Luc Ferry, 1995, L'homme-Dieu ou le Sens de la vie, Paris, Grasset, 246 p.

 

 

Avez-vous lu L'homme-Dieu ou le Sens de la vie ? Si vous ne l'avez pas fait, il est toujours temps de le faire. Cet ouvrage, paru en 1995 chez Grasset, a par la suite été publié en collection " Livre de poche " chez le même éditeur. L'auteur, Luc Ferry, est agrégé de philosophie et de sciences politiques. Chez Grasset toujours, il dirige la collection " Collège de philosophie " et écrit également pour le grand public des journaux français. Excellent essayiste, Luc Ferry s'est mérité un prix Médicis pour un livre intitulé Le Nouvel ordre écologique.

 

L'homme-Dieu ou le Sens de la vie est une réflexion sur une nouvelle éthique humaniste à développer au sein de la société d'aujourd'hui, une éthique qui répondrait à une quête de sens que Ferry situe à la croisée de deux processus  : l'humanisation du divin et la divinisation de l'humain.

L'ouvrage de 246 pages s'articule en de trois chapitres qui développent les hypothèses énoncées plus haut (p. 61) : (I) L'humanisation du divin : de Jean-Paul II à Drewermann ; (II) La divinisation de l'humain : La sécularisation de l'éthique et la naissance de l'amour moderne, et (III) Le sacré à visage humain.

En introduction, Luc Ferry évoque les changements survenus dans le rapport de l'homme au sens : " après le relatif retrait des religions, après la mort des grandes utopies qui inséraient nos actions dans l'horizon d'un vaste dessein, écrit-il, la question du sens ne trouve plus de lieu où s'exprimer collectivement. " (p. 19) Laïcité oblige, la question du sens de la vie est devenue affaire privée, réservée au domaine de l'intime. C'est donc seul que l'individu doit faire face aux expériences cruciales de l'existence : celles du deuil, de la mort, de l'amour.

Pour affronter le destin, il ne suffira pas, prévient l'auteur, de nous inventer de nouvelles transcendances, politiques ou religieuses. Luc Ferry pense en effet qu'il serait risqué pour la liberté, et par conséquent pour l'humanisme, de se lancer à corps perdu dans quelque écologie " profonde ", religion new age ou encore syncrétisme orientalisant. Mais il y a place, selon Ferry, pour une spiritualité laïque qui est d'ailleurs en train de s'élaborer. Cette spiritualité, qui refuse les arguments d'autorité, oblige l'homme à se construire un humanisme à base de transcendance horizontale, c'est-à-dire centré sur l'humain dans sa capacité d'accéder à une pensée et à un agir de type humanitaire. Le respect de la personne, le souci de l'autre, de sa dignité et de sa souffrance ne sont plus des principes dont le christianisme a le monopole. L'humanisme moderne fait écho cependant à un thème central du christianisme : l'amour, qui est par excellence le sentiment qui anime, donne un souffle et une âme à la " structure personnelle du sens ". (p. 245)

L'évacuation de la question du sens de l'espace public rend-il notre monde moins moral pour autant ? Il semble bien que non, à lire Luc Ferry. C'est dorénavant dans le cœur des hommes qu'il faut situer le divin et même dans le corps humain qui constitue un nouvel espace du sacré. Il ne s'agit pas tant de libérer la corporéité en nous &emdash; comme dans les années soixante &emdash; que de préserver la Vie, qui y loge, d'éventuelles atteintes émanant des puissances cumulées de la science, de l'industrie et du commerce.

Sommes-nous tous devenus humanistes au sens où l'entend Ferry ? Certainement pas, mais il est indéniable que nous baignons dans cette ambiance idéologique de l'idéalisation de l'homme et que cela est facteur d'espoir.

Agathe Lafortune

Université du Québec à Montréal

 


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