Karin Heller, 1997.
Et couple il les créa, coll. Lire la Bible, Paris, Cerf, 203 p.


L'histoire des couples de l'Ancien et du Nouveau Testament peut-elle encore nous parler aujourd'hui? C'est à cette question que répond ici Karin Heller, dans la perspective de l'enseignement de l'Église catholique romaine. Pour l'auteur, il existe un message dans l'histoire de ces couples et c'est celui de la foi chrétienne.

L'ouvrage débute avec l'histoire d'Adam et Ève (pp. 11-34), le couple créé à l'image de Dieu (Gn 1-3). Selon l'auteur, ce récit répond à des questions d'ordre existentiel et plus particulièrement aux difficultés de vivre en couple. Au deuxième chapitre, qui porte sur Abraham et Sara (Gn 12, 15-17.22, pp. 35-58), l'auteur examine les thèmes de stérilité et de mère porteuse. [Heller perçoit dans la rivalité qui opposera Agar et Sara un prélude aux conflits israélo-arabes que nous connaissons maintenant (p. 47). Nous savons qu'Ismaël, issu d'Agar, deviendra l'ancêtre des musulmans, tandis qu'Isaac, issu de Sara, deviendra l'ancêtre du peuple d'Israël.] Heller affirme que la bonne résolution pour contrer la stérilité se trouve dans la foi en la parole de Dieu, car lui seul peut donner la vie là où il n'y a plus d'espérance (p. 52), comme il a donné miraculeusement Isaac au couple stérile Abraham et Sara. L'auteur conclut en invitant les couples contemporains infertiles à limiter leurs essais de fertilité à l'intérieur du mariage et à espérer un miracle! Au troisième chapitre, qui a pour titre Isaac et Rebecca (Gn 24 et 27, pp. 59-81), Heller porte attention au choix du partenaire pour la vie. Il nous présente ici un Dieu échiquéen, imposant à chaque pion l'élue de son coeur. Échec et mat assuré pour le pion romantique! Booz et Ruth sont les personnages principaux du quatrième chapitre (Rt 1-4. pp. 83-94). L'auteur y traite des questions entourant le mariage mixte. Le thème de la stérilité est une fois de plus abordé au cinquième chapitre avec le couple Elqana et Anne (1S 1-2, pp. 95-112). Il est clair ici que l'auteur est contre toutes formes de manipulations génétiques cherchant à aider les couples infertiles (pp. 103, 111-112).

Au sixième chapitre, intitulé Zacharie et Élisabeth (Lc 1,5-80, pp. 113-129), l'auteur fait un lien entre la conception miraculeuse d'un enfant issu d'un couple stérile et la conception virginale du Christ. Selon lui, cette conception virginale s'expliquerait par le fait que, conformément aux récits des couples infertiles de l'Ancien Testament, la conception fut possible par l'acte de foi et non par l'acte sexuel puisqu'aucun de ces récits ne relate les ébats amoureux des couples ancestraux (p. 115)! Ainsi, la foi brave tous les monts, fussent-ils de Vénus. Le septième chapitre, qui a pour titre Joseph et Marie (Mt 1,18-25, pp. 131-147), développe la même idée. Joseph, comme Zacharie, doutera de la grossesse énigmatique de sa future épouse. Mais, comme ce fut le cas pour Zacharie, la foi en la parole de Dieu évacuera tout doute. L'auteur porte aussi un certain intérêt à la généalogie de Joseph (pp. 136-147). Heller présente au huitième chapitre le «couple» Jésus et Marie (pp. 149-164). À la lumière de Jn 2, 1-12 et Jn 19, 25-27, l'auteur voit en Jésus et Marie le nouvel Adam et la nouvelle Ève d'une nouvelle ère : le christianisme. Au neuvième chapitre l'auteur analyse les sacrements du mariage à la lumière d'Ep 5, 21-33 ( pp.165-188). Ne sachant trop comment amoindrir l'exhortation d'Ep 5, 22 : femmes, soyez soumises à vos maris , Heller soulève soudainement le débat concernant le sacerdoce féminin envers lequel il s'oppose (pp.182-187). L'auteur analyse au dernier chapitre la question du célibat selon l'enseignement de Jésus en Mt 19, 1-12 (pp.189-194) et y voit un appel à l'abstinence ou à la fidélité.

En résumé, il s'agit ici d'un ouvrage fort décevant. Le cadre, trop ancré dans la perspective de l'Église catholique romaine, fait abstraction de la réalité de la vie de couple contemporaine, catholique ou non. L'histoire des couples de l'Ancien et du Nouveau Testament peut certes faire réfléchir, mais encore faut-il remettre chacun de ceux-ci dans leur contexte historique. Il est vrai que ces récits parlent d'amour et que ce langage n'a pas de frontière temporelle. Cependant, je ne crois pas qu'on puisse intelligemment poser une question concernant la manipulation génétique au récit d'Abraham et Sara ou justifier la proscription des mères porteuses selon une interprétation invraisemblable de l'expérience d'Agar. Bref, l'ouvrage s'adresse uniquement à ceux qui ne jurent que par les commandements de l'Église catholique romaine et qui, finalement, ne s'intéressent guère aux réalités complexes et singulières des couples contemporains.

 

Guylaine Cyr

Université du Québec à Montréal

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