Résumés
" LE CHRIST (RE)VIENDRA-T-IL SUR TERRE ? "
La foi dans la venue glorieuse du Christ à la fin des temps pour juger les vivants et les morts est un article-clé de la foi de l'Église primitive. Celui qui est venu inaugurer le Règne de Dieu, le Christ Jésus, est attendu comme agent de sa réalisation parfaite à la fin des temps. Le Nouveau Testament, il est vrai, ne fournit pas de description détaillée du " quand " ou du " comment " de cet avènement glorieux du Christ. Il met l'accent plutôt sur la nécessité de veiller en attente de l'établissement parfait du Règne de Dieu alors que l'être humain et son habitat seront profondément transformés à l'image du Fils de Dieu.
JUSTIN : L'OBJECTIVATION DU MILLENARISME
Justin décriait tous ceux qui faisaient une interprétation trop objectivante des Écritures. Son attitude change concernant les derniers temps : il objective le règne du Christ sur terre pour mille ans. Cet article révèle deux clefs susceptibles de lever un pan du voile sur le processus d'inférence qui a contribué à la formation de ce " paradoxe justinien ". La première, l'esprit de prophétie hérité du Christ, lui dont la résurrection dans la chair garantit celle de ses fidèles et la fin prochaine de ce " monde ". Avec la seconde, la canonisation de l'Apocalypse johannique, Justin rive l'interprétation au texte et confirme la validité traditionnelle de l'Apocalypse. Ainsi, il affirme sa foi au Christ, il rectifie des exagérations millénaristes et révoque la conception des gnostiques concernant une résurrection purement en esprit.
LES MILLENARISMES MEDIEVAUX.
APERÇU DE LA RECHERCHE RECENTE
Les théories et les croyances concernant la fin du monde ont constitué, pendant tout le moyen âge, une composante de la vie religieuse beaucoup plus importante que dans l'histoire ultérieure des grandes dénominations chrétiennes. Il n'est donc pas surprenant que l'on se soit vivement intéressé au monde de l'eschatologie médiévale. Les études se sont multipliées, surtout depuis une cinquantaine d'années. Bernard McGinn a publié (1975) et mis à jour (1982) des études brossant une esquisse de ce que la recherche, depuis un demi-siècle, a proposé autour des croyances apocalyptiques du moyen âge. Dans le présent essai, on se propose d'esquisser un inventaire analogue, pour les quinze dernières années. Cet aperçu ne pourra être que sélectif, accordant une attention particulière aux millénarismes et à leur contenu social et politique.
THOMAS MÜNTZER, UN CAS D'ESPECE
Thomas Müntzer, l'uvre aussi bien que le personnage, a toujours fait difficulté. Comme représentant de la Réforme radicale, il a provoqué la réprobation de Luther. La critique moderne a vu en lui soit un précurseur de la révolution sociale, soit un mystique visionnaire. C'est par l'examen de sa vie et de son uvre écrite que l'on peut tenter une approche critique équilibrée. Il est avant tout un penseur religieux original conduit par les événements et la logique de sa pensée à l'action révolutionnaire. Son uvre témoigne d'un certain millénarisme, d'une volonté d'établir sur terre le règne de Dieu, mais c'est surtout le prophétisme visionnaire qui caractérise le mieux tant son uvre théorique que son action publique qui ne recule pas devant la justification de la violence.
LOUIS RIEL, MESSIE MONDIAL
Quoique Louis Riel ait épousé le destin tragique de la nation métisse française, il est fascinant de contempler dans l'éclosion de son messianisme le rôle ludique d'un fécond symbolisme. Le Père du Manitoba sut franchir le détroit de l'Esprit à volonté afin d'y puiser de nouvelles clés symboliques, qui devaient assurer la transformation et la libération de son peuple. L'audace mythique du Bison christique fut équivalente à son courage politique. Mais les gibets de ce monde ne tolèrent pas les non-conformistes et les réduisent au silence...
VERS UNE RESURGENCE DES MILLENARISMES ?
LES MOUVEMENTS APOCALYPTIQUES CONTEMPORAINS
Le phénomène des mouvements et des écrits d'inspiration millénariste est largement documenté depuis l'étude classique de Norman Cohn, Les fanatiques de l'Apocalypse. Celui des mouvements apocalyptiques contemporains et de leur appartenance ou non à la filière millénariste, bien qu'il soit régulièrement à l'avant-scène médiatique (par exemple Waco et l'ordre du Temple solaire), présente des contours moins bien définis et plus difficilement saisissables. L'étude qui suit n'est pas l'uvre d'un spécialiste de l'histoire ou de la sociologie des religions, mais plutôt celle d'un bibliste engagé dans la recherche sur le livre de l'Apocalypse et, pour cette raison, périodiquement confronté à l'énigme des lectures fondamentalistes et parfois millénarisantes qu'en font les mouvements apocalyptiques contemporains.
UNE TRAVERSEE DU MILLENARISME OCCIDENTAL
Cet article explore la durable espérance de retrouver dans l'avenir le paradis terrestre des origines. Cette espérance peut être qualifiée de " nostalgie du futur ". En rédigeant mon livre (Mille ans de bonheur), je suis resté à l'intérieur d'un même projet global auquel je travaille depuis vingt ans et qui a visé à explorer successivement dans le passé les peurs et le besoin de sécurité de notre civilisation, puis à en faire revivre les rêves de bonheur. J'ai donc tenté dans ma dernière enquête une traversée du millénarisme occidental. Cette recherche m'a conduit des prophéties de l'Ancien Testament au New Age et m'a amené à reconstruire les passerelles, plus importantes qu'on ne le pense d'ordinaire, qui ont historiquement relié le millénarisme aux utopies et à l'idéologie du progrès.
LE BOGUE DE L'AN 2000 :
L'ENTREE PROBLEMATIQUE DANS UN NOUVEAU MILLENAIRE
Le 1er janvier de l'an 2000 arrive à grands pas, et plusieurs personnes ont peur que le fameux bogue de l'an 2000 amène des problèmes insurmontables. Cet article examine la situation à quelques mois de la date fatidique, et tente de mettre les pendules à l'heure concernant cette grande peur de l'an 2000. Il n'y a pas de quoi s'énerver outre mesure, mais le bon sens commande de prendre de sages précautions au cas où il y aurait quelques débordements dûs à la folie humaine bien plus qu'au dérèglement de la technologie informatique.
EN QUETE DE SIGNES :
DE L'IMAGINAIRE DE LA FIN A LA CULTURE APOCALYPTIQUE
L'imaginaire occidental contemporain est imprégné de la pensée de la fin. L'an 2000 s'inscrit, pour les tenants d'une pensée eschatologique, dans une logique de l'apocalypse, qui est à la fois dévoilement et catastrophe. Cette interprétation trouve un écho dans les discours alarmistes de toutes sortes qui s'alimentent au gré de l'actualité. Quand ce n'est pas l'histoire ou les idéologies qui sont réputées finies, c'est la littérature ou le roman, la musique, la peinture, le livre ou l'imprimé, la culture, l'auteur qui est déclaré mort, après l'homme, après Dieu. La " fin " est cet objet de la pensée que des discours ou des pratiques interprétatives tentent de cerner, de dépasser ou simplement d'exorciser. Elle participe à un processus sémiotique qui amène l'esprit à se distendre dans une triple temporalité, essentielle à toute narrativisation : elle est une menace perçue au présent d'un événement futur qui met un terme à ce qui a précédé et dont l'imminence est accréditée par des sources passées.
MAURICE BLANCHOT : ECRIRE COMME A LA FIN DU TEMPS
" Quelque chose arrive, la fin commence ", affirme la voix narrative de la Folie du jour. Or cet événement catastrophique, incessamment annoncé dans les uvres de Maurice Blanchot, n'en finit pas d'advenir. C'est dire que l'avènement du désastre ne vient pas, n'arrive jamais. Écriture et désastre : l'un et l'autre, pour Blanchot du moins, appellent un changement d'époque, un bouleversement radical du temps : l'Apocalypse peut-être... La littérature ne nous parle-t-elle pas " comme à la fin du temps " ? Cette question, cruciale pour une pensée de la littérature, réinscrit l'épreuve et l'exigence d'écrire, mais également les concepts de justice et de responsabilité (Emmanuel Levinas), dans la hantise de l'avènement apocalyptique et l'attente du Jugement dernier.
POUR UNE SPIRITUALITE DU TROISIEME MILLENAIRE
Les requêtes de la nouvelle culture et de la conscience planétaire sont en train d'invalider les anciens modèles spirituels inspirés de la chrétienté. Un nouveau paradigme spirituel est en voie d'émerger du bouillonnement religieux actuel. Centrée sur la subjectivité et méfiante des religions établies et des dieux extérieurs, la spiritualité occidentale à venir échappe à l'emprise des dogmes et des clercs, se désenlise de l'anthropomorphisme judéo-chrétien et des modèles intellectuels grecs. Elle s'inscrit dans les structures psychiques de l'homme naturel, antérieurement à toute catégorie religieuse. C'est une spiritualité à structure dialogale : en dialogue avec la science, la psychologie et les diverses traditions religieuses, en dialogue en particulier avec l'Orient géographique, sapientiel et archétypal. Ce nouveau paradigme tente de surmonter tous les dualismes mortifères et de s'affranchir de l'hégémonie de la raison fonctionnelle pour se mettre à l'écoute des mythes et des symboles.
L'ETHIQUE A L'AUBE DE L'AN 2000
Malgré la tendance au mal, constitutive de la nature humaine, le séjour sur la Terre peut-il être habitable ? Devant les horreurs du passé et du présent, la honte est un bon point de départ pour la réflexion et l'action éthiques. Il incombe aux diverses morales de proposer des critères pour une vie bonne et pour une action juste. Parmi les morales contemporaines, l'éthique libérale, axée sur l'individu et la norme de la justice, et l'éthique communautarienne, centrée sur les valeurs de la communauté et le sens du bien commun, ont chacune leur fécondité et leurs limites. À l'entrée du XXIe siècle, l'éthique a pour tâche de creuser davantage le concept de liberté. La reconnaissance de ma liberté par la liberté d'autrui et vice-versa n'est possible qu'à l'intérieur d'une communauté locale ou internationale où la pratique de la justice sociale ou de la paix fait coexister ces libertés.
L'ANGOISSE DE LA FIN DU MONDE COMME LIEU REVELATEUR
DE LA MENTALITE RELIGIEUSE CONTEMPORAINE
À la veille de l'an 2000, les millénarismes connaissent un regain de succès. Selon les millénaristes, une intervention directe de Dieu rétablirait le paradis sur terre. Or, aujourd'hui, une sorte de grande peur semble saisir certains de nos contemporains dans un climat angoissé d'apocalypse prochaine et d'attente de la fin des temps. La période que nous vivons est riche en catastrophes de tous genres succédant au grand cataclysme de la deuxième guerre mondiale : bouleversements économiques et sociaux, conflits et révolutions, menaces atomiques, voire certaines incompréhensibles variations climatiques. " Considéré globalement, cet ensemble disparate de malheurs peut suggérer l'idée d'un grand bouleversement en marche et générer une forte angoisse existentielle, s'exprimant dans certains cas sur un plan religieux. " (E. Foucart, 1982)