Jean Vernette et Claire Moncelon. 1995. Dictionnaire des groupes religieux aujourd'hui. Paris: Presses Universitaires de France, 291 p.


Jean Vernette est le délégué de l'épiscopat français pour les questions touchant les nouveaux phénomènes religieux. Ce dictionnaire, co-édité avec Claire Moncelon, constitue son trentième ouvrage. Doté d'un objectif pour le moins ambitieux, les auteurs affirment publier «un répertoire exhaustif proposant sous forme de brèves notices signalétiques les éléments esentiels de repérage pour chacun des groupes religieux existant aujourd'hui» (p. 6). On y retrouve 450 fiches signalétiques et 900 références qui regroupent les grandes religions aussi bien que les nouveaux mouvements religieux. Les auteurs offrent la description de plusieurs groupes peu connus et dont certains n'avaient jamais été l'objet d'une recension. Par exemple, il s'agit de la première mention, à notre connaissance, du groupe de Thèbes ainsi que celui du Petit Caillou dans un ouvrage critique. Il est à noter que l'on décrit quelques mouvements religieux québécois comme la Cité écologique de l'ère du Verseau et l'Église Catholique Apostolique du Québec.

Malheureusement, un certain nombre d'éléments portent mbrage à ce dictionnaire. D'abord, plusieurs références sont vagues et imprécises. À "Tchan", on peut lire: «Enseignement par correspondance d'un bouddhisme particulier, mêlé d'occultisme et d'acquisition des pouvoirs»(p. 254). Il s'agit d'une description qui pourrait s'appliquer à plus d'un groupe. L'absence de références bibliographiques aux différentes notices rajoute à la confusion. Le lecteur est dans l'impossibilité de vérifier les sources d'information. Point très important car il est fréquent que des publications externes nuancent et même parfois contredisent des propos avancés par certains nouveaux mouvements religieux. Pour illustrer ceci, référons-nous à la notice sur l'Ordre de la Rose-Croix AMORC. Les auteurs situent la résurgence moderne de l'AMORC, conformément à la version officielle du groupe, en 1909, après un cycle de silence de 108 ans. Pourtant, Daniel Labrie (Rosicrucianisme et christianisme, 1993) affirme qu'en réalité, à partir de documents d'époque, l'AMORC aurait été fondée en 1915 et qu'aucunes preuves historiques permettent de valider la loi des cycles périodiques de 108 ans.

Ensuite, l'ouvrage comporte plusieurs erreurs, allant de la simple coquille (Phinear (sic) P. Quimby, p. 214) à la publication d'informations inexactes. À titre d'exemple, les auteurs nous apprennent que l'Église du Christianisme Céleste célèbre trois sacrements: baptême, fête des moissons et onction (p. 69). Or, selon les documents officiels de cette Église (Sacrements, ordonnances et prescritions, Église du Christianisme Céleste, p. 7), quatre sacrements sont donnés aux fidèles: baptême, onction, sainte communion et mariage. La fête des moissons est une fête annuelle importante pour les fidèles, mais elle n'a pas de valeur sacramentelle.

Finalement, on peut s'interroger sur la pertinance de définir les grandes traditions en une ou deux pages, compte tenu du nombre total de pages de l'ouvrage. Il aurait sans doute été préférable de se concentrer uniquement sur l'objectif central, soit de définir les nouvelles formes de spiritualité, d'autant plus que l'on consacre seulement deux ou trois lignes à plusieurs d'entre eux. En somme, faute de véritables ouvrages de références sur le phénomène des nouvelles religions en français, ce dictionnaire peut être un guide utile pour une première exploration de cet univers religieux. The Encyclopedia of American Religions de Gordon Melton n'a pas encore d'équivalence dans la langue de Molière.


René St-Germain,
Département des sciences religieuses, Université du Québec à Montréal

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