Jacques Grand'Maison, 1998, Au nom de la conscience, une volée de bois vert, Montréal, Fides, 57 p.


Jacques Grand'Maison est professeur à la Faculté de théologie de l'Université de Montréal et auteur d'une quarantaine d'ouvrages. Au nom de la conscience présente le texte remanié d'une conférence prononcée à Québec en mars 1998.

«De toutes les déculturations, celle de l'âme et de la conscience, celle de l'intelligence spirituelle est peut-être la plus grave. Inversement et positivement comment ne pas reconnaître que les ressorts les plus décisifs de la dynamique humaine se logent dans ce formidable cadeau de Dieu, à savoir notre âme et conscience.» (p. 10) Le théologien annonce ainsi d'emblée la perspective qui guide sa réflexion : la perte de la conscience dans la société contemporaine a ses causes, ses symptômes et ses conséquences, ces dernières demeurant souvent occultées par les discours revendicateurs de «droits» de toutes sortes. Sa lecture des problèmes sociaux, incarnés par exemple dans le fort taux de suicide des jeunes Québécois, pointe vers une crise de la conscience &emdash; prise dans le sens d'une crise de la foi (voir p. 14).

Le constat de Grand'Maison ne diffère pas tellement de celui de plusieurs autres auteurs contemporains (nous pensons plus précisément aux théoriciens de la postmodernité) : perte des repères, des valeurs et, surtout, de la prise de responsabilité qu'implique la possession de valeurs morales. L'auteur présente les adultes d'aujourd'hui comme étant eux-mêmes des sortes d'«enfants-rois», peu habilités à éduquer leurs propres enfants. Le principe du plaisir et de l'immédiateté, le refus du moindre inconfort infligé au sujet contribueraient ainsi à la perte du plus simple &emdash; et du plus vital &emdash; discernement. C'est de cette façon que le théologien lit certains des nouveaux phénomènes religieux : «On constate actuellement un regain d'intérêt spirituel. Mais cette aspiration fort légitime s'égare trop souvent dans des voies magiques, ésotériques, hors du pays réel, sans grande prise sur les pratiques, tâches et enjeux de la vie.» (p. 31) Évidemment, la «vie» doit ici être lue dans sa définition occidentale chrétienne &emdash; l'égarement étant également le terme conventionnel utilisé dans le christianisme pour qualifier les pratiques qui échappent au système de valeurs de l'observateur.

L'analyse des formes de spiritualité actuelles proposée par l'auteur n'est cependant pas du tout dénuée d'intérêt si l'on se permet, à sa suite, d'exercer un jugement critique (qui n'est pas nécessairement synonyme d'oppression) sur le monde qui nous entoure : son propos sur le «lâcher prise», injonction des plus populaires dans presque toutes les formes de spiritualité actuelles, ouvre une réflexion qui vaut la peine d'être poursuivie.

Enfin, l'auteur n'hésite pas à dénoncer le rôle des autorités catholiques romaines dans la déculturation de la conscience : celles-ci auraient contribué à infantiliser puis à agresser les consciences, notamment à travers un «élargissement progressif et abusif du champ de l'infaillibilité pontificale» (p. 50). Grand'Maison propose de rendre à la conscience sa liberté en même temps que son importance.

En somme, il est de notre avis que ce très court ouvrage aborde des questions fondamentales &emdash; quoique peu populaires dans les milieux intellectuels &emdash; qui méritent considération et qui gagneraient également à être discutées à l'extérieur du champ théologique.

 

Eve Paquette

Université du Québec à Montréal

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