Mathieu Boisvert (dir.), 1997, Un monde de religions, tome 1, Les traditions de l'Inde, Sainte-Foy, Presses de l'Université du Québec, xi +187 p.

 

Les traditions de l'Inde est le premier tome d'une série de trois consacrée aux religions. Il traite des quatre religions nées en Inde : l'hindouisme, présenté par Roger Marcaurelle, le bouddhisme par Mathieu Boisvert, le jaïnisme par Jean-Pierre Osier et le sikhisme par Lou E. Fenech (texte traduit par R. Marcaurelle et Marie-Catherine Cusson-Langevin). Le volume s'ouvre sur une préface de Nalini Balbir et se termine avec une cartogaphie réalisée par Frédéric Castel. Dans ce compte rendu, nous examinerons d'abord les présentations des religions indiennes, puis la cartographie, et nous discuterons enfin de l'introduction du volume afin de vérifier quels en étaient les buts et s'ils ont été atteints.

Présenter l'hindouisme en quarante pages relève d'un tour de force dont R. Marcaurelle se tire bien. Il survole d'abord la littérature et les principales doctrines qui forment l'assise doctrinale de l'hindouisme, puis il décrit les développements de cette religion depuis l'époque védique (IIe millénaire avant J.-C.) jusqu'à aujourd'hui sans en réduire la diversité. Il expose, souvent avec brio, diverses notions importantes comme celles de corps (p. 16), de karma (p. 17-18) et de devoir (p. 33-34), il donne des éléments de cosmologie, de sociologie (système des castes, p. 35-37), ainsi qu'un aperçu du rituel, des fêtes hindoues et du rôle des femmes. Enfin, et cela mérite une mention, il esquisse la doctrine de trois écoles importantes pour la pensée philosophique et religieuse indienne, le Sâmkhya, le Vedânta et le Yoga.

Marcaurelle livre ainsi en quelques pages une quantité impressionnante d'informations sur l'hindouisme, d'une grande exactitude et dans une langue agréable. Toutefois, nous aurions attendu, à l'occasion, de plus longs développements. Par exemple, il affirme (et il en fait même le titre d'un chapitre) que l'hindouisme puise à quatre sources : la culture des tribus indigènes, la civilisation de l'Indus, la culture védique et la culture dravidienne (p. 10). Or, il ne dit rien de la contribution des indigènes et des dravidiens à l'hindouisme. Autre exemple : Marcaurelle termine la revue de la littérature hindoue en remarquant que, " comme l'a montré Madeleine Biardeau, il semble plus juste et fructueux d'étudier l'hindouisme en adoptant une perspective structurelle complexe et dialectique plutôt qu'une grille historique bipolarisée et linéaire comme celle de l'invasion aryenne ". Cette conclusion laissera sans doute perplexe le lecteur non initié.

Aux pages 19-20, Marcaurelle présente les buts de l'homme dans l'ordre suivant : 1) prospérité matérielle (artha &emdash; nous préférons la traduction habituelle, intérêt, car ce but inclut aussi la poursuite du pouvoir), 2) plaisir (kâma), 3) devoir et 4) libération. Notons d'abord que l'ordre généralement suivi en Inde est devoir-intérêt-désir-libération (sur le sens de cet ordre, voir Ch. Malamoud, " Sémantique et rhétorique dans la hiérarchie hindoue des " buts de l'homme " "). L'auteur dit que le devoir prime sur l'intérêt et le plaisir (kâma), parce qu'il " achemine alors l'être humain vers le désir [encore kâma] intense et les moyens de la libération " (p. 20). Peut-être y a-t-il là une allusion à Çankara, selon qui il faut désirer la libération pour l'obtenir, mais cette dialectique du désir, du devoir et de la libération pose un problème philosophique qu'il faudrait discuter.

Le principal regret que nous ayons à exprimer est que, peut-être handicapé par l'ampleur du matériel et la brièveté de l'espace disponible, l'exposé manque de synthèse et d'une vision du phénomène religieux. Prenons l'exemple de la religion védique. C'est de façon incidente et entre parenthèses que Marcaurelle mentionne que le sacrifice védique se fait le plus souvent dans le feu (p. 22), alors qu'on pourrait parler de la religion védique comme d'un véritable culte du feu, surtout quand on la compare avec l'avestime. La discussion sur le polythéisme du védisme est trop brève pour être convaincante (un demi-paragraphe p. 21), et la notion d'hénothéisme à laquelle l'auteur a alors recours exige des éclaircissements. Certaines caractéristiques de la religion védique ne reçoivent pas l'attention qu'elles méritent, notamment l'absence de temples, l'inutilité de la foi, l'hypertrophie du rite, la position sociale du brahmane. Il faudrait savoir, de même, si le culte hindou rendu aux statues est une idolâtrie. Autant de questions qui permettent de mieux comprendre ce que représente une religion pour ceux qui y adhèrent. Tel qu'il se présente, toutefois, le texte de Marcaurelle reste une mine d'informations érudites sur l'hindouisme à laquelle peuvent se référer avec profit tous ceux qui s'intéressent au sujet.

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Mathieu Boisvert présente les antécédents hindous du bouddhisme avant de faire le récit de la vie du Bouddha jusqu'au sermon de Bénarès. Suit un exposé des fondements de la doctrine bouddhique : les quatre nobles vérités (p. 60-62), l'octuple sentier (p. 62-64) et les cinq agrégats (p. 64-67). L'auteur décrit ensuite le canon pâli, les conciles qui en ont débattu et les schismes qui ont divisé le bouddhisme. L'exposé est clair et bien mené.

Arrêtons-nous un instant sur le tableau de la p. 73 qui résume la liste des écoles bouddhiques qu'a donnée Vasumitra. Le texte original de Vasumitra a été perdu, mais il en reste trois traductions chinoises et une tibétaine. Il a été traduit en français par André Bareau (" Trois traités sur les sectes bouddhiques attribués à Vasumitra, Bhavya et Vinîtadeva ", Journal asiatique, tome CCXLII, Paris, 1954, p. 229-266). Il est possible que le tableau de la p. 73 soit exact et suive un texte dont nous n'avons pas eu connaissance, mais il vaut la peine de signaler qu'il s'écarte en plusieurs points de la liste de Vasumitra telle que nous la connaissons par A. Bareau et quelques ouvrages en langue anglaise que nous avons consultés.

Par la suite, Boisvert traite de l'émergence du grand véhicule d'une façon très claire, de la diffusion du bouddhisme hors de l'Inde et il examine la place de la femme dans le bouddhisme. L'auteur oppose (p. 80) des textes qui accordent une chance égale à la femme dans la quête de l'illumination à d'autres qui la présentent comme un être repoussant et une tentatrice. Il n'est pas sûr que ces textes s'opposent directement, car les derniers ne décrivent pas nécessairement un état de fait. En effet, il existe des méditations qui proposent à l'homme de voir en la femme (et à la femme de voir en l'homme) un assemblage de choses ignobles comme la chair, le sang, la bile et les excréments (l'exemple vient de l'école indienne de logique, le Nyâya), ou de voir un délicieux plat de poisson comme un cadavre fait de chair morte et d'arêtes (l'exemple vient de Marc-Aurèle). Ces méditations sur le côté impur de la femme (ou de l'homme) ont pour but d'aider à se libérer des passions, mais cela ne permet pas de déduire que la femme a un faible statut social.

L'article de Boisvert fourmille de renseignements intéressants exposés simplement. Nous aurions aimé en savoir plus sur les mandala (la photographie qui introduit l'article en représente un) et sur les objets rituels (le culte des reliques, les stupa, le culte des statues), mais l'abondance du matériel ne le permettait sans doute pas. On regrettera, cependant, qu'il reste difficile de se représenter ce que le bouddhisme avait de révolutionnaire en Inde, tant religieusement que socialement (contestation du rôle du brahmane, de la valeur du système des castes, rôle éminent des marchands comme soutien de la communauté, etc.) Il serait intéressant de savoir ce qui explique le succès du bouddhisme en Inde puis sa disparition.

 

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L'article de Jean-Pierre Osier sur le jaïnisme comporte cinq parties, une présentation du fondateur de la religion, Mahâvîra, une description des textes, un aperçu des doctrines du karma et de l'activité de l'âme, une étude de la pratique jaïne et enfin des considérations générales sur la femme jaïne, la piété, etc. Malheureusement, cet article recèle des passages obcurs. En voici quelques-uns.

• (p. 96) Jean-Pierre Osier fait des brahmanes une caste. C'est une erreur. Les brahmanes forment une classe (varna), ce qui correspond à une organisation plutôt théorique de la société et beaucoup moins fine que la caste (jâti).

• À la même page, il dit que les moines mendiants rompent " avec la vie sociale [ce qui] libère les itinérants et leur permet de consacrer la plus grande partie de leur temps à l'étude et à la pratique d'exercices ascétiques [...] ". Cette explication utilitariste du renoncement en masque la valeur. Si le renonçant quitte tout, c'est d'abord pour sortir du réseau de devoirs qui enserre la vie sociale.

• (p. 100) L'auteur oppose Gautama, le fondateur du bouddhisme, à " Mahâvîra [qui] conçoit sa tâche plus en naturaliste qu'en médecin ", mais il affirme par ailleurs (p. 107) que " le jaïnisme est plutôt une doctrine-médecine de salut. "

• (p. 107) " Ni créateurs ni médiateurs, puisque toujours occupés d'eux-mêmes, les dieux ne sauraient faire l'objet de sacrifices, si l'on entend par là une conduite soumise à l'exigence de réciprocité, car l'offrande contraint le dieu à répondre au sacrifiant, sous peine d'interrompre une procédure qui doit être absolument terminée. " Qu'arrive-t-il dès lors si l'on fait un sacrifice à un dieu ? Y répondra-t-il ?

• (p, 108) L'auteur parle d'un compendium que Mahâvîra aurait lui-même écrit. Or, le canon jaïn n'a été rédigé que plusieurs siècles après sa mort, ce qui pose le problème de son authenticité.

• Il y a toute une série de pratiques, parfois très largement répandues chez les ascètes, auxquelles les jaïns donnent une interprétation personnelle. Il est intéressant de la connaître, mais doit-on s'en contenter ? Ainsi, l'auteur fait état du vœu de chasteté des moines jaïns et l'explique par le fait que " caresses et coïts [sont] l'occasion de violence à l'égard des êtres vivants imperceptibles qui ont élu domicile à la surface ou dans les profondeurs du corps humain " (p. 118). Il justifie, en partie tout au moins, le vœu de ne pas manger la nuit par " l'aspect terrifiant de la nuit " (p. 118). Les moines jaïns errent toute l'année sauf durant la mousson à cause, paraît-il, du danger de tuer des animaux vivant dans l'eau (p. 119). Peut-on cependant omettre de signaler que cette pause de la saison des pluies est observée par tous les moines errants de l'Inde ? L'auteur traite aussi du rôle du jeûne dans l'ascèse : " Il n'y a pas à s'étonner du lien entre la nourriture et l'ascèse : se nourrir, c'est forcément détruire des principes vivants, même si c'est pour une fin vitale. " (p. 121) Pourtant, le jeûne n'est pas observé par les seuls jaïns. En note de la même page, on apprend que les jaïns se divisent en trois groupes, mais ces derniers sont simplement nommés et le troisième, en sanskrit seulement. Que sont ces trois groupes ?

• Le fait que les moines soient des hors castes (p. 123-124), que Mahâvîra rejette les valeurs des brahmanes (p. 99), mais qu'il prenne pour modèle le vrai brahmane (p. 117), cela n'est pas expliqué.

Deux doctrines originales des jaïns auraient pu être approfondies, celle de l'action approuvée (p. 110) ou esquissée (p. 113) qui entraîne le même karma que l'action accomplie, et celle des points de vue, que Siddhasena a développée et qui est si particulière aux jaïns. L'exposé de J.-P. Osier est donc plutôt lourd, il n'est pas exempt de contradictions, et il accepte parfois trop naïvement la lettre des textes jaïns.

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Il en va tout autrement de la présentation sur le sikhisme de Lou E. Fenech. À part une introduction un peu superflue sur la présence de militaires français au Punjab au XIXe s., c'est un texte qui donne un exposé inspiré du sikhisme, de sa fondation par Gurû Nânak (dans la foulée du mouvement sant), de sa militarisation progressive sous les gurû suivants et de ses développements jusqu'à l'époque moderne. Ce récit est souvent captivant et se termine par une étude de la position des femmes dans le sikhisme qui est des plus intéressantes. Avec subtilité et sans parti pris, l'auteur examine la place réelle de la femme dans la communauté sikh ainsi que son statut dans la représentation du divin.

L'originalité du sikhisme ressort nettement des comparaisons avec l'hindouisme et l'islam. Un élément sur lequel nous aurions cependant aimé obtenir plus de renseignements est le sort des communautés sikh hors du Punjab, dont l'existence nous est signalée sans plus. Ces communautés ont-elles eu des difficultés à se développer ? Sont-elles du même groupe linguistique que les sikhs du Punjab ? Le sikhisme est-il la religion d'un groupe ethnique particulier ?

D'autre part, l'usage excessif de termes étrangers rend la lecture difficile (voir, par exemple, la page 132). La remarque vaut aussi pour les autres articles. C'est un problème qu'on rencontre fréquemment chez les indianistes et qui est peu compréhensible lorsqu'on s'adresse à un public de profanes. Un lexique aurait été de la plus grande utilité.

Terminons en mentionnant une erreur dont l'auteur n'est probablement pas responsable. La bibliographie est précédée d'un avertissement : " Puisque très peu de monographies sont publiées en français, la liste ne comprend que des sources écrites en anglais. " Or, deux titres (dont le premier) sont en français. On devine qu'ils ont été ajoutés par un traducteur ou par l'éditeur, mais on comprend mal que l'avertissement n'ait pas été modifié en conséquence.

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La cartographie de Frédéric Castel est précédée d'un texte qui décrit la diffusion des religions indiennes et qui semble ainsi faire double emploi avec les présentations précédentes. L'introduction en est un peu faible, par exemple quand elle affirme que l'" expansion territoriale historique [des religions indiennes] explique leur répartition géographique actuelle " (p. 171). On a noté quelques erreurs :

• (p. 172) Açoka est présenté comme le second empereur Maurya alors qu'il est le troisième (Candragupta et Bindusâra l'ont précédé).

• (p. 172) Harsha est donné comme un souverain mahayaniste ; cette notion vient sans doute des Mémoires... de Hiuan-tsang, mais l'épigraphie de Harsha le montre plutôt comme un çivaïte (voir R. C. Majumdar, The History and Culture of the Indian People, The Classical Age, p. 117).

• (p. 174) On apprend que " le Fou-nan (Ier-VIe s.) et le Champa (IIe-VIe s.) [ont été] relayés plus tard par l'Empire khmer (802-1432) ". Le Champa est un royaume hindouisé du sud Vietnam dont la capitale, Vijaya, a été conquise par l'Annam en 1471 et qui a ensuite été progressivement absorbé par cet état jusqu'au XIXe s.

• (p. 179) Dans la carte encadrée de la répartition des sikhs en Inde, le cartographe a omis de colorier le Punjab, berceau du sikhisme.

• (p. 186-187) Dans la carte de la prédominance régionale des sectes jaïn, la distinction que fait la légende entre les " sectes svêtambara majoritaires " (il aurait fallu écrire : çvetâmbara, ou mieux encore utiliser les signes diacritiques qu'on retrouve ailleurs dans le volume) et les " sectes svêtambara prédominantes " n'est pas très claire, d'autant que seules deux sectes sont décrites dans l'article sur le jaïnisme. On ne sait rien des deux autres sectes que nomme la légende, les " terâpanthin " et les " baistola ".

• (p. 186-187) Dans cette même carte, deux carrés destinés à indiquer le motif du coloriage de Delhi et Goa se sont déplacés vers la droite jusqu'à pointer le Népal et l'Andra Pradesh. Remarquons en passant que le sens des carrés et médaillons n'est indiqué nulle part.

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Ceci nous amène enfin à examiner l'ensemble de l'ouvrage. L'introduction propose une réflexion sur la religion ponctuée par quatre étymologies, celles de religion, de yoga, de théodicée et de dharma. Nous doutons de la pertinence des rapprochements que M. Boisvert fait entre les mots yoga et religion, d'une part, et entre les mots dharma et religion, de l'autre. Il est vrai que le mot yoga vient de la racine yuj, unir, ce qui correspond à une des étymologies possibles de religion. L'auteur tire argument de l'étymologie de yoga pour conclure que le sens profond de la religion est la création de liens (p. 3). Toutefois, le yoga n'est pas une religion et il n'y a aucune parenté linguistique entre yoga et religion. La seule conclusion qu'on puisse en tirer est donc qu'il existe en sanskrit une racine verbale qui a le sens d'unir. Il est vrai, d'autre part, que le mot dharma est très polysémique et que sa racine signifie ce qui soutient ; " en ce sens [dit M. Boisvert], nous pouvons aisément établir une corrélation avec religare, car ce sont les liens et les relations qui permettent le soutien et la cohésion d'un système " (p. 4). La relation privilégiée qu'entretiendrait le soutien avec la liaison nous paraît, au contraire, exiger une démonstration, d'autant que si le dharma joue un rôle central dans certaines expériences religieuses indiennes, il est explicitement rejeté dans d'autres. Ces étymologies peuvent donc avoir une valeur suggestive, être évocatrices de la nature de la religion, mais elles ne peuvent se substituer à une analyse rigoureuse.

Deux projets sont évoqués dans l'introduction du livre. Le premier consiste à offrir au lecteur un panorama et un aperçu des religions importantes de l'humanité (p. 1). En cela, ce volume est un succès, car il expose d'une manière accessible une foule de renseignements sur les religions indiennes. Le second projet est de montrer les interactions entre les religions, leur dynamisme (p. 5). Ce projet n'est que partiellement réalisé : on voit bien comment les religions ont évolué, mais les relations entre les religions sont abordées de façon incidente. Les articles nous donnent beaucoup d'informations sur les institutions, les dogmes, les écrits et bien d'autres choses encore, mais il manque parfois une vision synthétique de la religion, qui nous fasse comprendre ce qu'elle représente pour ses membres, ses valeurs, les besoins qu'elle comble, son implantation sociale, ce qui, en somme, pourrait lui donner plus de chair. Peut-être une meilleure coordination (la cartographie illustre ce besoin), une meilleure définition préalable du projet, y aurait-elle aidé. On aurait pu ainsi choisir d'étudier des sujets très controversés, comme la nature de l'âme ; cela aurait mis en valeur certains clivages et ajouté à la compréhension de la dynamique des rapports interreligieux.

Toutefois, ces quelques commentaires ne devront pas nous faire oublier que Les traditions de l'Inde est l'œuvre de chercheurs qui promettent beaucoup et qui offrent déjà, à la communauté universitaire, un manuel d'initiation aux religions de l'Inde fort intéressant et riche d'informations qu'on ne trouve pas ailleurs.

Jean-François Belzile

Université du Québec à Montréal

 

recension du tome 1 / recension du tome 2

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Mathieu Boisvert (dir.), 1999, Un monde de religions, tome 2, Les traditions juive, chrétienne et musulmane, Sainte-Foy, Presses de l'Université du Québec, xii + 230 p.

[Préface de Michel Despland. Introduction de Mathieu Boisvert. " Le judaïsme ", par Jack Lightstone (traduit de l'anglais par Louis Chauvin et Eve Paquette). " Le christianisme " : " Le christianisme primitif ", par Gérard Rochais ; " Les développements ultérieurs ", par Marie Gratton. " L'islam ", par Jean-René Milot. Cartographie de Frédéric Castel. Photographies de Jack Lightstone, Marie-Andrée Roy et Mathieu Boisvert.]


 

Ce livre est le deuxième d'une série de trois volumes intitulée Un monde de religions. Mathieu Boisvert, à l'heureuse initiative de qui nous devons la série, désire " offrir un survol des grandes religions " qui " permettra au lecteur de se familiariser avec l'immense éventail de croyances gouvernant la vie de milliards de personnes " (voir tome 1, p. 1). Un monde de religions propose de dresser un tableau des forces ayant contribué à la naissance et au développement de différentes religions " tant du point de vue de l'histoire que de la mythologie, du dogme traditionnel que de la pratique, de la situation de la femme que du rituel " (voir le plat inférieur du second tome).

Le premier tome, paru en 1997, était consacré aux traditions de l'Inde. Le troisième, à paraître, présentera les religions de l'Asie de l'Est, celles de l'Afrique et celles des Amérindiens. L'objet de notre recension concerne le judaïsme, le christianisme et l'islam.

Dans l'introduction qui accompagne le deuxième tome, M. Boisvert rappelle avoir préalablement formulé une " définition fonctionnelle " de la religion, voulant que celle-ci soit minimalement constituée de deux éléments : la théodicée, conçue comme l'ensemble des croyances expliquant les vicissitudes de la vie quotidienne ; la sotériologie, décrite comme la méthode prônée par la tradition pour atteindre l'objectif religieux que propose la théodicée (il faut ici se référer à la p. 3 du premier tome pour savoir qu'est également attribué à la théodicée le rôle de suggérer un idéal et un ensemble de pratiques permettant d'y parvenir).

Constatant toutefois que théodicée et sotériologie ne sont pas inaltérables, M. Boisvert rend compte de ce phénomène par les rapports d'interaction entre la religion et la culture. Pour étayer son propros, M. Boisvert utilise les notions de culture religieuse passive et de culture religieuse active, associant l'une à la tradition qui, à tel moment et en tel lieu, domine (cette culture passive est comparée à un pain ou un yaourt) et l'autre, à la nouvelle croyance qui naît ou s'intègre dans ce milieu, en le modifiant, et qui tend à son tour à s'institutionnaliser (cette culture active est comparée à une levure ou une bactérie). Cette réflexion, qui aurait nécessité d'être approfondie, s'achemine vers l'affirmation, sujette à discussion (pensons au début du christianisme en Palestine), que toute religion est toujours " un syncrétisme entre la culture d'accueil (passive) et les orientations religieuses qui viennent s'y implanter (active) " (p. 4). M. Boisvert attire toutefois ainsi notre attention sur la diversité religieuse existant dans toute tradition, diversité que soulignent les études qui composent le volume.

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La première étude, rédigée par Jack Lightstone, traite du judaïsme (p. 5-66). D'entrée de jeu, l'auteur désigne les religions comme " des composantes majeures des cultures et des sociétés humaines " (p. 7), du fait que les contes sacrés, les rituels, les enseignements et lois qu'elles contiennent contribuent fortement à structurer le monde dans lequel nous vivons, à en assurer la cohésion et à nous faire percevoir comme " réalité " ce qui au fond correspond à une construction sociale. Cette conception sert par la suite à J. Lightstone de modèle pour nous aider à comprendre comment s'est maintenu, pour les Juifs, le sentiment d'appartenance à une réalité unique et toujours vivante, nommée " peuple juif " (p. 8).

J. Lightstone nous met par contre en garde de penser qu'il puisse exister réellement une religion juive unitaire ou encore, parmi divers courants de cette religion, une forme de judaïsme plus authentique que les autres : " il faut plutôt parler de plusieurs judaïsmes, reliés historiquement, d’une part, et ayant, d'autre part, chacun leur histoire " (p. 9). L'auteur annonce par la suite qu'il concentrera son exposé sur trois de ces judaïsmes.

Le premier examen (p. 13-49) est en fait consacré non à un seul judaïsme mais aux judaïsmes de la deuxième moitié du XXe siècle, parmi lesquels la préséance (justifiée à la p. 14) est accordée au judaïsme rabbinique traditionnel contemporain (" orthodoxe "), tel que vécu en Amérique du Nord, considéré, pour des raisons pratiques, comme une entité homogène. L'exposé, à la fois concis et riche de renseignements, ne se contente pas de nous énumérer les différents rituels et règles (lois alimentaires, fêtes, etc.) auxquels se soumet celui qui vit sous l'autorité de l'halakah, et de nous décrire les institutions rattachées au rabbinisme orthodoxe contemporain. En conformité avec ses remarques préliminaires sur la religion, J. Lightstone, ici comme plus loin, cherche à reconstituer le mythe (au sens d'histoires qui authentifient des mondes) d'identité de la forme de judaïsme à l'étude. L'auteur admet humblement que sa démarche (applicable au demeurant à toute religion) peut, malgré sa volonté, être révoltante ou blessante pour le croyant (p. 11). Nous trouvons, pour notre part, que J. Lightstone l'exploite avec rigueur et respect et qu'il enrichit notre réflexion.

L'auteur poursuit son développement sur les judaïsmes du XXe siècle, en en présentant les formes réformiste, conservatrice et reconstructioniste (p. 41-49). J. Lightstone donne les conditions de naissance de ces judaïsmes, décrit leur position face au rabbinisme et à l'halakah et mentionne les institutions qui en sont issues.

Par la suite (p. 49-62), J. Lightstone nous introduit à deux formes anciennes de judaïsme, choisies de par l'attraction et l'influence exceptionnelles qu'elles ont exercées, ralliant, à leur époque respective, la majorité des communautés juives : 1) le judaïsme biblique des Ve et IVe siècles avant notre ère, associé à Esdras et Néhémie, centré sur le Temple de Jérusalem ; 2) le judaïsme rabbinique qui, après la chute du Temple, en l'an 70 de notre ère, se développe sur une période de 500 à 800 ans.

À la fin de son exposé (p. 62-66), J. Lightstone s'intéresse de nouveau aux formes contemporaines de judaïsme pour leur ajouter une catégorie nouvelle, non officielle, à laquelle participent de nombreux Juifs, engagés par ailleurs dans l'un ou l'autre des courants déjà décrits. J. Lightstone justifie ce judaïsme par la puissance symbolique, dans la conscience des Juifs canadiens et américains, exercée par l'Holocauste et par la fondation d'Israël, qui constitueraient désormais, à la place de la Torah, le cœur de l'identité juive.

Bien qu'il se voie obligé, comme il l'avoue lui-même (entre autres, p. 62), de laisser de côté bien des aspects de la tradition juive, dont la philosophie et le mysticisme, J. Lightstone présente une vision originale du judaïsme et sait communiquer son enthousiasme. Il est d'autant plus regrettable qu'il n'ait pas prévu d'indiquer au lecteur quelques ouvrages lui permettant d'explorer le sujet. D'ailleurs, Un monde de religions inscrit au nombre de ses objectifs la présentation d'une bibliographie sélective pour chacune des religions traitées (voir tome 1, p. 2).

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Le chapitre consacré au christianisme comprend deux études par deux auteurs différents. Gérard Rochais signe la première étude (p. 69-112), intitulée de manière inadéquate " Le christianisme primitif ". En effet, l'étude est loin de ne s'intéresser qu'aux premiers temps de l'Église.

G. Rochais présente d'abord l'étymologie du mot " christianisme ", dont il signale les premières apparitions dans la littérature ancienne. L'auteur définit ensuite le christianisme comme " l'ensemble des religions fondées sur la personne de Jésus-Christ telle que connue par les écrits bibliques qui rapportent son enseignement, son activité publique, son destin ou un enseignement à son sujet " (p. 71), et en présente les quatre principaux rameaux. À ce premier développement se joignent des précisions importantes sur les termes " chrétiens ", " Christ " et " chrétienté ". G. Rochais a tort toutefois de prendre comme témoignage de la tendance du mot Christos à devenir nom propre, le fait que ce titre, dans le texte grec de Paul, est souvent employé sans l'article (p. 70). Le Nouveau Testament suit à ce sujet l'usage attique.

Dans la section intitulée " Le fondement du christianisme " (p. 71-73), G. Rochais défend la thèse que Jésus est pierre d'angle du christianisme, mais non lui-même fondateur d'une nouvelle religion. La nuance attise d'autant plus l'intérêt qu'il n'y a pas unanimité sur la question (voir en effet l'introduction du deuxième tome d'Un monde de religions, p. 2).

G. Rochais propose ensuite (p. 74) une " brève histoire du christianisme " qu'il divise préalablement en cinq grandes périodes : 1) l'Antiquité chrétienne (des origines à 476) ; 2) le Moyen Âge (476-1453) ; 3) la Réforme protestante (XVIe siècle) et la Contre-Réforme (XVIe et XVIIe siècles) ; 4) le Siècle des lumières et la Révolution française (XVIIIe siècle et début du XIXe siècle) ; 5) la période moderne et contemporaine.

Nous fûmes surprise de constater que ce survol historique prenait brusquement fin, avant même d'aborder la Contre-Réforme, à la p. 99. G. Rochais s'acquittait pourtant avec dextérité de la périlleuse entreprise de couvrir, en peu d'espace, plusieurs siècles d'histoire et savait captiver l'attention.

L'étude se poursuit par une présentation utile des grands textes chrétiens : Bible, écrits des Pères et des théologiens, textes des conciles, enseignements des papes et des évêques, écrits mystiques. G. Rochais a l'heureuse idée de nommer, au fur et à mesure, les grandes collections qui nous donnent accès à cette littérature. Il complète son exposé par une bibliographie sélective.

Une remarque et une correction s'imposent. G. Rochais, à deux reprises (p. 76 et 102), déclare que l'orthodoxie a tracé son chemin à travers un buisson d'hérésies (comme s'il s'agissait d'épines). Il n'est pas inopportun de préciser que le rapport entre l'orthodoxie et l'hérésie n'équivaut pas à celui entre la vérité et l'erreur ou entre le bien et le mal. Il faut également rappeler que le mot grec hairesis n'est pas en lui-même infamant, mais veut d'abord tout simplement dire un choix.

Enfin, nous voulons signaler que, malgré ce que soutient G. Rochais (p. 104), il est faux de dire qu'Aristote " divise la métaphysique en mathématique, physique et théologie " et " désigne par cette dernière la philosophie éternelle ". Cette division contient une contradiction (la métaphysique, comme son nom l'indique, vient après la physique) et ne trouve aucun appui chez Aristote ni, à ma connaissance, chez ses commentateurs.

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La seconde étude consacrée au christianisme (p. 113-144), intitulée (elle aussi de façon inapproriée) " Les développements ultérieurs ", est écrite par Marie Gratton. Le premier exposé (p. 113-115), qui porte sur la morale chrétienne, est déconcertant. Aucune attention n'est accordée au libre arbitre, à la nature et à l'origine du mal, à sa personnification, à la rédemption, etc. M. Gratton aurait pu du moins nous entretenir de l'influence de la foi sur l'éthique médicale, qui semble être un de ses sujets de prédilection (voir la note biographique, p. 229). L'auteure préfère nous rappeler, dans un style apologétique, les deux grands commandements d'amour. L'exposé, sans doute plein de bonne volonté, est en outre parsemé de remarques qui n'ont pas leur place dans un traité universitaire. Quoi dire de cette vision restreinte de l'humanité : " ces commandements [transmis à Moïse] faisaient déjà partie du patrimoine culturel de l'humanité, puisqu'on les retrouve dans le code d'Hammurabi " (p. 113) ; de cette exégèse basée sur une traduction : " dans la version française de la traduction œcuménique de la Bible [...], l'emploi du mot 'second', et non pas 'deuxième', pour parler du commandement portant sur l'amour du prochain, indique clairement que nous sommes en présence d'une liste close [...] " (p. 113) ; de cette simplification : " [...] on pourrait sans doute affirmer qu'il y a une morale catholique très préoccupée par les questions d'éthique sexuelle, une protestante plus axée sur l'éthique du travail et les problèmes de justice sociale " (p. 115). Je ne m'y arrêterai pas davantage. Pour des raisons similaires, je ne parlerai pas non plus du deuxième exposé de M. Gratton, portant sur le Credo.

L'exposé sur les rites du christianisme (p. 121-125) nous offre des données minimales sur le calendrier liturgique et les sacrements. Il accorde aussi quelques mots au symbole de la croix, à la célébration eucharistique, aux solennités entourant la mort et mentionne quelques pratiques supplémentaires de dévotion.

Dans " Le rôle des femmes dans l'histoire du christianisme " (p. 125-130), M. Gratton nous livre enfin un exposé plus dynamique, qui laisse transparaître des engagements personnels favorables à l'accroissement des pouvoirs des femmes dans les Églises. M. Gratton soulève en outre le débat sur la place des femmes dans les institutions chrétiennes en questionnant la pertinence de leur participation au maintien des structures hiérarchiques actuelles des Églises (p. 129).

Curieusement, la seconde étude, signée par M. Gratton, se termine par une histoire du christianisme, de la Contre-Réforme à nos jours (p. 130-144). Serait-ce la partie manquante de l'exposé de G. Rochais ? Y a-t-il eu une confusion au niveau éditorial, qui expliquerait peut-être également l'étrangeté des titres donnés aux deux études sur le christianisme ? C'est malheureusement l'exposé de G. Rochais qui pâtit de ce désordre.

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La visée du chapitre consacré à l'islam (p. 145-201), selon son auteur, Jean-René Milot, " n'est pas d'évaluer ou de juger l'islam, mais bien d'essayer de le comprendre " (p. 148). Il faut noter toutefois que, d'entrée de jeu, J.-R. Milot établit une distinction nette entre islam et islamisme. L'auteur condamne en effet l'islamisme, qu'il décrit comme " une idéologie tirée de l'islam et mise au service de la prise du pouvoir politique... " et qu'il qualifie de " caricature ", de " maladie de l'islam, comme l'intégrisme est une maladie du christianisme " (p. 149).

Par la suite, J.-R. Milot fournit une étude solide et passionnante sur l'islam. Tout en soulignant le problème des sources, il résume d'abord la vie de Mahomet et l'histoire de la fondation de l'islam (p. 149-153). Dans la section suivante (p. 153-161), il raconte comment s'est effectué le passage du Coran de la forme orale à la forme écrite. Il nous introduit également aux conceptions coraniques relatives à Dieu, aux anges, aux hommes, aux prophètes, au jugement dernier et à la vie future, au comportement.

J.-R. Milot donne ensuite un exposé nuancé sur le développement de la Tradition, basée sur la sunna du Prophète véhiculée dans des récits, et compare son autorité à celle du Coran (p. 162-165). À cet examen s'enchaîne celui sur la Loi islamique (p. 166-172). J.-R. Milot oppose alors deux conceptions, " qui ont tendance à s'affronter ", sur l'origine de la sharia : la conception doctrinale, voulant que la Loi islamique " constitue le modèle divin de l'agir humain " (p. 167) ; la conception historique, voyant dans la sharia " le résultat d'un processus d'assimilation sélective mis en œuvre par les juristes musulmans " (p. 168). Ici comme ailleurs, J.-R. Milot sait rendre la portée actuelle des données historiques.

J.-R. Milot décrit ensuite l'histoire et la pensée du chiisme et du soufisme (p. 172-178). Il qualifie ces derniers de tendance ésotérique de l'islam, qui ferait " appel à la pensée intuitive, qui repose sur le sentiment religieux ", contrairement à une tendance exotérique qui, dans toute religion, ferait " appel à la pensée rationnelle ". Nous devons signaler que la distinction apportée par J.-R. Milot entre ésotérisme et exotérisme ne correspond pas à celle qui, dans la tradition ancienne, permet de distinguer les enseignements des philosophes. Exotérique sert alors à désigner l'enseignement accessible à un vaste public. Ésotérique sert à désigner un enseignement réservé à quelques étudiants ou un enseignement dont la complexité limite l'accès. Dans les deux cas, on n'exclut pas la pensée discursive et l'objet d'étude peut être le même.

J.-R. Milot nous introduit ensuite aux développements et contributions des disciplines rationnelles : la théologie ou kalam et la philosophie (p. 178-182).

L'exposé suivant présente les différents rituels et pratiques qui règlent la vie en groupe, et accorde quelques mots à la diversité religieuse, ethnique et culturelle de l'islam (p. 182-187). J.-R. Milot aborde aussi la condition des femmes dans l'islam (p. 187-192) en insistant, d'une part, sur les améliorations dont elles auraient bénéficiées avec l'arrivée du Coran et en distinguant, d'autre part, les dispositions du Coran et de la Loi islamique à l'égard des musulmanes et la place réelle qu'ont ces dernières dans le monde contemporain. L'auteur accorde une attention particulière à l'histoire du voile et à son symbolisme. Curiosité : " La femme, face cachée de l'islam " est la seule des grandes sections du chapitre sur l'islam à ne contenir aucun nom propre de personnage important, hormis celui de Mahomet.

Dans " L'épreuve de la modernité ", J.-R. Milot examine enfin les réponses apportées par l'islam pour s'affirmer dans le monde actuel (p. 192-200). Une bibliographie sélective clôt le chapitre (p. 201).

L'exposé de J.-R. Milot sur l'islam mérite des éloges.

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La cartographie de Frédéric Castel demanderait quant à elle quelques améliorations. D'abord, il aurait été avantageux qu'Un monde de religions prévoie une carte situant les lieux ou les principaux lieux mentionnés dans les études préalables (Jérusalem, Ur, Nicée, Constantinople, La Mecque, Médine, etc.) Par ailleurs, F. Castel ne suit pas les graphies utilisées dans ces études pour désigner les groupes religieux ni ne se conforme aux divisions qui y sont établies. Je donnerai trois exemples : 1) À l'exception de l'école hanbalite, les écoles de loi sunnites mentionnées dans la légende accompagnant la carte " Les branches de l'Islam ", p. 223, ne sont pas orthographiées de la même manière que dans le texte de J.-R. Milot (p. 169). 2) Aucune carte ne tient compte de la division des judaïsmes contemporains proposée par J. Lightstone (voir, entre autres, p. 62). 3) Je n'ai pu trouver, sur la carte localisant les Églises du christianisme (p. 218-219), les Églises nestoriennes, mentionnées par G. Rochais (p. 80).

D'autre part, les signes distinctifs semblent prévus pour des cartes de plus grandes dimensions. Par exemple, il est impossible, à partir de la carte " Les chrétiens dans le monde ", de se faire une idée claire de la répartition des chrétiens dans la région du Bangladesh (voir p. 217). Enfin, la reliure rend illisible le centre de toutes les cartes.

Le deuxième tome de Un monde de religions est néanmoins vraiment intéressant. Si on trouve, ici ou là, quelques difficultés, il n'y a rien que ne pourrait corriger une seconde édition. Les trois chapitres contiennent des textes généreux en renseignements et en réflexions qui ont le mérite, d'une part, de souligner la diversité religieuse, à l'intérieur même de chaque tradition et, d'autre part, d'offrir de nombreux thèmes de comparaison entre les différentes religions. L'ouvrage, qui pourrait intéresser un vaste public, nous semble également très approprié pour l'enseignement. Un index serait toutefois nécessaire.

Sylvie Laramée

Montréal

 

 

recension du tome 1 / recension du tome 2

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