Denise Aigle, Bénédicte Brac De La Perrière et Jean-Pierre Chaumeil (dir.), 2000, La Politique
des Esprits. Chamanisme et religions universalistes, Société
d’ethnologie, Recherches thématique 7, Paris, Nanterre, 443 p.
Cette publication est issue d’un
colloque qui s’est tenu en 1997 sous le titre « Le chamanisme:
perspectives religieuses et politiques ». L’avant-propos de
Roberte N. Hamayon nous renseigne sur les retombées des études
faites sur le chamanisme. Par exemple, selon cette chercheure
réputée, le chamanisme n’était pas à
l’origine axé sur l’aspect thérapeutique comme nous
le laisse croire l’intérêt des chercheurs.
Les textes rassemblés dans cet
ouvrage nous proposent d’observer les interactions qui existent entre le
chamanisme et les religions universalistes telles que le bouddhisme, le
christianisme et l’islam. Chacun des auteurs aborde l’étude
du chamanisme contemporain sur des territoires qui ont été soumis
à la colonisation et à l’implantation des religions
universalistes.
Ce qui ressort de cette publication,
c’est la capacité du chamanisme de s’adapter aux
différents contextes qui l’entourent. Maintes régions
vivent actuellement une revitalisation de leur chamanisme. Ce chamanisme
présente cependant de multiples formes de syncrétisme car il a incorporé
plusieurs influences extérieures en son sein.
Chacun des auteurs nous propose
l’étude de sa spécialité : les Puyuma de
Taiwan, le Cambodge contemporain et le messianisme, l’impact des
Pentecôtistes au Guatemala, les Kaingang du Brésil, les Kazakhes,
mi-soufis mi-chamanistes, ou encore la possession des Gwana du Maroc, etc.
Tous les collaborateurs de cet ouvrage
constatent que le chamanisme se transforme selon le contexte et selon les
contacts établis. Dans la plupart des cas, la revitalisation et la
transformation du chamanisme suivent une crise sociale, comme l’impact de
la répression de l’État et l’interdiction des
pratiques religieuses, ou encore le bouleversement causé par la
colonisation d’une religion universaliste.
Dans les analyses des auteurs, il est
souvent question d’une quête identitaire vécue par les
peuples chamanistes. La revitalisation du chamanisme se présente donc
comme une réponse, ou encore comme une réaction face aux
problèmes politiques et/ou sociaux. Le chamanisme est surtout un moyen
de gérer les changements sociaux en cours et il établit le code
moral d’une société (Didier Bertrand). La revitalisation du
chamanisme est nécessaire pour permettre une adaptation des
indigènes au monde moderne et à la technologie.
Le syncrétisme est très
présent dans les textes publiés. Plusieurs des auteurs
s’accordent à voir celui-ci non pas comme un malheur, mais
plutôt comme une nécessité de survie pour les peuples
chamanistes et parfois même comme une stratégie de paix (Jean-Pierre Chaumeil).
Rappelons-nous que le chamanisme a toujours été enclin à
une ouverture sur le monde, ce qui en fait, pour certains, un modèle
à suivre.
Catherine Laflamme
Université du
Québec à Montréal