Diane Steigerwald, 1998, 'Abd al-Karim Shahrastani (m. 548/1153). Majlis. Discours sur l'Ordre et la création, traduction avec introduction et notes de la dernière édition de Jalali Na'ini, Québec, Presses de l'Université Laval, 168 p.

 

 

 

Il n'a pas été possible, pour des raisons techniques, de conserver dans cette recension les signes diacritiques utilisés par l'auteur pour la translittération des langues proche-orientales. NDLR

Auteure de La pensée philosophique et théologique de Shahrastani (voir le compte-rendu dans Religiologiques, 16, 1997, 197-199), Diane Steigerwald nous présente ici son deuxième livre sur ce grand historien des religions, métaphysicien et théosophe que fut Shahrastani.

Préfacé par Wilferd Madelung, ce livre a pour objectif de présenter une traduction annotée du Majlis, cette homélie philosophico-mystique, comme l'a nommée Daniel Gimaret (p. 25). Comme l'indique le titre, la traduction, à équivalence dynamique bien entendu, dépend de la récente édition de Jalali Na'ini (1378/1990). Par contre, la majorité des versets coraniques cités dans le Majlis viennent de la traduction de Régis Blachère (p. 5). Comme toute traduction est limitée et qu'il peut y avoir dans un même texte de nombreuses significations techniques, l'auteure a choisi de reproduire l'édition de Jalali Na'ini, en apportant toutefois quelques addenda. Cette édition est fondée sur le manuscrit numéro 593 de la Bibliothèque de l'Assemblée consultative nationale de Téhéran et sur le traité numéro 25 du manuscrit collectif d'Istamboul ayant le numéro 2023 de la collection Baghdadi Wahbi, lequel est reproduit sous forme de microfilm numéro 643 à l'Université de Téhéran (p. 25). Encore une fois, je tiens à saluer ici le courage et le très beau travail des Presses de l'Université Laval qui n'ont pas craint de publier en synopse la traduction française (pages de droite) et le texte persan (pages de gauche) du Majlis (p. 79-109). En effet, comme le dit si bien l'auteure, " aucune traduction ne dispense de lire l'original " (p. 6). À ce sujet, je dois faire l'aveu que je n'ai pas lu attentivement tout l'original, mais je peux néanmoins signaler une coquille dans le titre même qui apparaît en persan à la p. 79 : l'avant dernière lettre du mot khwarazm est un z et non un r.

L'objectif principal des annotations qui accompagnent la traduction (p. 110-124), de l'avant-propos (p. 1-8) et de l'introduction (p. 15-78) est de rapporter le plus fidèlement possible les différents paradigmes du Majlis, tout en indiquant les différentes tendances qui façonnent sa pensée. Pour ce faire, l'auteure présente d'abord un tableau succinct du contexte historique des courants de pensées qui ont influencé la pensée de Shahrastani, c'est-à-dire l'ash'arisme, la philosophie hellénistique de l'islam, le soufisme et le shi'isme (p. 1-8 et 15-24). Puis, elle nous introduit aux grands thèmes du Majlis : les concepts de la création et de l'Ordre, le rôle des anges et des prophètes dans la guidance, l'ascension spirituelle d'Abraham inspirée de la sixième sourate du Coran, le récit d'initiation de Moïse par Khidr, l'importance de l'Imam et du Logos (Kalima) et le thème de la lumière prophétique et de la lumière de l'Imama (p. 25-78).

Une bibliographie sélective (p. 125-146), un système de transcription (p. 9), des abréviations des revues, des sources primaires et secondaires (p. 10-14) complètent l'ouvrage et un index général (p. 147-166) en facilite la consultation.

En offrant aux lecteurs francophones une traduction commentée du Majlis, l'auteure comble une lacune et améliore notre compréhension non seulement des convictions religieuses de Shahrastani, mais aussi de la philosophie islamique médiévale et plus particulièrement du soufisme et du shi'isme.

Jean-Jacques Lavoie

Université du Québec à Montréal

 


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