" Manière de voir, no 48 : L'offensive des religions ", 1999, Le Monde diplomatique, novembre-décembre, 98 p.

 

 

Le simple fait que cette dernière livraison du siècle de la revue thématique bimestrielle publiée par Le Monde diplomatique soit consacrée aux religions illustre bien l'importance des religions, traditionnelles ou nouvelles, dans le portrait sociologique &emdash; voire géo-politique &emdash; mondial. Comme le note Ignacio Ramonet en introduction, " les quatre principaux conflits qui ont endeuillé la planète en 1999 sont, pour une part au moins, des conflits de religion : Kosovo (orthodoxes/musulmans), Cachemire (musulmans/hindous), Timor oriental (musulmans/catholiques) et Tchétchénie (orthodoxes/musulmans) " (p. 6). Sans compter les autres conflits endémiques tels que ceux du Proche-Orient, ou encore la difficulté de saisir la substance ou l'importance des mouvements religieux hors des sphères traditionnelles.

En quatre parties, ce recueil propose un tour d'horizon des différents aspects religieux qui influent aujourd'hui sur l'histoire. Le portrait général ainsi dressé montre que devant l'assaut que porte la modernité aux différents tissus culturels, s'organisent deux mouvements du religieux, soit une inflation des tentations intégristes, et un étalement du religieux à forte saveur syncrétiste.

La première partie rassemble des articles sur le thème du " Vatican et le nouvel ordre moral ", retraçant les stratégies politiques et religieuses de l'Église catholique devant la situation politique actuelle et les changements démographiques majeurs dans son bassin de fidèles. De la théologie de la libération aux imprécations d'Eugen Drewermann, quel est l'effet d'ensemble de le fin de règne de Jean-Paul II ?

Les deuxième et troisième parties abordent les " défis de l'islam " ainsi que la question " des partis religieux à l'assaut du pouvoir ". On y retrouve le ton et la finesse habituelle des articles publiés par Le Monde diplomatique, ainsi que leur orientation humaniste. La dernière partie, elle, porte sur les " sectes et [les] nouvelles spiritualités ", un ajout très apprécié qui vient compléter ce portrait par un regard sur la difficile question du religieux dans la société laïque moderne.

Il s'agit d'un recueil d'articles, certains inédits, la plupart déjà parus dans les pages du Monde diplomatique, entre 1984 et 1999. La majorité des articles sont récents et, s'ils datent un peu parfois, ils n'en souffrent pas trop. Une exception notoire est le travail d'enquête de deux journalistes au sujet de la secte de Moon où ne figure aucune information sur le côté doctrinal de la religion. Insistant plutôt sur les activités de ce véritable empire financier et idéologique, l'article s'achève sans avoir été retouché pour combler l'espace des quinze dernières années…

Évidemment sommaire, le recueil n'en demeure pas moins solide, soulevant maintes questions, suscitant l'envie d'approfondissement chez le lecteur. La conclusion d'Albert Memmi, elle, se veut un appel à l'humanisme laïc contre les intégrismes. Selon l'auteur, la raison endormie en cette ère du vide risque un retour du fanatisme et d'une droite politique renouvelée par le foisonnement des théories du complot. On y voit poindre aussi tout le problème de la légitimation rationnelle du comportement religieux et de la foi, qui demeurent suspects. Si, comme ne l'ont pas compris les intégristes, " la croyance ne se commande pas " (pas plus que la bandaison, comme le chantait Brassens...), est-il toutefois possible d'envisager aujourd'hui une religiosité simple pouvant s'unir aux principes humanistes ?

François Gauthier

Université du Québec à Montréal

 


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