Odon Vallet. 1994. Femmes et religions. Déesses ou servantes de Dieu? Paris : Gallimard (coll. «Découvertes Gallimard», no 206), 160 p.


La très belle collection Découvertes Gallimard propose avec Femmes et religions un aperçu des différents rôles qu'a pu jouer et que jouent les femmes au sein des grandes traditions religieuses. Ambitieux projet, il va sans dire.  L'ouvrage du professeur Odon Vallet, féru d'anthropologie, de politique et de religion, est articulé tel un guide touristique où chaque étape est présentée comme une tremplin pour la suivante.  Les sauts sont énormes et les explications parfois trop simplifiées.  Du paléolithique supérieur, avec le culte de la déesse mère, au vingtième siècle, où se rencontrent dans une même ferveur l'émancipation et l'intégrisme, en passant par quelques épisodes épars où s'enchevêtrent l'éloge de la vierge, l'exclusion des femmes des écritures et la prolifération des vocations féminines, l'histoire religieuse des femmes est parsemée de longs silences.  Mais que demander de plus d'un livre de cent soixante pages dont le plan opère d'inévitables amputations dans les témoignages de l'histoire? Le discours religieux, pratiquement de tout temps monopolisé par les hommes, n'est-il pas lui-même amputé? La lecture de Femmes et religions nous laisse d'ailleurs cette impression tout à fait légitime d'une grande absence : celle de la parole des femmes.  Ce n'est peut-être pas un hasard si son auteur est masculin : Gallimard n'a sans doute pas osé rompre avec la tradition.  On peut se demander si, venant d'un auteur féminin, le commentaire aurait tant insisté sur le domaine de la reproduction et sur celui de la séduction.  C'est visiblement par le regard de l'homme qu'une fois de plus la femme prend connaissance d'elle-même.  Mais ceci étant dit, ajoutons que l'ouvrage est très bien fait.  Les images, qui font la réputation de la collection, sont à elles seules très éloquentes.  Les documents et les (rares) témoignages en annexe sont pertinemment choisis (celui, entre autres de Catherine de Sienne est délicieusement sensuel).  Et la bibliographie, bien que plutôt sommaire, est une invitation alléchante.


Mélanie Gagné,
Département des sciences religieuses, Université du Québec à Montréal

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