Lucia Ferretti, 1999, Brève histoire de l'Église catholique au Québec, Montréal, Boréal, 205 p.

 

 

" On comprend mieux l'histoire de l'Église au Québec et de ses rapports avec la société québécoise si on évite d'en faire une sorte de cas en soi et si on la replace plutôt dans la perspective du catholicisme mondial. " Ainsi Lucia Ferretti conclut-elle sa brève histoire religieuse du catholicisme québécois, exprimant de la sorte une des conquêtes de la nouvelle historiographie qui inspire cette brillante synthèse. Le lecteur est ainsi renvoyé à une double dimension de l'histoire catholique québécoise : un processus de confinement de la destinée d'une nation qui s'imagine et se veut catholique à partir du milieu du dix-neuvième siècle, dans l'espace qui se rétrécit de l'Amérique française initiale aux frontières d'une province, et la nécessité de placer cette destinée sur la scène internationale du catholicisme pour en expliquer correctement le parcours.

Personne n'avait tenté une synthèse condensée de l'histoire du catholicisme québécois depuis l'ouvrage rédigé à la hâte par Nive Voisine en 1970 à la demande de la Commission d'enquête sur l'Église et les laïcs. Durant cet intervalle est parue la grande collection dirigée par Nive Voisine (Histoire du catholicisme québécois, 1984, 1989, 1991, deux tomes parus ; on attend toujours celui portant sur le Régime français). La même période a connu une explosion de la production historiographique de la nouvelle génération et la présente synthèse tire profit du nouveau regard rendu possible, même si, paradoxalement, la thématique religieuse n'a commencé à réapparaître avec une certaine force qu'à partir du milieu des années quatre-vingt.

L'auteure découpe les quatre siècles de cette histoire en six chapitres, dont deux seulement sont consacrés à la période qui va de 1608 à 1840. Elle cerne les principaux aspects de l'implantation d'une Église française en Amérique : utopie missionnaire liée au mouvement dévot et destinée à l'échec, implantation communautaire, établissement des structures normales d'une Église intérieure à l'État gallican, etc. Puis vient le passage à l'État anglican, avec le long effort de reconnaissance politique négocié en priorité par un épiscopat qui ne peut qu'offrir son loyalisme en échange d'une certaine intégration dans le corps des lois de l'État. La relative brièveté de cette partie s'explique sans doute en partie par l'impopularité de cette période chez les historiens contemporains. La partie la plus innovatrice de la production savante, celle portant sur les contacts entre européens et autochtones, aurait pu être davantage intégrée.

Les chapitres trois et quatre (" L'ère Bourget (1840-1875) " et " Transition (1875-1918) ") constituent la section la plus fouillée de l'ouvrage, reflétant ainsi la prédilection des recherches récentes pour le dix-neuvième siècle. Le lecteur circule à l'aise dans une histoire qui combine l'observation des conduites populaires à l'analyse des politiques institutionnelles romaine. Deux thèmes ressortent ici, celui du renouveau religieux et organisationnel de cette Église et celui de son confinement graduel dans l'espace québécois sous l'influence d'une politique romaine parfaitement calquée sur la politique impériale britannique. La découverte de Hamelin et Gagnon, relayée avec une autorité définitive par Roberto Perrin, nous révèle le largage des " francophones hors Québec " par la puissance même qui était l'objet de toute leur adoration durant ce siècle, le Siège romain. Les deux chapitres restants traversent à la course l'apogée et le déclin de l'Église nationale ainsi que le début d'une quête d'identité à partir de 1960.

Je suis plein d'admiration pour cette brève synthèse. Tout ce que nous savons s'y trouve logé et interprété d'une manière équilibrée et sûre. L'auteure n'a pas le temps d'en faire un instrument qui problématise l'histoire et qui initie aux débats savants qui heureusement l'animent aujourd'hui. Ce n'est pas son propos. Elle entraîne le lecteur dans une course assez palpitante pour éveiller de nouveaux intérêts et elle le fait au surplus dans une langue étonnante de vivacité. Ce livre est aussi l'œuvre d'une écrivaine.

Louis Rousseau

Université du Québec à Montréal

 


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