Lise Beaudoin, Thérèse Sauvé et Nelson Saint-Gelais (dir.), 1999, Vieillir vivant, Lively aging, Envejecer viviendo, Montréal, Fides, 195 p.


 

Ce volume a été réalisé afin de souligner deux événements importants, soit l'année internationale des personnes âgées (1999), ainsi que le 20e anniversaire de la Fédération internationale des Petits frères des pauvres. Cette association, qui a pour but de contrer la pauvreté, l'isolement ainsi que la solitude des gens âgés, a choisi, plutôt que d'écrire un livre sur eux, d'en produire un où ils pourraient s'exprimer.

Il s'agit donc d'un volume composé d'une soixantaine de réflexions recueillies en France, en Espagne, en Irlande, en Allemagne, aux États-Unis, au Mexique ainsi qu'au Québec, grâce à la collaboration de nombreux bénévoles. Rédigés en français, en anglais ainsi qu'en espagnol, ces propos, accompagnés d'illustrations, sont ceux de Vieux Amis, tel qu'on les nomme dans l'association, dont l'âge s'échelonne de soixante-six à quatre-vingt-dix-neuf ans. Dans la préface, le Dr R. Scott Walker, directeur de la Fédération internationale des Petits frères des pauvres, s'exprime ainsi :

Les résultats, comme vous pourrez le constater, sont fréquemment étonnants, souvent touchants, jamais banals. Ceux qui n'ont pas eu le privilège d'avoir un Vieil Ami seront peut-être surpris d'apprendre qu'une Mexicaine de quatre-vingt-quinze ans, un vieil Allemand ou Américain ou Français aient la capacité, encore aujourd'hui (peut-être surtout aujourd'hui) de rêver, de méditer sur le sens de notre expérience commune, de réfléchir souvent avec une sagesse percutante au futur de la société dont ces gens ont si longtemps fait partie. Leurs déclarations comportent parfois une pointe de mélancolie désabusée. Cela aussi fait partie de notre condition humaine. (p. 14, 16)

Ces Vieux Amis, empreints de sagesse, savent que la vie a des hauts et des bas et que le bonheur se trouve souvent dans les joies simples. Par leurs propos, ils nous rappellent l'importance de la créativité et de l'espoir, de la confiance en soi et de la valeur de l'effort, ainsi que de l'amour, de celui que l'on reçoit mais, surtout, de celui que l'on donne.

L'homme meurt lorsqu'il n'a personne pour l'écouter, nous dit Horst Bosetzky, d'Allemagne, dans l'ouverture de ce livre (p. 23). Bien que quelques personnes âgées aient réussi à apprivoiser leur solitude grâce à diverses activités et, pour certaines, à la présence de leurs animaux " de compagnie " préférés, elles chérissent toutes leurs souvenirs et manquent de pouvoir les partager. D'autres, malheureux, dépérissent lentement toujours à l'affût d'un appel, d'une visite. Potentiel inutilisé dans un monde qui a choisi de négliger cette richesse, ils revendiquent dans ce livre le droit d'exister encore dans une société qui semble le leur nier.

Avec des phrases simples qui disent tout, ils nous font parfois rire aux larmes, telle Émilienne Laurence, Québécoise de 91 ans, avec ses histoires de pilules, ou encore carrément pleurer devant l'ampleur de leur révolte. Confrontés à leurs limites, leur déchéance physique, leur peur, leur solitude, leur déchirement, tel celui d'avoir à quitter un chez-soi rassurant, certains vivent de grandes détresses dans ce monde où l'on cherche tant à prolonger la vie mais où l'on est incapable de tolérer la vieillesse.

Ce livre s'intitule Vieillir vivant, titre qui pourrait tout aussi bien se lire Être vivant. Ces quelques pensées nous montrent également qu'il n'y a pas de date limite pour rêver, jouir d'un nouveau printemps, apprendre, bouger, créer, ni pour fêter, s'amuser et vivre intensément chaque moment. Et c'est bien le cas de George Hall des États-Unis qui, à 94 ans, s'en promet en pensant aux margaritas qu'il s'offrira bientôt, le jour de ses 95 ans. Ce livre est un objet précieux, non parce qu'il détient la clé du bonheur, mais bien parce qu'il permet de la trouver.

Pour terminer, voici quelques mots de Maurice, 91 ans, d'Irlande : " Les gens me demandent comment c'est d'avoir 91 ans. Je réponds que c'est merveilleux, surtout quand on regarde l'autre choix… la tombe, vous savez ! " (p. 62)

Linda Massie

Université du Québec à Montréal

 


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