Louis Frédéric. 1994. Bouddha en son temps. Paris: Éditions du Félin.


Dans ce livre, Louis Frédéric présente un grand survol de la vie du Bouddha. Cette biographie est écrite presque sous le forme d'un conte. Le livre se déroule selon une narration fluide où, de temps à autre, des citations des textes bouddhiques sont introduites. Le thème central du livre est la vie du Bouddha et non son enseignement. Bien que sa philosophie soit présentée, cela est fait d'une façon concise et non détaillée. Comme les citations, ces explications de la philosophie se trouvent intégrées à la progression de l'histoire. Des textes de toutes les traditions bouddhiques font partie des sources.

Frédéric commence par un chapitre qui décrit le contexte historique dans lequel vivait le Bouddha - c'est-à-dire la situation sociale, économique, politique, religieuse, etc., de l'Inde au cinquième siècle avant notre ère. Ce chapitre, basé sur des sources diverses en plus de celles du bouddhisme, se montre le plus historiquement juste.

La biographie commence avec le deuxième chapitre «Naissance et jeunesse du Bouddha». Dans l'introduction de ce chapitre, Frédéric souligne que les descriptions de la vie du Bouddha viennent des sources secondaires qui sont un mélange d'histoire et de légende. Ce chapitre décrit les récits fabuleux de la naissance, la perfection de la jeunesse, le mariage, la naissance du fils du Bouddha et son départ pour la vie d'ascète. Par la suite, la vie du Bouddha est bien divisée selon plusieurs thèmes cohérents, chacun avec son propre chapitre. Ch. 3: «La quête de la vérité»: les errances, les austérités, les disciplines pratiquées par le Bouddha jusque son éveil. Ch. 4: «La propagation de la Loi»: le début de l'enseignement du Bouddha, son premier discours, les premiers disciples - laïcs et moines. Ch. 5: «Les errances du Bouddha»: les errances du Bouddha après son éveil, l'agrandissement de la communauté bouddhique, la réaction non-bouddhique. Ch. 6: «La fin de la vie du Bouddha»: ses derniers jours, ses derniers conseils aux moines, et la mort du Bouddha. Ch. 7: «L'après-Bouddha»: les funérailles, la partage des reliques, les monument construits et les premiers conciles bouddhiques.

En cours de lecture, puisque la narration est si fluide, il faut faire attention aux indicateurs «selon la légende» qui nous rappellent que l'historicité de cette histoire est suspecte. Une autre caractéristique de l'écriture apparaît quand Frédéric insère le Bouddha et d'autres figures du bouddhisme comme personnages dans une description des événements ou des rites de l'époque non décrits par les textes bouddhiques. Par exemple, il dit que le mariage du Bouddha n'est pas décrit par la tradition bouddhique; néanmoins, quand Frédéric fait sa propre description d'un mariage de l'époque de la caste kshatriya, il insère le Bouddha et son épouse dans la description:

Siddhârtha [le Bouddha] ayant touché de son index la tête, les épaules, la poitrine et le nombril de sa jeune épouse, en signe de prise de possession charnelle, un prêtre lia son poignet à celui de Yashodharâ [l'épouse du Bouddha] puis les orna tous deux de guirlandes de fleurs (p.57-58).

Beaucoup d'autres études avaient déjà traité de la vie du Bouddha. Ce qui est original ici, c'est le style d'écriture (évoqué plus haut) et les propres spéculations de Frédéric, par exemple: celui-ci dit qu'il est fort probable que le Bouddha avait déjà eu d'autre enfants avant la naissance de Rahula (le seul enfant du Bouddha mentionné dans les textes bouddhiques) (p.63); ou encore, que le Bouddha, avant sa renonciation à la vie mondaine, n'était probablement pas confiné dans le parc royal et ses palais, et qu'au contraire, il menait vraisemblablement une vie assez normale pour un jeune kshatriya héritier de la couronne (p.60-62).

La quantité des sources canoniques, liée aux brèves dimensions du livre, se traduit par un manque de détails qui, de temps à autre, fait un peu problème. Souvent, quand on rencontre une indication «selon la légende», il n'y a aucune indication de la tradition bouddhique à laquelle cette légende appartient. Ce manque de précision est évident quand Frédéric donne la définition d'un bodhisattva (p. 46) seulement selon la tradition mahayana, une définition qui diverge de celle de la tradition theravada.

Malgré ces points plus faibles, ce livre reste attrayant. Il fait une riche présentation de la vie du Bouddha. La clarté et la fluidité de la narration le rendent accessible à tout le monde et en font un ouvrage agréable à lire. C'est à ce niveau qu'il offre sa principale contribution aux études sur le bouddhisme, comme très bonne introduction pour les novices en la matière.


Matthew Kosuta,
Université du Québec à Montréal

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