Jean-Michel Poffet, 1998.
Les chrétiens et la Bible, coll. Histoire du christianisme, Paris, Cerf, 150 p.


L'objectif de ce petit livre est de présenter, voire confronter, les lectures anciennes et les lectures modernes, après les avoir situées les unes et les autres dans leur horizon propre. Pour ce faire, l'auteur part du récit du paralytique pardonné et guéri tel qu'on le retrouve dans Marc 2,1-12.

Le premier chapitre, qui traite de la situation de l'exégèse patristique, est le plus volumineux (p. 15-64). Sans vouloir rendre compte de l'exégèse patristique comme s'il s'agissait d'une méthode unifiée et simple, Poffet rappelle comment cette exégèse, entièrement orientée vers le Christ, vise d'abord l'utilité ecclésiale et la conversion du lecteur. Puis, pour illustrer concrètement comment la lecture patristique est à la fois exégèse, théologie, dogmatique, spiritualité et pastorale, l'auteur présente sommairement les commentaires de Jérôme, de Bède le Vénérable, de Jean Chrysostome et de Théophylacte sur la guérison du paralytique selon Marc 2,1-12.

Le deuxième chapitre, consacré à l'exégèse du Moyen Âge (p. 65-90), retrace les transformations que l'exégèse va subir en passant du cloître à l'université. La constitution de Bibles glosées représente le premier maillon de cette série de transformations touchant le rapport à l'Écriture et l'organisation du savoir. Par la suite, avec l'école de Hugues de Saint-Victor, l'histoire, la grammaire et le sens littéral sont désormais honorés tout autant que le sens spirituel. Le mode argumentatif va alors se développer dans le cadre de la Quaestio qui privilégie le débat. Enfin, les commentaires d'Albert le Grand et de Thomas d'Aquin sur Marc 2,1-12 illustrent l'originalité de l'exégèse médiévale.

Intitulé "Humanisme, réforme et modernité", le troisième chapitre aborde les changements profonds du rapport à la Bible, dont les conséquences se font sentir jusqu'à nos jours (p. 91-107). La raison et l'histoire vont désormais marquer la lecture de la Bible. Aussi, suite à la Réforme, le croyant est seul face à l'autorité divine, sans l'interprétation commune de l'Église et sans le continu de l'intelligibilité qu'est la Tradition. Parmi les opinions analysées, celles d'Érasme, de Lefèvre d'Étaples et de Martin Luther reçoivent la part du lion. Par contre, seul le commentaire de Luther sur Marc 2,1-12 est présenté. C'est le chapitre le plus bref et le plus pauvre du livre.

Le quatrième et dernier chapitre nous fait découvrir l'atelier exégétique du vingtième siècle (p. 109-142). Après un rappel de quelques enjeux de la crise moderniste, Poffet présente une esquisse des résultats de l'exégèse historico-critique (particulièrement l'histoire des formes et l'histoire de la rédaction), de la lecture sémiotique et narratologique de Marc 2,1-12.

Quelques indications bibliographiques terminent chaque chapitre, tandis qu'une conclusion présente une trop brève synthèse (p. 143-145). Sans valoriser une méthode au détriment d'une autre, ce livre illustre bien, dans un langage accessible à tous, comment l'exégèse patristique aussi bien que les méthodes diachroniques et synchroniques collaborent à l'enrichissement de la lecture.

 

Jean-Jacques Lavoie

Université du Québec à Montréal

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