Christopher Lamb et Dan Cohn-Sherbok, 1999, The Future of Religion :
Postmodern Perspectives,
Londres, Middlesex University Press, 255 p.
Un groupe de professeurs d’une
jeune université londonienne ont organisé ce collectif pour
l’offrir en hommage à Ninian Smart (1927-2001). Le geste est
approprié : en fondant (1967) le département de sciences
religieuses à la nouvelle université de Lancaster, Ninian Smart
établit le modèle en Grande-Bretagne pour plusieurs
réalisations institutionnelles coulées dans un moule
différent du vieux moule confessionnel. Ce philosophe de la religion,
qui commença par écrire sur la philosophie hindoue, fut aussi un
pionnier pour l’enseignement des religions dans les écoles et
montra la voie pour l’adaptation sociale aux réalités du
pluralisme religieux. À partir de 1976 il enseigna aussi à Santa
Barbara en Californie. Le volume contient la liste de ses écrits ainsi
que deux textes de souvenirs qui rendent un bel hommage à une
personnalité très attachante.
Quelques textes s’inscrivent
dans la tendance qui souhaite une meilleure collaboration entre
théologie chrétienne et sciences des religions. Smart prit un
tournant dans ce sens en 1990 ; un de ses émules se félicite
de ce que les faith communities aient maintenant leur mot à dire au sujet des
programmes scolaires d’enseignement religieux en Grande-Bretagne et
prévoit que cela sera bientôt le cas pour les programmes
universitaires. Mais tous les articles ne sont pas dans cette mouvance. Cinq
méritent le détour. U. King établit les faits quant aux
connaissances des religions de l’Asie acquises par Teilhard de Chardin et
corrige des erreurs d’interprétation sur les propos tenus par le
savant jésuite lorsqu’il dressait un contraste entre l’Est
et l’Ouest. L. S. Rouner montre comment les démarches
religieuses de Gandhi étaient à la recherche de « spiritual
power ». Après avoir caractérisé
l’approche des Lumières par le biais d’un examen de la
pensée de Jefferson, J. Clayton déplore l’emprise que ce
modèle de rationalité continue à exercer chez de nombreux
philosophes ; sans verser du côté des jeux de langage de
Wittgenstein, il propose de concevoir la rationalité comme étant
basée sur une contestabilité dans l’espace public et invite
les traditions religieuses à construire leur avenir à la suite de
telles discussions. J. R Hinnells nous fait réfléchir sur la
diversité des lectures (en anglais) de la religion de Zoroastre (avec
une erreur : Darmesteter était juif et non pas catholique). D.
Chidester raconte le rôle du rire dans les rencontres au XIXe
siècle entre Africains et missionnaires ; cela débouche sur
un examen de la souffrance et du rire dans l’étude des religions.
(Cet article est le seul à mes yeux à relever d’un certain
postmodernisme ; le sous-titre, donc, me semble inapproprié.)
Tous ceux qui ont connu Ninian Smart
(et ils sont nombreux) apprécieront le volume. Mais ce n’est pas
l’ouvrage indispensable pour réfléchir sur l’avenir
des religions.
Michel Despland
Université Concordia