Manon Jourdenais avec la collaboration de Jean Guy Nadeau, 1998, Maintenant que je ne vais plus mourir, Montréal, Fides, 283 p.


L'approche de la mort est toujours ce moment de «vérité» où l'on rencontre sa vie. Que ce moment soit soudain ou plus prévisible, nous ne sommes jamais vraiment préparé à y faire face. Lorsque l'on est homosexuel, jeune et atteint du sida, cette rencontre est d'autant plus dramatique et douloureuse que ce soit pour la personne atteinte ou pour ses proches. Comment garder ou donner espoir tout en sachant l'inéluctable ? L'ouvrage Maintenant que je ne vais plus mourir, de Manon Jourdenais, avec la collaboration de Jean Guy Nadeau, veut répondre à cette question. Ce livre s'adresse surtout aux accompagnateurs aussi bien professionnels que bénévoles. Parmi les nombreux livres sur et autour du Sida, l'originalité de celui-ci est qu'il traite de la spiritualité sous un angle tant théorique que concret. C'est-à-dire qu'il suggère une démarche, amène certaines réponses et peut servir de référence face à des situations toujours troublantes. Manon Jourdenais oeuvre depuis 15 ans dans les milieux communautaires et ecclésiaux. Elle est notamment impliquée à la Maison Plein Coeur, maison d'hébergement pour les personnes atteintes du Sida. Son livre fait donc appel aux nombreux témoignages qu'elle a pu recueillir et s'appuie sur les expériences vécues et partagées.

Sept parties composent ce guide d'accompagnement. La première aborde le Sida sur le plan médical, décrit succinctement l'évolution et les phases de la maladie et rapporte des témoignages s'appuyant sur quelques portraits d'hommes vivant avec le VIH. La deuxième aborde la question de la spiritualité et de la vie spirituelle. Elle présente la vie spirituelle autour de six axes ou six dimensions avant d'aborder la spiritualité des personnes atteintes. Trouver un sens à la maladie, trouver un sens au destin qui accable, voilà un défi majeur de la vie spirituelle pour chacun d'entre nous. Pour les personnes atteintes du Sida, cette interrogation vient plus vite et plus brutalement. Elle se pose d'ailleurs aussi pour les proches et les personnes qui accompagnent. Car la souffrance des autres interroge notre foi et nous amène à savoir ce que nous allons partager avec l'autre. La troisième partie porte sur les relations entre la souffrance et la spiritualité. La relation entre la croyance et la souffrance se pose à tout être qui souffre ou qui voit souffrir. La souffrance est toujours injuste, par cela elle accroît le sentiment de culpabilité, mais aussi elle isole. Certaines amitiés n'y résistent pas, d'autres solidarités se créent. La souffrance aussi est parfois vécue comme une épreuve initiatique et une révélation. C'est alors que l'on peut intégrer la foi ou la spiritualité à cette épreuve et lui donner un sens. Les quatrième et cinquième parties sont plus didactiques et s'adressent aux accompagnateurs. La quatrième partie signale quelques pièges de l'accompagnement et propose un modèle pour être un support à la réinsertion sociale, à la médiation, comme un hymne à la vie. Alors que la cinquième partie présente les attitudes de base essentielles à l'accompagnement. Les deux dernières parties traitent des différents temps de l'accompagnement depuis l'annonce de l'agressivité du virus jusqu'aux derniers moments. La dernière partie étant une trousse d'outils comprenant des suggestions de textes, de musiques et de ressources.

Que l'on soit impliqué auprès des personnes atteintes, que l'on ait vécu la maladie d'un être cher ou que l'on ait été confronté à un deuil soudain, ce livre nous aide à nous interroger. Il n'apporte pas de réponses. En existe-t-il une universelle ? Comment vivre notre souffrance, comment vivre la souffrance des autres et dans le cas du Sida comme vivre la différence aussi cruelle soit-elle ? Manon Jourdenais et Jean Guy Nadeau abordent ces questions avec respect et amour. Ce livre aidera les accompagnateurs à toutes les phases de leur démarche et nous en sommes convaincue leur donnera espoir, non dans un miracle, mais dans la force de la spiritualité, c'est-à-dire dans la force que nous possédons en chacun de nous.

 

Michèle Bourgon

Université du Québec à Montréal

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