Michel Dion et Louise Melançon (dir.), 1996, Un théologien dans la cité, Montréal, Bellarmin.

Sous la direction de Michel Dion et de Louise Melançon, cet ouvrage collectif qui assemble plus d'une dizaine d'articles, est un hommage au théologien Lucien Vachon, ancien doyen de la Faculté de théologie de l'Université de Sherbrooke pendant 20 ans, de 1965 à 1994, soit pendant plus de la moitié de l'existence de la Faculté (32 ans).

La présentation de Michel Dion et de Louise Melançon est un hommage bien senti qui couvre la carrière d'un homme dont on dit qu'il fut un intellectuel, un pasteur et un homme d'action. D'ailleurs, les auteurs appuient sur le fait que cet engagement ne se fit pas sans écueils et que les surmonter était lié à sa recherche constante de la vérité.

Dans la première partie intitulée «La théologie partenaire de l'intelligence contemporaine», Jean Lardrière que Lucien Vachon considère comme un des intellectuels qui apporta le plus à l'articulation de la foi et de la culture, signe l'article «Théologie et historicité». Raymond Lemieux dans «Sciences humaines et théologie : les enjeux contemporains de l'intelligence» constate et interroge le malentendu et les enjeux que provoque la rencontre entre christianisme et modernité ; les réalités modernes comme la réduction de tout savoir pour des fins utilitaristes et le consumérisme contemporain cassant les solidarités sont quelques éléments de cette réflexion.

Dans la deuxième partie «Université et Église : deux pragmatiques de partenariat», les articles de Jacques Filion «Théologie et université» et de Benoît Lacroix «Un théologien en paroisse», rendent compte diversement de cette problématique avec, pour le premier, une approche plus théorique, alors que le second tente d'établir un parallèle entre le pastorat de Lucien Vachon et la condition de prêtre dans l'histoire du Québec.

Dans la troisième partie «Éthique et société», Félicien Rousseau dans «Thomas d'Aquin et les droits de l'homme» réfléchit sur une des bases fondamentales de la modernité laïque que sont les Droits de l'homme à partir de certaines données de la philosophie/théologie thomiste dont la question du droit naturel. De façon plus «laïque» et en accord avec le travail de Lucien Vachon, Suzanne Philips-Nootens et Bernard Longpré avec la collaboration de Pauline Lesage-Jarjourna, développent quelques réflexions profanes sur l'éthique biomédicale et Michel Dion dans «L'éthique des affaires et la dialectique des valeurs humaines» analyse avec précision et détails cette question plus que jamais au centre de notre réalité quotidienne.

La quatrième partie intitulée «Développement institutionnel et questions socioculturelles» rassemble des contributions qui ont le mérite de réfléchir sur des problèmes concrets que notre Cité en «pleine mutation» n'achève pas de remettre en question : Fernand Ouellet dans «Un programme de formation interculturel a-t-il sa place dans une Faculté de théologie ?» revoit avec pertinence, le problème de la formation mais aussi des défis que commandent la déconfessionnalisation et du pluralisme ethnoculturel en éducation ; Pierre Patry apporte quelques réflexions sur «L'enseignement à distance dans le contexte du pluralisme culturel et religieux» ; Louise Melançon et Marie Gratton décrivent le cheminement difficile des femmes au sein de l'Église catholique dans «De l'entêtement ou de l'Espérance ?».

Ce livre de valeur inégale n'en reste pas moins, par certains témoignages et articles qui ressortent de l'ensemble, un hommage fraternel fait à un intellectuel et pasteur qui fait don, à la communauté universitaire, d'un important héritage.

 

Michel Clément

Université du Québec à Montréal

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