France Schott-Billmann,
2001, Le besoin de danser, Paris,
Odile Jacob, 238 p.
Après
Le primitivisme en danse (Paris,
Chiron, 1989) et Quand la danse guérit (Paris, La Recherche en danse, 1994), voici un nouvel
ouvrage de France Schott-Billmann, psychanalyste, art-thérapeute, enseignante
à l’université de Paris V (Sorbonne), spécialiste de
l’expression primitive.
Fondé,
comme les précédents, sur une pratique et une réflexion
originales et constantes depuis une vingtaine d’années, cet
ouvrage présente un moment particulier de la pensée de
l’auteur aux confins de l’anthropologie, de la psychologie et des
disciplines artistiques.
Passant
d’abord en revue l’expériences massive contemporaine des
danses populaires, dans leur environnement, leur cosmopolitisme, leur
syncrétisme et leur métissage culturel, France Schott-Billmann
nous entraîne à sa suite dans une double démarche : 1)
chacun d’entre nous, par l’expérience corporelle de
l’altérité et de la prise d’autonomie —
celle-là même qui différencie l’adulte du nourrisson
en ce qu’elle rejoue et actualise sans cesse le jeu d’Éros
et de Thanatos —, actualise les couples présence/absence,
visible/invisible ; 2) cela nous fait accéder au sentiment du
collectif dans le dépassement de nos limites. On trouvera notamment une
intéressante étude psycho-physiologique des états
modifiés de conscience dans la pratique de la danse.
Un
autre intérêt de cet ouvrage réside dans la pratique de la
réflexivité et de la distanciation proposée par
l’auteur lorsqu’elle examine la question très actuelle de
notre relation au « primitif », de son expérience
culturelle contemporaine, retrouvant là les références
incontournables des Picasso, des Kandinsky et des surréalistes
décrites avec une réelle érudition.
Comme
à son habitude, France Schott-Billmann, si elle se réfère
à sa discipline, la psychanalyse, sait ne pas réduire les
phénomènes étudiés au seul déterminisme des
mécanismes de l’inconscient et prolonge ses analyses aux plans du
social et du culturel. Elle produit ainsi un discours ouvert sur ce
qu’elle nomme « un théâtre enivrant »,
car les danses populaires « expriment l’identité
métisse de l’homme d’aujourd’hui […] font
émerger une troisième culture […] un nouveau regard sur la
vie ».
Nouveaux
rituels collectifs qualifiés par l’auteur d’athéistes, les danses populaires témoignent sans doute de
ce retour du sacré dans un monde qui avait cherché à
l’évacuer, tandis que se ré-enchantent nos corps dans une
ivresse jubilatoire, face cachée et sans cesse réprimée,
dionysiaque, d’un imaginaire méditerranéen
bimillénaire.
Ici,
l’exploitation des mythes fondateurs auxquels l’auteur nous renvoie
en fin d’ouvrage vient heureusement couronner, mettre en perspective, un
travail à inscrire au rang des contributions d’une anthropologie
de l’imaginaire des plus opératoires.
France
Schott-Billmann nous incite en tout cas, dans la rencontre de cette
réalité culturelle, à prendre au sérieux et
à respecter le vivant dans ses assomptions ludiques, pédagogiques
ou thérapeutiques ; elle propose une lecture alternative de notre
rapport à la société et au cosmos.
Georges Bertin
Institut de formation et de recherches en intervention
sociale ((IFoRIS, Angers)