Guy Durand, 1999, Introduction générale à la bioéthique. Histoire, concepts et outils, Montréal et Paris, Fides et Cerf, 572 p.

 

 

Depuis le début des années 1970, la bioéthique est devenue un centre d'intérêt multiforme tant par le champ des pratiques qu'elle veut couvrir (éthique clinique, éthique de la recherche, éthique des politiques de santé) que par la diversité des courants éthiques qui la traversent (ontologique, déontologique, utilitariste, axiologique, personnaliste) et par l'ensemble des processus et dispositifs qu'elle met en œuvre (comités institutionnels, nationaux et internationaux). Multiforme aussi selon les approches géo-épistémiques : notamment l'approche anglo-saxonne et l'approche latine que l'on peut illustrer de manière exemplaire par les pratiques différenciées de la bioéthique aux États-Unis et en France.

À cet égard, ceux et celles qui, au Québec, se sont intéressés à la bioéthique depuis le milieu des années 1970, ont toujours su mettre à profit leur double enracinement, latin et nord-américain, afin de devenir des maîtres-passeurs des savoirs et des pratiques d'un continent à l'autre. Ainsi, dans le cadre d'une co-édition Suisse/Québec (Labor et Fides/Fides), Hubert Doucet (U. de Montréal) a publié en 1996 un livre phare, Au pays de la bioéthique. L'éthique biomédicale aux États-Unis ; quelques années auparavant, en 1993, c'est dans le cadre d'une co-édition Belgique/Québec (De Boeck/ERPI) que Marie-Hélène Parizeau (U. Laval) et le philosophe belge Gilbert Hottois ont piloté la publication d'un ouvrage de référence indispensable, Les mots de la bioéthique. Un vocabulaire encyclopédique. Avec le présent ouvrage co-édité par Fides (Montréal) et les Éditions du Cerf (Paris), Guy Durand ajoute à cette courte tradition en mettant à la disposition des francophonies d'Amérique et d'Europe un livre remarquable. On ne peut que faire siens les commentaires élogieux que l'on retrouve en quatrième de couverture, dont celui de Michelle Dallaire, médecin : " Ce livre sera probablement la référence en bioéthique pendant de nombreuses années, la bible de la bioéthique. "

Professeur d'éthique pendant de longues années à la Faculté de théologie de l'Université de Montréal, Guy Durand a été un des pionniers de la bioéthique en sol québécois. Il a notamment fondé à cette faculté le GREM (Groupe de recherche en éthique médicale) et, quelques années plus tard, le diplôme d'études supérieures spécialisées en bioéthique. Il a également dirigé chez Fides la collection Vie, santé et valeurs et il a publié lui-même plusieurs ouvrages dont, en 1988, un petit volume intitulé La bioéthique. Nature, principe, enjeux (coll. " Bref ", Paris et Montréal, Cerf et Fides, 1989, 128 p.), dont le présent ouvrage se veut, aux dires mêmes de l'auteur, " une reprise beaucoup plus approfondie et actualisée " (note 2, p. 11). L'entreprise était des plus légitimes et de plus en plus nécessaire. En effet, à plusieurs reprises des étudiants nous ont demandé un livre de référence en français permettant de les introduire à la bioéthique ; à partir de maintenant, c'est ce livre qu'on leur conseillera. Comme l'écrit l'auteur, ce livre " se présente comme une introduction à la bioéthique. Il porte sur la nature et les coordonnées de base de la bioéthique. Son contenu ne touche donc pas tel ou tel thème particulier, comme l'avortement [...] mais les concepts et les outils qui permettront de réfléchir sur ces thèmes. Il veut familiariser les lecteurs avec les données de base [...] Il veut approfondir la problématique [...] Il veut faire connaître le corpus littéraire existant [...] Bref, il veut intier à la bioéthique. " (p. 11)

Le livre comporte huit chapitres dont les contenus justifient amplement le sous-titre de l'ouvrage : histoire, concepts, outils. Pour l'histoire, depuis les antécédents (éthique médicale, philosophique, religieuse) jusqu'à la situation actuelle, en passant par l'analyse des facteurs externes et internes qui ont favorisé l'émergence et le développement de la bioéthique, le premier chapitre y est entièrement consacré. Pour la mise en ordre et la clarification des concepts, les chapitres 2 à 6 sont tout indiqués. On y précise le vocabulaire préalable (ch. 2), la notion de bioéthique par ses caractéristiques, thèmes, secteurs, etc. (ch. 3), les repères (principes, balises) en vigueur dans l'approche nord-américaine (ch. 4) et dans l'approche latine (ch. 5), de même qu'on y aborde la question du fondement de la bioéthique (ch. 6). Pour les outils, on utilisera avec profit le ch. 7 consacré aux exigences de la pratique (méthodes d'analyse, diverses normativités) de même que le ch. 8 consacré à l'institutionnalisation.

Si les initiés seront tentés de parcourir rapidement les trois premiers chapitres, ils devront cependant prendre le temps de lire attentivement les chapitres suivants où Guy Durand offre une pertinente mise à jour des repères éthiques et de la question des fondements. Enfin, dans le chapitre conclusif, l'auteur nous offre une synthèse en reprenant ce qui distingue les approches anglo-saxonne et latine et il nous présente, sous la guise d'une prospective, les défis à venir de la bioéthique. Signalons la présence d'un index thématique et d'un index onomastique qui permettront aux lecteurs de repérer rapidement ce qu'ils cherchent.

En chacun de ces chapitres, l'auteur atteint " l'objectif prioritaire de ce livre ", la clarté. Présenter clairement et le plus complètement les coordonnées de base de la bioéthique demande de l'auteur une grande modestie ; en effet, il ne présente ni ne défend ses propres thèses sur des sujets particuliers. Avec rigueur et honnêteté, il met au service des autres un ensemble de connaisances qu'a nourries une longue expérience de recherche, d'enseignement et de pratique. Pour cela, l'auteur mérite tout notre respect, et son livre, toute notre attention.

Jean-Marc Larouche

Université du Québec à Montréal

 


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