Bien
qu’elle ne soit née qu’au tournant de la seconde moitié du XXe
siècle, la Wicca constitue aujourd’hui un mouvement religieux
particulièrement dynamique. Dans Wicca :
History, Belief, and Community
in Modern Pagan Witchcraft, Ethan Doyle White,
archéologue et chercheur en Pagan Studies affilié à la University of College London, en offre
un portrait général qui s’appuie à la fois sur des écrits de pratiquants et
sur des recherches scientifiques. Après
une introduction présentant notamment la terminologie (l’étymologie du mot
« Wicca » lui-même et la notion de « sorcellerie » pour
la désigner) ainsi que la façon dont la Wicca est conceptualisée (comme une
tradition « païenne », « centrée sur la Nature » et
« occulte »), l’ouvrage se découpe en trois parties. Dans
la première partie, « Wiccan
History », l’auteur s’intéresse à son développement, depuis sa
création en Angleterre à la fin des années 1940 jusqu’à sa
transnationalisation dans le reste du monde à partir des années 1960. Doyle
White documente, de manière très détaillée, la fondation de la Wicca par un
britannique, Gerald Brousseau Gardner (1884-1964), suite à son retour en
Angleterre (chap. 2 et 3). Passionné d’ésotérisme, cet ancien fonctionnaire
colonial façonna son propre système « magico-religieux »
(p. 5) en combinant plusieurs éléments pseudo-historiques (la théorie
d’un culte de fertilité paléolithique qui aurait perduré clandestinement à
travers l’histoire), cosmologiques et rituels (dont ceux de la magie cérémonielle
d’Aleister Crowley, de la Franc-maçonnerie, du
spiritisme et de la Société Théosophique). Tout en se développant localement
du vivant de Gardner, la Wicca s’est également diffusée à l’échelle
internationale, grâce à deux facteurs : l’installation de pratiquants
britanniques dans d’autres pays, principalement aux États-Unis et en
Australie, et la publication des premiers guides de présentation de la
tradition, permettant ainsi à chacun de s’auto-initier (chap. 4 et 5). Sous
l’influence de l’arrivée massive de militants féministes, gays et
écologiques, la Wicca prit sa forme actuelle au cours des années 1970 et 1980
(chap. 6) : une religiosité qui a pour trait commun la célébration de la
Nature via, entre autres, des pratiques magiques, mais qui se subdivise en
différentes branches, se distinguant selon leurs origines (comma la Wicca
« gardnérienne » qui revendique
l’héritage direct de Gardner), leurs publics (avec certains groupes réservés
uniquement aux femmes ou aux hommes homosexuels) et leurs orientations
théologiques (comme le mouvement du Reclaiming Witchcraft, forme d’écospiritualité
féministe). Durant les années 1990 et jusqu’à nos jours, la Wicca gagna
encore en popularité, tout particulièrement auprès du public adolescent, en
raison du succès de films et de séries télévisées mettant en scène la
sorcellerie, de la parution de nouveaux livres d’auto-initiation et de
l’usage de plus en plus généralisé d’Internet (chap. 7). Dans
la seconde partie, « Belief and Praxes », Doyle White expose les principes
centraux du système de représentations et de rites de la Wicca. D’un point de
vue religieux, celle-ci s’articule autour de deux grands éléments :
l’exercice de la magie qui, tout en reposant sur une morale et une éthique
précise, permet à ses pratiquants de manipuler les énergies naturelles dans
des buts divers (chap. 8 et 11) ; et la vénération d’un couple divin —
le « Grand Dieu » ou le « Dieu Cornu » et la
« Grande Déesse » (chap. 9). Sur le plan sacerdotal, deux types de
modalités organisationnelles se rencontrent aussi avec, d’un côté, des
pratiquants se réunissant en groupe (appelé coven), placé sous la direction
d’un « Grand Prêtre » et/ou d’une « Grande Prêtresse »
et, de l’autre côté, des individus vivant seuls leur religiosité
(chap. 10). Exécutées en solitaire ou collectivement, les pratiques
rituelles wiccanes sont multiples : rituels magiques effectués selon des
intentions particulières, cérémonies saisonnières suivant le calendrier
liturgique wiccan (la « Roue de l’année ») et rites de passage
soulignant autant la naissance, la conjugalité, la mort ou tout autre
événement jugé important (chap. 12, 13 et 14). La
troisième et dernière partie, « Wiccan
Life », est un aperçu des caractéristiques socioculturelles majeures
de la communauté wiccane, établie maintenant partout sur la planète. À partir
d’une synthèse de la littérature savante, Doyle White décrit le processus de
conversion à la Wicca en insistant sur le « comment » et le
« pourquoi » (chap. 15). Même si leurs trajectoires spirituelles
sont toujours singulières, il semble que les pratiquants ont choisi cette
tradition pour les mêmes raisons : l’accent mis sur le féminin sacré,
l’éthique d’harmonie avec la Nature et le pouvoir de libération et de
croissance personnelle qu’implique l’utilisation de la magie. La mobilisation
de la littérature existante permet à l’auteur d’aborder également d’autres
aspects de la communauté wiccane : le nombre de pratiquants et
leurs profils sociodémographiques ; la présence de la Wicca en
ligne ; ses différents statuts juridiques de par le monde ; et
diverses manifestations de la culture wiccane, comme la musique, l’humour ou
la tenue de festivals wiccans (chap. 16 et 17). Pour terminer, Doyle White
dresse un historique de la recherche sur la Wicca, en commentant aussi bien
les premières enquêtes scientifiques qui l’ont prise pour objet d’étude que
les travaux menés plus récemment (chap. 18). Structuré
autour de chapitres bien agencés et synthétiques, l’ouvrage de Doyle White
est une excellente présentation de la Wicca qui s’arrête sur tous les aspects
essentiels de ce mouvement religieux. Rédigé dans un langage clair et
accessible tant aux néophytes qu’aux chercheurs, il contient une multitude de
références toujours finement contextualisées en fonction de la position de
leurs auteurs (pratiquants ou chercheurs), dénotant un travail
bibliographique considérable. En début d’ouvrage, Doyle White indique qu’il
souhaite offrir aux étudiants, chercheurs et lecteurs curieux une
introduction académique sur la Wicca : pari entièrement réussi, faisant
de ce livre une référence désormais incontournable. Lien: http://www.religiologiques.uqam.ca/recen_2017/2017_EDoyleWhite.htm |