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Michel Théron, 2001, Les deux visages de Dieu. Une lecture agnostique du Credo, Paris, Albin Michel, 280 p. |
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Lauteur, professeur de littérature qui maîtrise grec et latin, a remarqué des différences entre les deux confessions de foi de lÉglise ancienne, soit entre le Symbole des Apôtres (ci-après : A), diffusé en latin à partir de Rome et qui devint reçu dans les Églises de lEurope occidentale, et le Symbole de Nicée (ci-après B), adopté en grec en 325 (donc à peu près contemporain de A) et diffusé à lOuest comme à lEst, mais qui nest vraiment central que dans la liturgie des Églises orthodoxes. Le métier de lauteur lamène à chercher non ce que le texte veut dire, mais ce quil peut dire. Cela permet à ce savant, peu initié au métier des exégètes et historiens des dogmes, de mettre en avant une lecture qui renouvelle le regard. |
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Trente et un chapitres identifient et analysent autant de divergences de sens entre A et B. A est plus factuel, littéral, physique. On y apprend que Jésus est né. B est plus métaphysique, spirituel ; plus mystique, plus symbolique, dit la. On y apprend que le Christ a pris chair. A raconte une séquence théologico-historique. B élève le regard vers lintemporel. La. voit là deux voies pour le christianisme et préfère la seconde. Alors que A favorise un dogmatisme qui bloque les possibilités du langage, B invite les interprétations symboliques. La. ajoute donc une théorie du symbolisme religieux à sa lecture des textes. On pourrait répliquer, appuyé sur la narratologie, que A est aussi capable de mettre en branle des mécanismes de pensée. La. tisse aussi dans son essai des considérations psychologiques sur lévolution au cours des trois premiers siècles du dogme christologique. Je ne le suivrai pas sur ce terrain. Je conclus que létude minutieuse, pleine daperçus sur les problèmes de traduction, montre bien les fruits dune méthode littéraire, avance un argument irréfutable dans ses grandes lignes, et mérite lattention. |
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Cet ouvrage me permet aussi didentifier trois problèmes de méthode que doivent affronter tous ceux qui entreprennent dinterpréter ou danalyser le devenir dune religion. |
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1. Étant admis que toute grammaire limite et oriente ce que peut dire une langue, peut-on passer simplement de généralisations sur les langues latines et grecques à des portraits généraux du christianisme occidental et de loriental ? Passer des textes à leur impact sur la vie nest pas chose aisée. De plus, pour saisir la différence entre Paris et Moscou, ne faut-il pas plusieurs autres généalogies que celle, certes précieuse, qui remonte aux divergences entre deux textes du début du quatrième siècle ? |
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2. Peut-on vraiment présenter aujourdhui le christianisme comme étant bipolaire ? Les chrétiens dAsie, dAfrique et dAmérique latine pèsent de plus en plus lourd dans la démographie, et lapparition des protestantismes au XVIe siècle a fragmenté le pôle occidental. (Je trouve significatif que presque toutes les allusions au protestantisme ne font quindiquer quelles sont les croyances catholiques que les protestants rejettent.) Et à force de penser en termes de " deux visages ", nen arrive-t-on pas à sinstaller dans le point de vue de celui qui trouve un bon larron à sa droite et un mauvais à sa gauche ? Lessai certes se doit dêtre bi-polaire lorsquil traite de deux credos, mais me semble devoir devenir multi-polaire lorsquil veut aller plus loin. |
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3. Le christianisme, ou toute autre religion, devenu objet de connaissance ou dinterprétation par un agnostique, peut-il être autre chose quun objet de connaissances historiques ? Et en cela comparable à, disons, la Révolution industrielle ? Pourquoi garder limpression quen sapprochant dune religion, on sapproche du Mystère de lÊtre, ou de la sagesse ultime ? Après tout, pour prendre un autre exemple, une étude approfondie de la décolonisation ne fera pas quexaminer froidement des faits économiques et militaires mais entrera dans des domaines culturels, passionnels, spirituels et politiques, dans les domaines des idéologies, des rêves, des religions. Bref, faut-il considérer les religions comme objets de connaissance spirituellement privilégiés, théologiquement plus prometteurs que les sujets dits profanes, et que les positivistes ne sont pourtant pas les seuls à étudier ? |
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Bref, Les deux visages de Dieu nous donne une analyse littéraire de grand mérite et avance aussi largumentaire dun essai plus théologique quagnostique, qui me semble sinscrire dans la tradition des lectures rigoristes du catholicisme faites pour mieux pouvoir sen distancer. |
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Michel Despland |
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Université Concordia |