Madeleine Taradach et Joan Ferrer, 1998. Un Targum de Qohéleth. Editio Princeps du LMS. M-2 de Salamanca. Texte araméen, traduction et commentaire critique, coll. Le Monde de la Bible, Genève, Labor et Fides, 165 p.


Le Targum de Qohélet a suscité récemment pas moins de six monographies. Celle de Madeleine Taradach et de Joan Ferrer ne manquera pas d'attirer l'attention des spécialistes.

Après une courte introduction générale (p. 11-15), qui présente les traits essentiels de la littérature targumique, les auteurs nous font brièvement connaître l'état de la recherche sur le Targum de Qohélet (p. 17-30). Comme on ne compte pas moins de 128 manuscrits du Targum de Qohélet, dont 13 appartiennent à la tradition occidentale et 105 à la tradition yéménite, et que l'ensemble de ces manuscrits n'a pas encore été examiné, le lecteur ne devra pas s'attendre à avoir en main une édition critique. Néanmoins, la présente édition du manuscrit M-2 de Salamanca (TgQo), compris à la lumière du manuscrit ndeg. 5 de Alfonso de Zamora publié par E. Díez Merino (voir son Targum de Qohélet, Edición Príncipe del Ms. Villa-Amil ndeg.5 de Alfonso de Zamora, Consejo Superior de Investigaciones Cientificas, Madrid, 1987, 405p.), a le mérite d'apporter du matériau de grand intérêt pour une future édition critique. En effet, en confrontant la présente édition avec la Bible rabbinique, reproduite dans la Polyglotte de Londres sur le manuscrit BM Or 2375, le manuscrit Urbinati 1 du Vatican, déjà édité par E. Levine, F. Manns et Ch. Mopsik, ainsi que les six manuscrits yéménites et les cinq manuscrits occidentaux, malheureusement édités de façon éclectique par P.S. Knobel, les spécialistes ont désormais l'embryon d'une édition critique : il y a donc ici de quoi réjouir tous les spécialistes de la littérature targumique.

L'édition du texte consonantique et de sa vocalisation, en araméen et non en translittération, occupe les pages 31 à 61. Puis, les pages 63 à 95 présentent la traduction française. Dans l'ensemble, celle-ci respecte la littéralité du texte au détriment de la beauté et du style. On pourra néanmoins s'interroger sur certains choix. Par exemple, en traduisant hèvèl par "vanité", M. Taradach et J. Ferrer ne sont-ils pas simplement aveuglés par une tradition sacralisée et sclérosée?

Un bref commentaire critique, s'intéressant plus particulièrement aux sources et aux parallèles du Targum de Qohélet, accompagne la traduction (pp. 97-130). De façon générale, celui-ci complète bien les commentaires déjà existant. Mais, là encore, celui-ci ne fera pas l'unanimité parmi les spécialistes. Deux exemples suffiront à illustrer mon propos. Premièrement, justifier la traduction de hèvèl par "vanité" à l'aide de la traduction grecque et de plusieurs passages du psautier et des prophètes (pp. 97-98), n'est-ce pas confondre sémantique et étymologie, sens littéral et sens contextuel, voire un mot d'origine sémitique avec une traduction-interprétation grecque? Deuxièmement, écrire que le Targum de Qohélet 1,5-7 décrit une cosmographie "similaire en tous points (sic) à la cosmographie des anciens Mésopotamiens. Voir Jean Bottéro, L'Épopée de Gilgamesh, Paris, 1992, 13" (p. 99) n'est pas exact. Par exemple, dans le Qohélet comme dans son Targum, on ne retrouve aucune mention du Désert occidental, des Monts-Jumeaux, de la Plage de Siduri, de l'Eau mortelle infranchisable pour les êtres humains, etc. Il aurait été préférable ici de renvoyer le lecteur à la cosmographie juive présentée par Othmar Keel, Die Welt der altorientalischen Bildsymbolik und das Alte Testament. Am Beispiel der Psalmen, Zürich-Neuchirchen, Neukirchener Verlag, 1972, p. 48.

Deux appendices complètent l'ouvrage : une collation du M-2 de Salamanca avec le manuscrit Villa-Amil Ndeg. 5 de Alfonso de Zamora (pp. 131-140) et une correction à l'Editio princeps du manuscrit Villa-Amil Ndeg. 5, édité par L. Díez Merino (pp. 141-143). Un index thématique (pp. 145-155), qui aidera ceux qui veulent travailler sur le Targum de Qohélet, et une bibliographie générale (pp. 157-161) terminent l'ouvrage.

Le travail est très bien conduit et plus que méritoire, et cela malgré les quelques fautes de français qui ont été oubliées par les lecteurs remerciés dans l'avant-propos. On ne peut donc qu'être reconnaissant à M. Taradach et J. Ferrer d'avoir poursuivi l'édition d'un manuscrit très important aussi bien pour l'étude de la littérature targumique que pour l'étude du Qohélet et l'histoire de sa réception.

 

Jean-Jacques Lavoie

Université du Québec à Montréal

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