), "Administration centrale ou provinciale" (p. 111-220), "La personne spécialisée et le produit de son travail" (p. 221-317), "Ressources naturelles et constitution des stocks" (p. 319-381) et "Vie diplomatique et relations internationales" (p. 383-639). Ce nouvel ordonnancement, qui ne prétend aucunement offrir une synthèse définitive sur Mari, est pertinent puisqu'il permet des commentaires introductifs. Chaque texte est accompagné d'annotations philologiques et historiques susceptibles de l'éclairer et d'en montrer l'intérêt. Au besoin, l'annotation explicite le mot à mot, particulièrement lorsque la traduction s'en écarte trop. En effet, l'auteur a choisi de traduire ces documents non selon le principe de l'équivalence formelle, mais bien selon le principe de l'équivalence fonctionnelle. Ce choix est judicieux, car une traduction littérale aurait été trop obscure et elle aurait même pu prêter à contresens (on a qu'à penser ici à la parataxe de la langue mariote ou à ses nombreuses expressions idiomatiques). Une table de concordance (p. 641-647) et une carte géographique illustrant les principales routes et itinéraires du Proche-Orient ancien (p. 648-649) terminent l'ouvrage.

En résumé, ce livre, qui témoigne d'une vaste érudition, intéressera non seulement les spécialistes de Mari, mais aussi les spécialistes du Proche-Orient ancien ainsi que les exégètes du Tanak. On ne peut donc que remercier Jean-Marie Durand d'avoir rendu accessible à un large public ces lettres de Mari qui constituent le plus riche corpus de prose en dialecte est-sémitique.

 

Jean-Jacques Lavoie

Université du Québec à Montréal

Sommaire des recensions / Page d'accueil