RELIGIOLOGIQUES, 13 (printemps 1996) Questions d'éthique en sciences des religions




SCIENCES DES RELIGIONS, UNE ÉTHIQUE?

Georges Tissot (1)


Posons d'emblée la question: pourquoi pas une science des religions? Cette science serait une quête de compréhension. Mais comprendre, c'est plus que décrire. C'est au moins interroger. Pourquoi ne pas interroger le religieux, la croyance, sa compréhension, le monde qu'elle identifie, ses discours, ses pratiques, ses mours, ses institutions? En un sens, rien n'interdit un questionnement. Le pourquoi quant au religieux, quant à tel ou tel religieux, ne recèle aucune condition qui limiterait sa portée et son efficace. Ce questionnement renvoie à une situation anthropologique précise et concrète. L'être humain est devenu un interrogeant: sa souveraineté en cette instance est entière.

Ce pourquoi ouvre la question du sens quant au religieux. D'où une interférence unique; interroger le religieux, c'est à la fois questionner ce religieux et le questionner à la lumière du sens. D'où la portée du titre, la science des religions n'est-elle pas du coup une éthique?

Premièrement, un rappel d'une mutation de notre saisie de l'espace et du temps indique que la situation anthropologique de l'humain se redéfinit. Deuxièment, ce changement appelle une autre conscience, celle, tragique, qui ouvre la distance au cour de la conscience. (2) Troisièmement, un retour sur le religieux le cerne comme histoire de l'imaginaire au prise avec sa propre figuration. Quatrièmement, les contours d'une science des religions permettent de signaler qu'elle est une éthique. (3) Ces quatre trajets s'imbriquent. Il s'agit de montrer que la conscience dans son rapport au monde, à l'autre et à soi - en utilisant une classification commode - n'a pas à invoquer la croyance pour instituer un ordre où le pouvoir du sens relève d'un autre ou d'une réalité extrinsèque. (4)

De la conscience de l'espace-temps

Le premier point porte essentiellement sur un constat. La reconnaissance d'une situation anthropologique particulière devient un préalable à la constitution d'une raison ouverte à une auto-critique et à son procès. Il ne s'agit pas de ré-examiner toute la question des conditions et des déterminations de l'ouvre de la pensée ou de ce travail de l'intelligence sur elle-même. (5) Il suffit d'esquisser ici une mutation de la saisie du monde. Mais l'indiquer, c'est déjà en prendre acte.

À la suite d'une expression de Marcel Gauchet, la culture, jusqu'à tout récemment, comportait en son enceinte propre un univers cosmo-biologique le plus souvent sanctionné par une ou des autorités constituantes du monde. Cet univers est alors appréhendé comme un don. Ce "don" s'incorpore à toutes les pratiques culturelles depuis la fondation du territoire, du peuple, du temps et des temps de vie et de l'ensemble des actes de vie. Les narrations plus ou moins ritualisées insérées comme marques propres de la culture et de sa mémoire, montrent une figuration du monde, de la communauté et du soi, telle une enveloppe matricielle élémentaire ou primordiale. (6) M. Eliade a développé sa description du mythe en ce sens, tout comme J. Campbell qui l'a popularisée. (7)

Il est permis de reconnaître que l'expérience de l'espace dans la période moderne articule une nouvelle saisie du monde à une rupture dans l'expérience religieuse. Le rapport à l'autorité change. Depuis Bacon, puis Galilée, les démarches de saisie du monde permettent de définir une pédagogie de la connaissance. Le propos ici n'est pas d'examiner les passages des médiations du sens, soit institutionnalisés comme dans la religion catholico-romaine ou dans la scolastique scientifique demeurée fondamentalement déiste au XVIIIe siècle, ou téléologique depuis, soit imbriqués à la croyance immanente au sentiment d'évidence ou aux "lumières naturelles".

Reste que la recherche en physique offre du monde un visage nouveau et inouï. L'espace ne peut être contourné ou enveloppé: il est espace-temps, mais inimaginable quoique pensable. La personne peut en un certain sens imaginer l'espace-temps. Cependant cette expérience se dévoile trouble: l'ensemble est inconscrivable tout en étant évoqué. L'espace s'encapsule avec le temps sans qu'une frontière puisse devenir pensable, encore moins imaginable. Nous sommes en train d'explorer ici le petit, là, le grand, sans que l'ensemble ne soit pris, encore moins finalisé ou ordonné. (8)

La science bascule dans l'acte du constat, de sa mesure, si complexe que puissent être ces deux démarches. Une finalité immanente qui "permettrait" au monde de se révéler sens, de parler lois, de montrer des principes, de démontrer de l'ordre et une rationalité opérante - que la raison découvrirait afin de se corroborer - n'est de mise que si elle est du champ de la croyance et de la poétique mythique que celle-ci génère. Opérer cette reconnaissance semble imposer un examen de tout découpage de l'espace-temps. Tel lieu, tel point de vue, telle perspective balisaient la quête de la pensée - quitte, le plus souvent, à laisser entendre un ordre préalable et une position d'autorité. La personne se positionnait dans l'espace afin de se "dé-finir" et de délimiter la place du discours. Souvent, le discours appellait cette détermination. L'espace invoqué est nettement limité: il borne le discours par le trajet de ses limites. Il est un aveu. Telle destination, telle source, telle origine, tel fondement, tel encerclement autour d'un centre. Ici, le point d'ordre apparaît premier, primordial, dernier, stable, immuable, etc. M. Serres a montré cette figuration de l'ordre et de la relation d'ordre dans nombre de ses travaux. Il l'a montré en divers lieux de la vie sociale, de la pensée, dans la littérature. (9)

Mais aujourd'hui, plonger au cour de l'espace oblige à acquiescer à l'impossibilité de le circonscrire. Ici, strictement, est indicible. Ce qui s'en dit relève proprement de l'imaginaire ou de l'ouvre de l'interprétation. L'imaginaire ou l'intelligence, si créateurs qu'ils soient, se déploient et se révèlent par leurs ouvres. Ils révèlent surtout le sujet humain en proie à une quête.

Or, les figurations du monde se montrent telles: que figures ensorcelées d'angles, de prises, de balises, de contrastes, de jeux, de reproductions, de projections. Beautés sublimes toujours, même au mode banal. Dira-t-on que figures, qu'images, qu'imaginaires, comme on disait autrefois que ce ne sont que fables? Avec les prégnances évocatrices, les densités graduées qui inspirent et expirent toute l'ampleur du sujet humain, ce que l'on nomme le symbolique?

Du coup, le sujet humain montre sa grandeur certes, mais aussi son unicité en ce monde qu'il tente de cerner tout en le chantant et le célébrant. Cette unicité est un versant d'une situation tragique: il est le seul à prendre parole, tout hors de celle-ci demeure muet, sans inscription préalable, pur jet de mouvement indéfini. Toute figuration comme toutes les modalités du discours qui appelleraient des finalités sont du ressort de l'humain. Voilà une mutation des systèmes de signification: le religieux et la science doivent saisir que les représentations du monde, immanentes aux mythes qui les sous-tendent, ne sont plus.

De la distance en la conscience

Ne peut-on pas avouer alors qu'en l'humain s'inscrit une distance, elle aussi un "hors-lieu" au sens où elle n'est pas cernable? Un état particulier du "soi". Qui serait-il, lui qui se voit et ne se voit pas, s'entend et ne s'entend pas, au double sens de l'ouïe et du connaître? Pur produit du social qui lui sert de médiation nécessaire et qui se projette en un au-delà, lieu d'un ou de plusieurs médiateurs devant lequel il s'impose la soumission et la vénération? (10) L'humain prend acte de ce qu'il peut appeler le tragique de sa condition. Seul être de parole, seul être de responsabilité, seul être en état de découverte. Seul dans l'immensité et le magma à peine esquissé des choses qui, à notre sensation et notre regard, bougent et "meuvent". (11) Seul aussi à exercer une responsabilité qui s'auto-détermine à même un ensemble de conditions de tous ordres non encore parfaitement décrites ou maîtrisées.

Une autre révolution éclaire et met en piste la mutation de la saisie du monde. C'est celle qui permit de remettre le social entre les mains de ceux et de celles qui s'interrogent sur la nature et les poids de l'autorité. Toute la mise en ordre du social selon une relation d'ordre, elle-même fondée selon la même relation, traduite souvent en acordant une priorité à la "nature", puis à la "trans-nature", bascule dans l'univers des personnes individuelles. Cette mutation des paramètres du social, donc de la cité, entame le procès de la reconnaissance de la souveraineté, de la liberté et de l'égalité en droit des personnes. Toute la figuration du social change: son image, sa dynamique, ses pratiques, ses institutions, son invention même. Ce passage s'accomplit toujours depuis la mise en place, toute provisoire alors, de l'Assemblée constituante qui s'est dotée des procédures appropriées afin d'assumer une responsabilité, l'unique responsabilité, celle d'êtres humains en invention de leur identité sociale et personnelle. On évoque ici les efforts de l'Assemblée nationale de 1789 afin de se légitimer. (12) Depuis ce jour, les célestes, les au-delà, les hiérarchies ontologiques, la nature, se transplantent en terre imaginaire.

    On voit que toute collectivité humaine est contrainte par sa division entre des individus et l'Individu en général qu'elle devient à elle-même, de se doter d'organes agissants à seule fin d'éviter la paralysie politique, même si elle refuse, dans un premier temps, de se donner un nom et de s'armer d'une autorité à la fois séparée et consubstantielle à la totalité de ses membres. Mais, sitôt que l'assemblée se sera dûment identifiée à un acteur unique et qu'elle sera nantie d'une autonomie à la fois réelle et fictive, les députés deviendront, en retour, des sujets-objets, des "créatures" de leur propre création; et ces créatures seront placées, selon des règles précises, sous la dépendance de leur propre existence collective. [...] Impossible d'agir en politique sans se constituer à la fois en sujet et en dieu transcendant à soi-même.[...] Chaque membre sera pleinement responsable de ses actes en tant qu'il se voudra tout ensemble un individu libre et un organe reconnu du corps institutionnel auquel il aura décidé d'appartenir - mais qui demeurera, en tant que tel, d'un "autre ordre". (13)

L'être humain "est donc consubstantiel à son idole et vice versa, parce que l'individu et la collectivité sont en interaction constante, ce qui les contraint à se prêter un mutuel appui." Il y a ainsi des objectivations sacrées du corps collectif de la société. Une invention des modalités propres de l'exercice du pouvoir permet de légitimer l'autorité et de la jauger. (14) D'où une neuve question dans et sur l'histoire des sociétés humaines. Cette Révolution s'associe à la quête anthropologique toujours en cours: existe-t-il une altérité au sein de l'humain? Quelle est sa profondeur? Quelle est sa pesée propre?

L'anthropologie hésita entre l'absorption de l'autre et la mise en question de l'être humain. (15) Elle fouille les traces de la vie, de l'amibe à l'homo sapiens sapiens, elle sonde les entrailles de la conscience, des tempéraments au mécanisme du rêve, à l'inconscient, au mimétisme, à une structure immanente, et même interroge la pensée, des Ioniens aux Postmodernes. Elle acquiesce aux. arts, dont les techniques, qui, elles, rendent une fois pour toutes Prométhée à Prométhée. (16)

L'imaginaire du social mute radicalement, car le pouvoir qui cimente les appartenances devient multiple au risque de se fragmenter en l'indéfini des souverainetés qui l'appellent. Nouvelle aventure de la conscience qui découvre son double enracinement: l'un en la souveraineté ouverte des personnes; l'autre dans un ensemble de conditions qui forme les périmètres d'une existence culturelle prise au procès de l'histoire, au procès de l'éclatement de la figure de l'espace-temps du monde et à celui d'une perméabilité dorénavant inévitable. (17)

Une anthroplogie de l'imaginaire

L'anthropologie des cultures creuse la culture. Autrefois enceinte incontournable marquée du sceau d'une Référence constituante et constitutive, la culture devient "fragilisée", poreuse. Ce qui, de l'identité des sujets dans la communauté culturelle, était donné par et dans la culture scellée par son unicité propre - au point de s'appartenir et de se définir contre les autres - devient l'interrogé. (18) La souveraineté des personnes travaille de l'intérieur ce que la religion-culture posait comme figuration complète du monde. La rencontre des cultures travaille de l'extérieur l'unicité déterminante de la culture et l'identité qu'elle constituait. L'anthropologie sonde donc la nature propre de la culture, mais surtout en elle, de l'humain qui s'y propose.

Or, la culture - du moins selon son dire propre, sa parole constituante et ses rites - a toujours proposé un espace-temps réel de survie et d'existence. Espace-temps réel, ontologiquement parlant, mais aussi psychiquement, en ce que cet espace était télécommandé par un ordre pré-défini et déjà médiatisé aux humains. Cette croyance formait l'assise des pensées et des discours sans que soit discerné l'imaginé et sa production. Les groupes humains, si divers par leur histoire, ont institué leur position dans le monde en se contre-distinguant par la proclamation de leur unicité: leur monde était complet en soi; articulé au point de rendre l'univers habitable sous la responsabilité de "ce qui se figurait existant". La mise en forme de l'ordre symbolique commandait tous les aspects de la vie jusque dans ses moindres détails. On a parlé d'une sacralité incontournable qui d'ailleurs rend caduque toute analyse critique qui n'est pas une forme de théologie.

Ainsi, en un sens, cette sacralité de la culture, porteuse de sa Figuration unique du monde, sanctionne tout le procès de l'identité. On peut dire que le sujet était possédé radicalement par cette figuration entière. L'individuel ne s'appartenait pas, il était un avatar de la Figuration globale et totale. (19)

La mouvance propre de l'anthropologie s'allie à la mutation initiée par la Révolution ainsi qu'à la rupture des représentations du monde depuis Galilée jusqu'à Einstein et pose, au-delà même d'une relativisation des valeurs fondées en autorité ainsi qu'en une raison, une intelligence prospective. C'est, au regard d'une science des religions, proprement un éveil. La science des religions pourrait bien être cette anthropologie en éveil. Se découvrant à tâton seul responsable de ses cris, de ses songes, de tous les signifiants inventés, l'être humain s'interroge à nouveaux frais: d'où et comment se regarder, se réfléchir et se doter de sens? Comment l'être humain "peut sortir de lui-même afin de comprendre sa propre identité, seule source d'intelligibilité réelle des sociétés"? (20) "Quelle est la nature de la distance relative que l'homme parvient à prendre à l'égard de lui-même?" (21) Tout en étant maître de l'éthique, comment se regarder au miroir de soi-même: "comment sortir du miroir pour se voir dans le miroir?" "Comment apercevoir le miroir en tant que tel?" (22) Les figures que l'on secrète seraient-elles magiques au point d'éclairer le sens de leur lumière? Seraient-elles des médiatrices nécessaires qui généreraient les comportements de soumission, nécessaires eux aussi à la formation du "lien social"? Ou le possible regard sur ces figures, ces parades, ces médiatrices, ces intercesseurs, n'ouvre-t-il pas un "lieu sans lieu" d'où surgit la quête? C'est elle qui porte l'interrogation, c'est celle-ci qu'il importe d'interroger.

La métaphore de la distance nous place sur une "piste" étrange: c'est qu'il n'y a aucune aune qui en permette la mesure. Le sujet humain, tout en procès qu'il soit, demeure in radice iconoclaste. (23) Il est hors-prise. Il se travaille au gré des circonstances et d'un mouvement impondérable des choses en tentant tant bien que mal de s'observer. S'observer signifie, à la limite, à prendre acte de son "lieu" pensé, souvent heuristiquement, par exemple, par diverses oppositions - matière et esprit, singulier et universel, ici et ailleurs, etc. Cette observation, activité immense à laquelle on n'accorde pas toute l'attention qu'elle mérite, s'est constamment développée et, en quelque sorte, dédoublée en techniques pouvant la desservir. L'observant n'a pas de lieu. Peut-on cerner cette faculté ou puissance du regard qui prend acte de son acte, mais non de son "espace"? Elle invente même les mesures des pesées qu'elle opère.

    Faut-il définir l'identité sociologique de chacun par la "médiation objective" du droit civil et de son acolyte, l'État, en arguant de l'autorité que la nation exercera sur la définition rationnelle de l'homme par l'homme, ou bien faut-il revenir aux prestiges et aux prodiges des puissances obscures, qui branchaient les esprits sur la magistrature mystérieuse que l'absence de l'homme à lui-même exerçait sur les consciences? [...] [car] les dieux et les nations sont censés réunir en leur sein une double identité: celle, temporelle, qui est le lot des vivants de passage sur terre, et celle, intemporelle, que la croyance des fidèles leur a forgée tout au long des siècles. Or, les deux personnages cohabitent dans toutes les têtes. (24)

Et voilà la difficulté de cette alliance. Ceci est à la fois ceci et cela: le sorcier est là et dans le corps de l'ensorcelé; la vierge au ciel et dans le village; la liberté, dans la Déclaration universelle des droits de l'homme et sur la scène politique; pour le savant, le réel, dans la nature et dans la théorie scientifique; le philosophe, l'Idée, dans l'entendement et dans les choses; le théologien, Dieu, au ciel et dans la chair du Christ.

    En l'homme-dieu, comme dans la démocratie, il y a union du réel et du ciel "sans confusion, sans changement, sans division, sans séparation, la différence des natures n'étant nullement supprimée par l'union, mais plutôt les propriétés de l'une et de l'autre étant réunies et sauvegardées en une seule personne.[...] Le même, parfait en divinité et le même, parfait en humanité, réellement Dieu et, le même, réellement homme."

Quelle est cette doublure en l'image de soi:

    Que signifie la double existence de l'homme et des dieux qu'il a fabriqués à son image, si le dédoublement de la conscience entre la terre et l'imaginaire révèle la double face d'un être déchiré? (25)

Si en l'identité, toujours à cerner, subsiste ce va-et-vient entre l'image qui s'invente et se crée - ouverte à un procès possible, nourrie par l'aptitude à créer au sein d'une communication inter et intra-personnelle -, et l'image qui forme le "corps" concret, actuel, auquel le sujet adhère parfois avec tellement de puissance qu'il s'y réfugie au point de bloquer son devenir possible et, par effet, de remplir l'image-en-invention d'une fixité sécurisante, l'humain n'est-il pas sans cesse piégé? Cette dialectique semble congénitale à l'espèce qui s'enferme en ce double miroir. Mais si l'attraction vers l'image à créer possède une "force" d'appel - quelles en seraient les conditions? - n'y a-t-il pas une autre image qui puisse devenir un phare, celle qui indique un être muté en responsable du destin de toutes choses? Mais est-ce vraiment une image, celle-là? Toutes les figures, tous les signifiants culbuteraient en leur finitude propre, bien dessinés dans leurs conditions dite contingentes par le regard qui se forge sur fond d'infini, c'est-à-dire de l'inimaginable, disons de l'impensable. Cet éveil serait en un sens terrible et fascinant: l'abandon d'une enfance enveloppée dans les langes sécurisantes des images d'antan; la lancée dans une aventure absolument unique, celle de créer littéralement le réel possible, issu des mains des humains.

Une science des religions

Ainsi ma proposition est simple. Le sujet en sa subjectivité "indicible" parce qu'indiscernable, ineffable, demeure le seul agent de sa propre mise-en-scène institutionnelle, là où il impose des "mesures" à sa "puissance", sa potestas, afin de la rendre "puissance de". Il s'invente à même les finalités qu'il définit et pose.

Cette mise, qu'elle soit codée sous l'impératif de la nature, de dieu, des mondes divins, de la Référence ou de l'espace mythologique, ne modifie en rien sa "réalité" d'être créée et objectivée avec une temporalité et un espace propres. Cette "réalité" ne peut par contre remplir le sujet. Celui-ci cependant risque de s'y méprendre et de croire posséder son sujet, manière de dire que le sujet tente de se fixer à une hauteur hors de toute mesure. Ainsi, par exemple, l'aveu d'une connaissance de Dieu peut apaiser, réconforter, orienter le sujet. Son pouvoir devient alors déterminé et justifié.

La science des religions, disons des "religions-cultures", n'a de propos que de creuser l'histoire des "mises en scène" avec tous les outils disponibles d'une observation - de la constitution de l'objet - et de pondérer les articulations spécifiques de la puissance, ses mesures et ses équilibres, à la lumière du sujet qui invente et cisèle ses mises en scène vers le futur. (26)

Or, ce sujet demeure (1) l'effet de l'instauration de sa puissance de dire, cette puissance dans l'histoire sous le mode de la souveraineté; (2) sous l'effet d'avoir mesuré sa puissance de faire la vie et la mort; (3) sous l'effet d'avoir pris acte de l'impossible conceptualisation de l'infini. Mais cet effet n'est qu'un indice d'une puissance subjectale en ouvre ici face à l'univers aux limites impensables.

D'où un constat. La science des religions-cultures est une opération qui instaure la mesure comme nouveauté. Non seulement elle ouvre à décrire l'histoire, à certains égards complexes, des us et des coutumes, des mours et des grandes figurations, mais à montrer ce qui a été pondéré en vue du possible que le sujet, responsable dorénavant de la vie et de la mort, voudra bien créer et incarner dans l'histoire. Car dans cette pondération qui se poursuit sans cesse subsiste la mesure même de la raison qui s'invente, la raison prospective.

Une plongée dans l'histoire des religions ne peut laisser le chercheur indifférent: sonder l'imaginaire devient son pain de vie car il y découvrira comment, sous les figures mettant en scène un ailleurs, tout céleste, tout olympien, tout essentiel, ou tout en rêve, c'est la vie elle-même et ses valeurs qui se jouent, c'est l'aspiration première à un "plus-être" qui se signifiait et qui se signifie.

Le regard se porte sur l'histoire des figurations parfois mortifères de l'être humain. Certes, on peut conclure par un langage de désespoir à une folie interminable, celle au prise avec la démence de la nuit. Cette science des religions conduirait à la déréliction, elle serait science du désespoir.

Mais l'école de la vie se dirige plus loin et plus haut. La science des religions tourne son regard ailleurs. Elles respecte toutes les exigences d'une acuité de l'observation. Elle tente par toutes les techniques possibles de reprendre les élans de l'histoire. Elle sonde les reins et les cours afin de rendre la parole aux actants du mouvement de l'histoire, attentive qu'elle est à cerner en tel lieu, à telle époque ce qui, dans l'ordre du factuel, subsiste, et comment cet ordre est posé dans celui de la signification. Au cour de cette recherche demeure l'invention de la lucidité qui s'est dotée aussi de paramètres critiques: depuis une reconnaissance du "réel spatio-temporel" infini (en état d'observation sans pro-jection et investissement) jusqu'à une raison forgée et burinée par une intelligence en éveil et iconoclaste qui porte la question d'une humanité à inventer. Or, cette question appelle une pesée des "choses". Le guide premier et fondamental est la liberté. C'est d'ailleurs, la condition de la question.

Mais cette liberté s'éclaire. Elle a plongé dans l'histoire à maintes reprises. Des voix toutes humaines l'ont chanté. Qu'est-ce qui, en nous, nous rend sensibles à ses voix et à son appel? La question de la pesée des "choses" pointe vers une responsabilité peut-être terrifiante: l'absence de l'autre indique la présence de l'autre, ici et maintenant, tourné vers demain. L'immédiat se nullifie par la pire des dissipations. L'opératoire et l'utile, deux modalités du même, rendent le mouvement fictif: il se bloque, il est tautologique, il se reprend mécaniquement. Machinerie de l'absurdité. Non bonum quia utile, sed utile quia bonum. Synthèse d'une sagesse qui transcende le temps, que Cicéron a captée dans son De officiis. (27)

La science des religions ouvre donc le débat tout entier de l'étude des humains. Il ne s'agit pas de rendre caduques les descriptions fines, les classifications, les représentations, le répertoriage, les numérations, bref de peupler la mémoire par le bilan des sources et des faits. Non pas de rendre caduques la sympathie, l'empathie et l'imagination. Il s'agit d'entendre, au double sens d'écouter et de comprendre, la parole de l'"esprit", le message, qui est lancé à la figure des siècles. Or, cette écoute ne peut faire fi d'un "esprit" qui tendrait l'oreille intelligente, oreille libre en train d'inventer une autre histoire.

La science des religions, en ce sens, a une portée éthique immense, parce qu'en sa démarche radicale, elle est une philosophie de la créativité humaine, celle qui crée du sens autorisé (28), mais toujours à inventer. Au nom même de ce sens, elle peut chercher à comprendre telle ou telle position religieuse. Et comprendre ne se résume pas à décrire ou à classer. Il suffit d'une pondération des valeurs en jeu dans telle ou telle scène. Or, cette activité indique que la science des religions tente de comprendre le procès de l'institution du sujet par le sujet en reconnaissant qu'il est libre de la figuration qu'il porte. On dira pour faire court, mais non sans voir qu'on évoque un thème immense, qu'il n'y a pas de modèle. Une philosophie de la création se crée dans l'histoire par le sujet, reconnu aujourd'hui en quête de soi dans un monde où ça ne parle pas.

Cette science ne saurait devenir une autre chapelle. Son éthique ne peut être que celle de la liberté. Elle s'en inspire, elle la propose et elle l'invente (29). En cela, elle est profondément une éthique (30).



Sommaire du numéro 13 | Page d'accueil








(1) Georges Tissot est professeur au Département d'études classiques et de science des religions de l'Université d'Ottawa.Retourner au texte



(2) D'où une question sur la mythologie inhérente aux discours proposés tant du c“té du religieux que de celui de la science.Retourner au texte



(3) Sans pouvoir le développer ici, la science des religions ouvre un questionnement des implicites mythiques dans les savoirs et les croyances. Par exemple, il importe d'être attentif aux discours de certains savants qui, tout en faisant appel à leur démarche scientifique propre, s'autorisent d'un récit sur le monde, le temps, la conduite humaine sans prendre acte d'une mythologisation implicite d'une part, et, d'autre part, d'un rehausement en retour et de la valeur du récit et de la valeur de la science. Ce qui offre à leur récit un coefficient de valeur. De même, une attention à la symbolique du temps inhérente aux structuralismes, ou à certaines approches psychanalytiques de la psyché, ou encore, plus prosaïquement, à la vision gestionnaire de la conduite humaine, pourrait éveiller, à tout le moins, l'attention critique. M. de Diéguez, Le combat de la raison. Paris: Albin Michel, 1989, 285 p., pose les fondements d'une science des religions; P. Legendre, Leçons VII. Le désir politique de Dieu. Étude sur les montages de l'État et du Droit. Paris: Fayard, 1988, 437 p., en filigrane, un appel à reviser le concept occidental de religion. P. Côté, "Les fictions politiques du croire. Ordre et désordre dans le combat des dieux", Séminaire, le vendredi 19 novembre 1993, Université Saint-Paul.Retourner au texte



(4) Que cet autre, ou ce qui est extrinsèque, soit représenté ou thématisé sous l'Un ou le Multiple importe peu. C'est l'institution du rapport avec toutes ses conséquences sur la conduite de la vie: par exemple, en institutionnalisant l'ordre dogmatique, l'intégrisme, le fondamentalisme. En somme, c'est l'institution d'un refus de questionnement et d'une pesée radicale de la situation de vie par l'intelligence.Retourner au texte



(5) Voir C. Delacampagne, Histoire de la philosophie au XXe siècle. Paris: Seuil, 1995, 386 p., pour un survol net, précis, articulé et problématisé de la philosophie au vingtième siècle; M. de Diéguez, Histoire de l'intelligence. Paris: Fayard, 1986, 402 p., ainsi qu'une esquisse d'une histoire de la philosophie d'Aristote à Sartre, à venir, qui serait une interprétation du destin de la philosophie conçue comme une histoire de l'imaginaire philosophique de la "civilisation occidentale" (communication de l'auteur).Retourner au texte



(6) M. Gauchet, Le désenchantement du monde. Une histoire politique de la religion. Paris: Gallimard, 1985. Voir d'ailleurs le positionnement de R. Lapointe par rapport aux thèses de Gauchet dans l'introduction &agrav e; son Socio-anthropologie du religieux. I, La religion populaire au péril de la modernité. Genève-Paris: Librairie Droz, 1988, p. 9-15; aussi les "Prolégomènes épistémologiques" dans Socio -anthropologie du religieux. 2, Le cercle enchanté de la croyance. Genève-Paris: Librairie Droz, 1989, p.13-103. Il importe de rendre compte de cette socio-anthropologie ailleurs.Retourner au text e



(7) M. Eliade, J. Campbell, et A. Eliot, D.-I. Lauf et E. Bührer, L'univers fantastique des mythes. Paris: Les Presses de la connaissance, 1976. Voir A.-M. Bilodeau, "Joseph Campbell: le jeu de l'éternité dans le temps", Religiologiques, 8 (1993), p. 182-203.Retourner au texte



(8) "Aristote, puis saint Augustin avaient déjà remarqué qu'on ne mesure le déplacement d'un objet qu'avec le secours bienveillant du temps et qu'on ne rencontre donc le mouvement que dans l'espace, alors qu'il faudrait également l'apercevoir dans le temps. Pourquoi le temps demeure-t-il i nvisible, alors que tout mouvement s'exprimant par le calcul d'une vitesse, il en résulte que la vitesse ne peut s'entendre qu'à la lumière du temps? La durée est une réalité qui escorte le mouvement dans l'étendue, et même qui le serre de près. Si le temps nous quittait, le mouvement ne serait ni enregistrable, ni concevable. Il doit donc exister un rapport entre l'espace, que le commun des mortels croit "visible", et le temps qui, d'un consentement unanime, échappe à nos regards. Mais quelle folie de croire qu'on voit l'espace! Comment l'étendue serait-elle observable en tant que telle? De plus, il serait contradictoire que l'espace fut fini - car il faudrait qu'il n'y eût plus d'espace au-delà de ses frontières, ce qui est inconcevable et enlèverait son sens au mot "frontière". De même, nul ne peut concevoir un "avant" ou un "après" du temps, puisque ces prépositions se réfèrent déjà au temps.
Qu'est-ce donc que la durée si elle se cache encore mieux que l'étendue, et si elle s'ingénie à me faire croire à tort que je vois l'espace, alors qu'un pacte secret de l'espace avec le temps fait tout le spectacle? En vérité, faute que je voie ce pacte, je ne vois ni l'un ni l'autre. Comment puis-je donc prétendre que je vois le mouvement? Et pourtant, une équation me démontre que l'étendue s'arrange pour se mêler aux heures en catimini. Einstein est pascalien." M. de Diéguez, "Einstein et l'anthropologie philosophique", Temps modernes, 49, 575 (1994), p. 86-87; voir, du même auteur, Le mythe rationnel de l'Occident. Paris: PUF, 1980, p. 51-62.Retourner au texte



(9) M. Serres, Le système de Leibniz et ses modèles mathématiques. Paris: PUF, 1982 [1968 en 2 vol.]; voir, dans l'édition en 2 vol., II, p. 650 et ss.; id., Hermès IV. La distribution. Paris: Éditions de Minuit, 1977. Pour une poétique du temps, de l'espace et de la science, voir, du même, Les origines de la géométrie. Paris: Flammarion, 1993. Ceci se relie aux recherches sur la poétique de l'espace (depuis Bachelard et G. Durand. Voir le Bulletin de liaison des Centres de Recherches sur l'Imaginaire, édité par L'Association pour la recherche sur l'image, sous la direction de J-J. Wunenburger, [diffusion, Amérique du Nord, F.R.I.S.Q., Sciences religieuses, UQAM]). En vue d'une problématique du regard scientifique et du rapport entre savoir et culture, parmi les nombreux ouvrages, je signale, sous la direction de Michel Serres, Éléments d'histoire des sciences. Paris: Bordas, 1989, 576 p. En particulier, de Michel Serres, "Préface qui invite le lecteur à ne pas négliger de la lire pour entrer dans l'intenion des auteurs et comprendre l'agencement de ce livre", p.1-15 et "Paris 1800", p. 337-361. Retourner au texte



(10) Comment jauger les limites des discours de Feuerbach, de Marx et de Durkheim?Retourner au texte



(11) Expression afin d'éviter le discours vitaliste et finaliste, autrement il faudrait écrire "se meuvent".Retourner au texte



(12) "Or, de la construction, par la société toute entière, d'un seul ou de plusieurs personnages symboliques, chargés de soutenir ses volontés et d'exprimer l'intelligence que le groupe se donnera de son existence spécifique, les efforts de l'Assemblée nationale de 1789 pour édicter des règles de fonctionnement élémentaire de la République témoignent avec éloquence; car on y assiste à la naissance saisissante du fondement politique de la religion, et cela sur le modèle feuerbachien, mais corrigé par l'intrusion des règles de la vie communautaire dans le mécanisme de l'"aliénation originelle." M. de Diéguez, Essai sur l'universalité de la France. Paris: Albin-Michel, 1991, p. 162.Retourner au texte



(13) "Qui ne voit que la religion fonctionne sur ce modèle?" Ibid., p. 164.Retourner au texte



(14) R. Debray, Critique de la raison politique ou l'inconscient religieux. Paris: Gallimard, 1987 (1981), 473 p.Retourner au texte



(15) Depuis l'exploration du monde par les voies de l'Atlantique, la question de la nature de l'humain n'a cessé de susciter un approfondissement de ce que porte l'humain en regard des autres êtres vivants et en regard du possible. Mais des champs de pensée se figent, qui en appellent à la nature, qui, à une sur-nature, qui, à un substrat culturel quasi intangible (légitimant l'ostracisme radical sous les formes connues de l'expulsion, du génocide, de l'ethnocide et du racisme) ou à un substrat primordial soit enraciné dans la conscience (intouchabilité de la croyance), soit dans une existence objectivée extrinsèque au monde, soit même légitimé par l'histoire, par la force ou encore par la science.Retourner au texte



(16) Voir G. Gusdorf dans le monumental Les sciences humaines dans la pensée occidentale. 14 vol. Paris: Payot, 1966-, en particulier, à partir du vol. III, La Révolution galiléenne. On aura reconnu les allusions à l'anthropologie du XVIIIe si&e grave;cle (voir M. Duchet, Anthropologie et histoire au siècle des lumières. Paris: François Maspero, 1971 [1994 avec une postface], 563 p.) ainsi qu'à Freud, R. Girard, C. Lévi-Strauss. Sur la pensée, je r éfère à M. de Diéguez, Une histoire de l'intelligence. Paris: Fayard, 402 p.; Id., La caverne. Paris, Gallimard, 1974, 1091 p.; et sur la post-modernité, voir la synthèse et la critique de H. Meschon nic, Modernité, modernité. Paris: Verdier, 1988, 316 p. L'aventure de Prométhée évoque toute la question de la conquête des feux du ciel par la maîtrise du nucléaire qui remet entre les mains hu maines un potentiel de destruction non mesurable.Retourner au texte



(17) Tout le procès de la rencontre des cultures appelle l'invention de terrains communs sous le signe d'ententes qui scellent des appartenances. Or, pour ce faire, il importe de cerner les rationalités qui les fondent. C'est toute la question du poids des valeurs de coexistence en regard de celles dont on croit qu'elles définissent l'identité. L'appel à une auto-critique est inévitable. Retourner au texte



(18) M. de Diéguez, "Identité et structure du sujet", dans Universalis, Paris, 1990, vol. 28, p. 67-77.Retourner au texte



(19) Ici, il ne s'agit pas d'un jugement de valeur ou d'un préalable au nihilisme. Il importe de reconnaître que sans cette "figuration", la conscience serait aveugle. Cependant, en cette figuration, elle est prisonnière de l'oubli de son travail propre. Encore que cette affirmation relève d'une conclusion de l'analyse proposée ici. Le sujet humain a constamment forgé l'objet. Cette mise, en quelque sorte cette position (acte de poser) de la forme, devient une donne parfois si lumineuse qu'elle capture et ensorcèle "son" sujet, mais elle peut être indice qui rappelle la distance et le ce-qui-l'institue. Le plus souvent, le monde fut une Figuration où tous les paramètres de la vie la parachevaient afin de constituer le sujet, tel sujet unique, c'est-à-dire dans un monde unique. Il s'oubliait en quelque sorte pour délester le face à face du même en se posant en regard d'un "Autre" par rapport auquel il s'involuait comme figure. D'où une espèce propre de mimésis. Cette histoire des Figurations des divers groupes humains semble à peine amorcée. Pour l'"Occident", voir R. Debray, Vie et mort de l'image. Une histoire du regard en Occident. Paris: Gallimard, 1992, 412 p., ainsi que le précédent, du même auteur, Cours de médiologie générale. Paris: Gallimard, 1991. Voir aussi le très beau et très riche ouvrage de A. Besançon, L'image interdite. Une histoire intellectuelle de l'iconoclasme. Paris: Fayard, 1994, 526 p.Retourner au texte



(20) M. de Diéguez, op. cit., 1989, p. 86-87.Retourner au texte



(21) R. Lemieux, "Chercher l'objet ou la question de l'éthique dans le champ du religieux.", Religiologiques, 9 (1994), p.157. Il serait souhaitable de s'interroger sur la nature de cette distance relative. Pourquoi "relati ve"? Une réflexion sur la nature de certaines expériences dans quelques traditions bouddhiques nous mènerait, peut-être, à reconnaître cette distance, surtout face à tout signifiant.Retourner au texte



(22) M. de Diéguez, op. cit., 1989, p. 85.Retourner au texte



(23) M. de Diéguez, Science et nescience. Paris: Gallimard, 1970, 548 p. (voir spécialement, p. 467 s.); "Identité et structure du sujet", dans Encyclopaedia Universalis, Paris, 1990, vol. 28, p. 67-77 . Ci-haut, n.18.Retourner au texte



(24) M. de Diéguez, op. cit., p. 89, 90.Retourner au texte



(25) Ibid., p. 91 (cite le texte du concile de Chalcédoine).Retourner au texte



(26) Voir le beau numéro Construire l'objet religieux, sous la direction de G. Ménard, présentation de L. Rousseau, dans Religiologiques, 9 (1994).Retourner au texte



(27) M. de Diéguez, op. cit., p. 102.Retourner au texte



(28) Il s'agit de souligner la nécessité d'une épistémologie critique sur la pesée de ce qui fait autorité.Retourner au texte



(29) Il reste à illustrer ce propos par un essai sur l'histoire des religions. Parmi les ouvrages récents, voir J. Waardenburg, Des dieux qui se rapprochent. Introduction systématique à la science des religions, traduit et adapté de l'allemand par Claude Welscher et Jacques Waardenburg. Genève: Labor et Fides, 1993, 210 p.; "Les sciences religieuses au Canada francophone", numéro spécial de Sciences religieuses, sous la direction de É. Lacelle, 21, 3 (1992).Retourner au texte



(30) La réflexion épistémologique n'est pas pour autant close. Au contraire, une recherche tant sur le langage et les métaphores que sur les polarités dogmatiques dans la vie de la psyché apparaît essentielle. Religion in History. The Word, the Idea, the Reality. La religion dans l'histoire. Le mot, l'idée, la réalité, sous la direction de Michel Despland et Gérard Vallée. Waterloo: Wilfrid Laurier University Press, 1992, 252 p. Voir J. Lacan, M. Gauchet, N. Charbonnel, M. de Diéguez, R. Debray et P. Legendre, entre autres.Retourner au texte