W. Montgomery Watt. 1995. La pensée politique de l'islam. Paris: PUF (coll. «Islamiques»), 166 p.


La collection «Islamiques», dirigée par Dominique et Janine Sourdel, vient de traduire l'ouvrage de W. Montgomery Watt sur la pensée politique de l'islam. Orientaliste, historien de la civilisation arabo-mulsumane, Montgomery Watt est auteur de nombreuses monographies consacrées à l'islam, à l'histoire et à la civilisation arabo-mulsumane.  Cíest un auteur incontournable pour celui qui s'intéresse à l'Islam.

Par les temps qui courent, l'islam politisé commence à occuper sur la scène internationale un rang fort élevé.  Les écritures qui traitent de l'islam et surtout de la pensée politique de cette religion prennent de plus en plus de place.  Dans ce contexte, l'essai de M. Watt sur la pensée politique de l'islam, quoiqu'il remonte à 1968, n'a rien perdu de son actualité.

L'auteur s'attache dans cet essai à traiter l'évolution de la pensée politique de l'islam, à saisir les concepts fondamentaux de l'héritage islamique et à «faire apparaître les fondements ou l'origine des concepts politiques qui ont cours dans le monde islamique d'aujourd'hui» (Introduction p. X).

Dans les premiers chapitres, l'auteur distingue des étapes essentielles dans la pensée politique de l'islam.  La première étape est celle de l'État islamique sous le gouvernement du prophète Muhammad.  Cette étape, qui a connu la fondation de la première communauté musulmane (umma) à Médine, là où le prophète s'est réfugié en 622, marque le début du pouvoir politique de l'islam.  Elle est caractérisée par la «constitution de Médine», le premier document qui traite des relations entre les musulmans et entre ceux-ci et les autres communautés non-mulsumanes.  La seconde étape est celle du califat qui débute à la mort du Prophète.  Elle traite du problème et du processus de succession à la tête de la communauté musulmane, de la nature du califat, de la division au sein de la communauté et de l'apparition des sectes.  La troisième étape est celle de l'expansion de l'islam.  Elle traite de la fondation et de l'organisation de l'empire islamique et de l'administration des provinces.  Les lois concernant le traitement réservé au «minorités protégées» ou «les gens dont on assurait la sécurité» (ahl al-dhimma), sont aussi expliquées.  La quatrième étape est celle de l'émergence de l'institution religieuse.  Elle traite de la naissance de cette institution, de ses dirigeants et de la lutte entre les seigneurs de la guerre et les théoriciens politiques.

Dans les derniers chapitres l'auteur parle du chiisme, de ses principales divisions (imamite, septimain, et zaydite) et du concept de l'imam, le chef charismatique chiite - pour enfin terminer par un épilogue où il est question de l'islam dans la politique contemporaine et de ses relations avec le nationalisme, la démocratie, le totalitarisme et le socialisme.

Nous nous permettons une remarque.  L'auteur aborde des concepts comme la umma, la communauté musulmane, le jihad - qu'il le traduit par «guerre» sainte -, ahl al-dhimma, les minorité protégées, les mawâlî (les clients), le khalifa (le calife), et plusieurs autres concepts.  Ces concepts islamiques, selon l'auteur, ont subi l'influence des traditions préislamiques et «par conséquent, toute étude de la nature de l'État islamique doit commencer par un examen des conceptions politiques qui orientaient les activités des Arabes de l'époque préislamique» (p.4)  De cette façon, pour l'auteur, la loi du talion, qui est un trait distinctif du mode de vie tribal de l'Arabie préislamique, est à l'origine du premier document islamique (la constitution de Médine) traitant de la politique des relations entre les membres de la première communauté musulmane; le modèle de la tribu préislamique donne naissance au concept de la umma, la communauté musulmane; la razzia des tribus de l'époque préislamique se transforme en jihad, guerre sainte islamique; l'honneur de la tribu arabe du désert - qui se concrétise en prouvant l'efficacité de sa protection aux tribus ou aux groupes plus faibles - s'est développé en protection des minorités religieuses et surtout de ceux que líislam appelle ahl al-kitâb, les «gens des livres» (juifs et chrétiens essentiellement), en terre de l'islam etc.

En général cet ouvrage est très riche, clair et instructif relativement au passé et au présent de la pensée politique de l'islam.  L'essai est à lire, car appuyé sur une abondante bibliographie. Il jette un utile éclairage sur la naissance et l'évolution des concepts politiques islamiques qui circulent encore aujourd'hui.

 

Ali Daher,
Département des sciences religieuses, Université du Québec à Montréal

Sommaire des recensions / Page d'accueil