Gérard Fourez, 1997,
Peins-nous couleur de chair..., Bruxelles, Lumen Vitæ, 176 p.


Il s'agit dans ce livre d'examiner l'expérience religieuse sous divers aspects soit par la symbolique, la psychologie, la théologie, la philosophie, les questions relatives à la laïcité, diverses doctrines religieuses et les sciences ; vaste programme qui sera développé sous l'angle de la vulgarisation. Le titre provenant d'une prière du poète américain James Carrol (1969), précise et annonce ce que seront les obstacles d'une incarnation de la foi dans le monde.

Tout d'abord, l'auteur affirme que les discours religieux sont essentiellement symboliques et que très souvent on récupère cet aspect de manière empirique en assimilant certains symboles au discours religieux sacral ; quelques exemples du texte résument efficacement cette assertion : «le discours qui prétend que le pain eucharistique (celui de la messe ou de la célébration de la Cène, chez les chrétiens) est le corps du Christ ne peut avoir une signification que symbolique» (p. 22) ; «De même, la proposition disant que Marie, la mère de Jésus, est vierge et mère renvoie elle aussi, manifestement, à une dimension symbolique.» (p. 22) De plus, il fait une lecture symbolique de quelques contes, d'un passage de Ainsi parlait Zarathoustra de F. Nietzsche : ce dernier passage sur les trois métamorphoses de l'esprit, nous amènera à la «découverte» (il semblerait que Luther ne soit pas encore considéré comme un auteur «consacré» dans certaines facultés de théologie catholique...) de la justification par la Grâce ou confiance contre la justification par les oeuvres (l'auteur utilise le mythe de Sysiphe pour bien illustrer cette dernière notion) et il termine ce chapitre par une lecture rapide de l'Évangile de Marc.

Le septième chapitre intitulé «Des conditionnements religieux liés à l'ensemble de la société», est une synthèse de quelques notions philosophiques et idéologiques qui façonnent le discours moderne ; ce sont les notions d'individualisme, de soumission, de modernité, de postmodernité, et de scientificité. Le chapitre qui suit est essentiellement une analyse sociologique, fort sommaire, de l'expression symbolique et religieuse liées aux différentes classes sociales (les dirigeants, les classes moyennes et les opprimés) ; pour mieux appuyer sa «typologie», l'auteur se servira, par exemple, pour illustrer la religion des classes dirigeantes, de certains textes comme le Cantique de David (2 S 22), des citations de Teihlard de Chardin et une allusion bien sentie au discours du Cardinal Spelmann lorsqu'il bénit les troupes américaines partant pour le Vietnam ; la religion des classes opprimées est analysée sous l'aune de quelques cantiques dont le célèbre «Minuit Chrétien» (écrit en France en 1847, un an avant la Révolution de 1848), le «Magnificat» et le récit du Jugement dernier de l'évangéliste Matthieu. Gérard Fourez affirme ainsi que l'épître aux Philippiens (2,6-11) nous «indique assez clairement dans quel sens la religion chrétienne est une religion des opprimés» (p. 105). La situation sociale des classes moyennes paraît s'exprimer dans la prière attribuée à saint François, cette prière, selon l'auteur, est une véritable signature de ces classes sociales car sa représentation du monde est avant tout construite autour de la personne ; la classe moyenne met l'individu au centre de son discours lequel, d'ailleurs, domine notre époque.

L'analyse du chapitre «Conditionnements liés à l'histoire personnelle» est directement inspirée de la typologie du psychologue américain Erik Erikson (1902-1994) sur les étapes de la croissance, en huit cycles, et ses insertions dans la société. Erikson affirme qu'il y a une relation directe entre les étapes de croissance de l'individu et son ou ses points de vue religieux. L'avant dernier chapitre «La question intellectuelle de Dieu» est une description des principaux courants rationalistes que sont l'agnosticisme, le matérialisme, l'athéisme et d'autres que sont le polythéisme, le panthéisme et les questions qu'ils posent avec acuité, à notre époque technicienne. Gérard Fourez conclura que la mission chrétienne est de porter la Bonne Nouvelle dans un sens libérateur qui donne la confiance et, écrit-il, «[p]orter la Bonne Nouvelle, c'est oeuvrer pour que chacune et chacun ait la vie et la joie, et les ait en abondance» (p. 168) et celle-ci ne sera apportée au monde que par les médiations que sont les doctrines qui affirment sans rigidité et des rites qui accompagnent chaque étape de la vie spirituelle et de l'existence.

 

Michel Clément

Université du Québec à Montréal

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