Catherine Siguret,
journaliste et chroniqueuse, n’est pas méconnue du monde médiatique français.
Comptant plusieurs livres à son actif et ayant touché à plusieurs genres
littéraires dont le roman, l’essai et la biographie, elle nous offre ici un
petit livre tout en couleur, dans la lignée des abrégés de type digest. À côté d’un Moïse rose monochrome très
pop’art, la mention «se cultiver en s’amusant» sur la page couverture annonce
le caractère grand public de l’ouvrage. Avant d’aborder les questions
proprement dites, il est signalé au lecteur qu’il peut jouer avec le livre, «
en famille ou entre amis, de 7 à 77 ans. » (p. 9). L’auteure précise en
préambule l’objet du livre : «…la partie de la Bible que les chrétiens
appellent «Ancient Testament» et les juifs «Tanakh
» (p. 11) et donne la source des références : la traduction de Zadoc Kahn, publié en 1994 aux éditions Sinaï. L’ouvrage
n’est pas divisé en grands thèmes ni organisé d’après une typologie des
questions. Sans chapitre, il suit l’ordre de compilation des
textes (Isaac vient après Abraham, Abraham après Noé, etc.) La première question porte sur le nom
des cinq livres du Pentateuque. On récolte un point par bonne réponse (un
point supplémentaire si l’on procède à une énumération bien ordonnée). La
seconde question : « Quel nom porte chacun des cinq premiers livres dans
le judaïsme? » peut étonner. Qui peut se vanter de savoir qu’après Béréshit et Chemot viennent Vayikra, Bamidbar et Devarim? On comprend mal
pourquoi les noms hébreux n’ont pas été simplement intégrés aux éléments de
réponse de la première question. Semblablement, on demande à la question 91
de recenser les différents noms de Dieu et à la question 147 de citer «ceux
qu’on appelle les douze petits prophètes». On peut alors à bon droit se
demander si l’opuscule n’aurait pas été conçu comme aide-mémoire pour des
élèves de yeshivot. Dans l’ensemble, l’auteure donne
beaucoup d’informations et parvient plus d’une fois à rendre ses réponses
didactiques. Par exemple, à propos du décalogue (p. 69), elle précise bien la
distinction entre les «dix paroles» et les 613 mitsvot, en plus d’expliciter
la nuance entre les termes shamor (souviens-toi) et zakhor (observe) qui ouvrent respectivement dans l’Exode et le
Deutéronome les passages où Moïse déclame devant son peuple les termes de
l’alliance. Au sujet du «premier homme» (p. 6),
elle fait œuvre d’exégète. Revenant sur l’équivoque du terme tsèla֙, traditionnellement traduit par côte, mais qu’il serait plus juste de
traduire par côté, elle opte pour
la thèse de la connaturalité et donc pour le mythe de l’androgyne, allant à
l’encontre des idées reçues. Elle ne pousse toutefois pas beaucoup plus loin
l’examen philologique. Par exemple, lorsqu’est abordée la fuite d’Égypte (p.
65), il est fait mention de «la mer», là où les mots hébreux yam suf (littéralement eau de roseaux) laissent
présumer une fuite à travers les marécages. Quant aux développements
entourant la péricope du Déluge (p. 24), il aurait sans doute été heureux d’y
voir exposer quelques éléments de comparaison entre le texte de la Genèse (7,
1-8,22) et certains récits de déluge antérieurs (les épopées d’Atrahasis et de Gilgamesh, entre autres). Or, il n’en est
pas même fait mention. Peut-être cela s’explique-t-il par le souci qu’a
l’auteure de bien circonscrire le texte autour du seul Tanakh? Mais alors, comment expliquer le portrait historique du
mur des Lamentations (p.191) ? En réponse à la 134e
question, portant sur les sept cents femmes du roi Salomon, on est étonné de
lire que: « Les chiffres de la Bible ne sont pas d’une scientificité absolue
» et que « c’est l’image qui compte ».
Dans la mesure où Siguret ait pu considérer
que cela n’allait pas de soi pour le lecteur, il aurait été judicieux de
placer ce commentaire, sinon en introduction, du moins plus tôt dans
l’ouvrage - à la question 23, par exemple, traitant du vieux Mathusalem. Plus étonnante encore est la brève
incursion du discours idéologique au beau milieu de l’ouvrage. À l’épineuse
question « Que recommande Dieu vis-à-vis du non-Hébreu? » (p. 97) l’auteur,
s’appuyant sur un passage du Deutéronome
(10, 19), répond simplement que Dieu recommande au fidèle d’aimer
l’étranger, tout en spécifiant au passage que «Cette prescription morale à
titre individuel n’empêche pas les épisodes sanglants en cas de guerre, pour
défendre des valeurs (la liberté notamment…) ». Il semble que Siguret manque ici l’occasion de nuancer ces épisodes
sanglants par la mise en lumière des contextes de rédactions (auteurs,
époques, mentalités), au lieu de quoi elle les balaie sous le tapis en usant
d’une rhétorique politicienne, faisant des Hébreux les garants de la liberté
antique, ce que contredit la Bible elle-même (cf. Dt
20, 10-19; Jos 8, 1-29). Somme toute, l’ouvrage est inégal
malgré ses passages instructifs et quelques étymologies intéressantes.
L’auteure semble peu sûre de la perspective générale à adopter dans son
élaboration et cela est particulièrement manifeste dans ses prétentions
ludiques. Si pour l’amateur d’histoire et de mythologie les noms de Remus et
Romulus peuvent prêter à sourire lorsqu’associés aux deux premiers fils d’Adam
et Ève (p. 20), il n’en va pas de même pour tous. Et c’est sans doute pour
satisfaire à l’entreprise humoristique annoncée en frontispice que l’auteur
est amené à semer çà et là dans ses choix de réponse quelques variétés de calambours hasardeux,
mais «disponibles». On en ressort avec l’impression que le pari n’a pas été
tenu in extenso. Lien: http://www.religiologiques.uqam.ca/recen_2015/2015_a_CSiguret.htm
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