Michel Dion, 1998, Investissements éthiques et régie d'entreprise. Entre la mondialisation et la mythologie, coll. Interpellation, Montréal, Médiaspaul, 100 p.


L'auteur est professeur d'éthique appliquée à la Faculté de théologie, d'éthique et de philosophie de l'université de Sherbrooke. Nous avions beaucoup apprécié la lecture de Libération féministe et salut chrétien : Mary Daly et Paul Tillich publié chez Bellarmin en 1995.

Ce petit livre, au titre alléchant, invite à une réflexion sur les produits financiers qui répondent aux besoins d'investisseurs soucieux de promouvoir des entreprises socialement responsables. Des entreprises dont les sources de revenus ne proviennent pas de la vente d'armes, de tabac, d'alcool ; des entreprises écologiquement responsables, soucieuses des conditions de travail et des besoins de la communauté où elles s'implantent, etc. Bref, l'investissement éthique est une façon de faire fructifier son capital tout en faisant le «bien» ! Ce livre traite aussi des problèmes éthiques soulevés par la direction d'entreprise et la formation des conseils d'administration.

La lecture est facile. Si les informations factuelles abondent, les contradictions sont passées sous silence. On y apprend que des communautés religieuses catholiques et protestantes ont été les précurseurs en investissement éthique et que 28 d'entre elles possédaient en actions «[...] environ 15 milliards de dollars en 1977» (p. 23) ; que l'Interfaith Center on Corporate Responsability veut lutter contre l'injustice sociale en tentant de faire adopter à des entreprises des résolutions «[...] pour ne pas contribuer à des organisations pro-choix» (p. 24). Autre ironie que ne relève pas l'auteur : en 1994, le Groupe Jean Coutu faisait des investissements éthiques via l'Investors Summa Fund contrôlé par Power Corporation. Ainsi, un détaillant de cigarettes (à cette époque Jean Coutu vendait encore des cigarettes) et importateur de produits manufacturés dans des conditions de travail inhumaines investissait dans des fonds où il ne serait pas éligible. Comme façon de se laver les mains en continuant d'accumuler les profits, il n'y a pas mieux. Au regard des principes de l'investissement éthique, ce type de transaction ressemble au blanchissement d'argent mafieux. Comme «mécanisme pour réformer le néo-capitalisme» (p. 11), nous sommes loin de la solution finale !

Le premier chapitre traite de l'investissement éthique, le deuxième de son développement dans le contexte de la mondialisation. Le troisième aborde les problèmes que soulèvent la constitution des conseils d'administration, les privilèges accordés à leurs membres en temps normal et lors d'offres publiques d'achats (OPA).

Le quatrième chapitre présente une vision mythologique du monde des affaires. Plusieurs analogies entre le langage du «corporocentrisme» et celui de certaines mythologies nous sont présentées. Le dirigeant d'entreprise couronné de succès devient le héros qui se compare à l'Ulysse antique qui sait éviter le piège de Narcisse. Le parquet de la Bourse devient le temple où seuls les initiés peuvent accéder à des heures fixes et où le temps se sacralise en fonction de l'argent qu'il produit. Les images sont bonnes mais la réflexion et l'évaluation restent superficielles.

L'auteur conclut son livre en affirmant qu'il ne faudrait pas négliger l'importance des leviers économiques pour instaurer une plus grande équité sociale. Les investissements éthiques seraient un exemple pertinent puisque des individus et des institutions acceptent parfois de sacrifier une partie du rendement habituel pour favoriser le bien-être collectif via des entreprises «socialement correctes». L'auteur souhaite également l'émergence d'un «Comité pour la responsabilité sociale des entreprises» (p. 96).

En résumé ce livre donne beaucoup d'informations mais ne fournit pas de réflexion critique substantielle. L'auteur veut faire la promotion des investissements éthiques mais ne s'attarde pas aux nombreuses inconséquences qui contaminent leur principe. L'impression générale est celle d'un collage d'informations qui manquent d'intégration. La première section du chapitre 4 sur une herméneutique du monde des affaires n'est pas du tout intégrée à l'ensemble du livre. Nous ne dirons pas que l'investissement éthique est une formule inintéressante, mais nous dirons que cette forme d'investissement, telle que M. Dion la présente, s'adresse à ceux qui ont un surplus de capital à investir et veulent le faire fructifier sans trop se sentir responsables du sort de ceux qui n'ont pas le capital suffisant pour manger demain. Nous sommes très loin des utopiques règles du Jubilé du Lévitique 25 !

 

Mario Desaulniers

Université du Québec à Montréal

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