Résumés no18

 

CLAUDE RIVIÈRE

RÉACTIVATIONS ET RÉINTERPRÉTATIONS DE LA MAGIE

Constatant le nomadisme actuel à la périphérie ou hors des religions instituées, on s'interroge sur un réenchantement de la vie par l'occulte, en examinant les manières dont le monde moderne incite au questionnement ainsi qu'au voyage spirituel et rituel dans la zone informelle du sacré couverte par ce que les religions du Livre ont marginalisé comme magie, superstition, sorcellerie, diablerie, chamanisme. Le fonds de croyance en l'ésotérisme est mis en relation avec diverses variables : lieux, causalités, contenu, contexte actuel de recherche du sens de l'existence. Entre les formes de sorcellerie en Europe et en Afrique, des interinfluences se révèlent : dévitalisation et satanisme, notamment, mais réinterprétés dans un nouvel environnement social. Quant à l'engouement pour le chamanisme revisité et pour la cure de guérison guidée éventuellement par quelque gourou à la Castaneda, il apparaît surtout comme résultat d'un bricolage dont nul ne sait véritablement l'issue à moyen et long terme.

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JEAN-BRUNO RENARD

ÉLÉMENTS POUR UNE SOCIOLOGIE DU PARANORMAL

Situé aux marges de la science comme de la religion, le «paranormal» constitue un objet complexe, trop délaissé par la recherche sociologique. Cet article tente de montrer que les croyances au paranormal relèvent de types sensiblement différents. Trois modèles majeurs sont définis : les croyances périreligieuses (Diable, anges, miracl, etc.), qui accompagnent une forte intégration religieuse traditionaliste, les croyances parareligieuses (astrologie, réincarnation, etc.), qui s'associent à une intégration religieuse moyenne, suscitant des syncrétismes nouveaux, enfin les croyances parascientifiques (ovnis, extraterrestres, monstre du loch Ness, Yéti), qui sont inversement corrélées aux croyances et aux pratiques religieuses, auxquelles elles se substituent souvent.

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ANDRÉ MARY

LA DIABOLISATION DU SORCIER ET LE RÉVEIL DE SATAN

Les Églises prophétiques et les mouvements de Réveil participent au «retour du diable» sur la scène religieuse africaine d'aujourd'hui. Depuis l'inculturation première de Satan amorcée par les missionnaires, le procès de diabolisation des forces du paganisme a en fait une longue histoire. On se propose de restituer ici les enjeux anthropologiques de ce procès en prenant en compte le travail symbolique d'appropriation de la figure du Diable au sein d'un culte syncrétique du Gabon, le Bwiti des Fang. La mythologisation de cette chose informe qu'était l'evus, le principe sorcellaire, en Prince du Mal, a pour envers l'élaboration d'une anthropologie qui s'efforce de répondre au défi que représente le dualisme chrétien : comment être fort et bon à la fois? Sur le plan des pratiques qui permettaient de lutter contre la sorcellerie, il s'agit de ménager à la fois la conjuration du mal issu de l'autre persécuteur et la réconciliation sociale. Les Églises prophétiques et pentecôtistes qui renouent avec l'exorcisme et la confession diabolique s'efforcent également de concilier la diabolisation de l'autre et l'euphémisation de l'accusation.

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ANNE-MARIE VUILLEMENOT

CHAMANISME AU KAZAKHSTAN : RENOUVEAU ET TRADITION

Ce texte présente des données ethnographiques récentes sur la situation du chamanisme au Kazakhstan. La situation des pratiques en ville se différencie de celle des campagnes. Si l'on peut parler d'un renouveau en ville, il convient de souligner la continuité et l'importance du rôle du chamane dans les campagnes. La juxtaposition d'expressions soufi et chamanique nécessite une redéfinition de la personne et du rôle du baksy. L'exposé de deux observations faites à Almaty et dans les steppes de Taldykorgan révèle la diversité de la manière kazakh d'agir en baksy. Ce terme, en ce qu'il respecte les catégories indigènes d'alliance de soufisme et de chamanisme, apparaît comme le plus approprié pour énoncer les modalités kazakh de pratiques rattachées historiquement et culturellement au chamanisme.

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CONSTANT HAMÈS

MAGIE, MORALE ET RELIGION DANS LES PRATIQUES TALISMANIQUES D'AFRIQUE OCCIDENTALE

La magie à écriture islamique connaît de nos jours un succès de librairie considérable. Mais qui peut en faire usage, et comment? À partir de données provenant d'Afrique occidentale et de la littérature islamique historique, l'analyse essaie de montrer que l'élément déterminant de l'activité magique se situe dans la confrontation et l'intrication des rôles au cours de la consultation donnée par le magicien à son client. L'absence de tabou dans l'expression des besoins et la recherche exclusive d'efficacité aboutissent à des positions caractéristiques de ce type de magie vis-à-vis de la morale et de la religion ambiantes.

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RÉGIS DERICQUEBOURG

LES RELIGIONS DE GUÉRISON. PERSPECTIVES SUR UNE RECHERCHE

Cet article expose une recherche en cours sur les religions de guérison. Après avoir rappelé les liens étroits qui se sont tissés entre les religions et la santé, l'auteur remarque que des groupes religieux minoritaires (l'antoinisme, la Science chrétienne, l'Église de scientologie, Invitation à la vie) font passer au premier plan la thérapie spirituelle. Il repère dans ces mouvements spécialisés une réalité socio-religieuse qui fait appel à des modalités psychologiques particulières chez les fidèles.

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VALÉRIE ROCCHI

L'ASTRO-THÉRAPIE : EXEMPLE D'UNE ALLIANCE PSYCHO-RELIGIEUSE AU SEIN D'UNE VOIE DE SALUT SÉCULIÈRE

La rencontre des «nouvelles thérapies» et des croyances ésotériques, dont l'intérêt s'est accru fortement ces dernières années, a créé des hybrides d'un genre nouveau. L'astrodrame, alliance de l'astrologie et de la psychologie, illustrera ces phénomènes aux frontières du religieux. Pourquoi a-t-on recours à ce type de pratique et quelles sont les logiques d'adhésion? Suffit-il qu'il y ait utilisation de symboles religieux pour pouvoir les considérer comme des religions «potentielles»? Cet article tentera de répondre à ces questions essentielles selon l'auteur.

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ANNE-MARIE LOSONCZY

LE SAINT ET LE CITOYEN AU BORD DES TOMBES. SANCTIFICATION POPULAIRE DES MORTS DANS LES CIMETIÈRES URBAINS COLOMBIENS

L'investissement rituel intense et continu des cimetières urbains colombiens depuis une trentaine d'années constitue une pratique de laïcs sans ébauche d'institutionnalisation ni émergence d'officiants spécialisés. Il est centré sur une transformation rituelle continue de certaines catégories de morts récents en figures de recours sanctifiées. Ces figures sont entourées de pratiques culturelles, iconographiques et scripturaires. On a affaire ici à des pratiques symboliques de réparation des ruptures spatiales et temporelles liées aux migrations-fuites vers les villes devant la violence collective incessante qui, depuis des décennies, parsème la campagne colombienne de morts non enterrés et non honorés. L'analyse vise à faire apparaître le rôle de pivot de telles pratiques dans la transformation d'un deuil collectif diffus en un nouveau type de mémoire collective.

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CHRISTIAN BERTAUX

L'HISTOIRE DE KOULIBALI, L'IMMORTEL ET DE DADOUMA, LE MARABOUT GÉOMANCIEN MINYANKA

Lorsqu'on fait du terrain en pays bambara ou en pays minyanka au Mali, l'ethnographe intéressé par la vie quotidienne villageoise rencontre inévitablement les pratiques des devins, des marabouts et des féticheurs. Or, dans l'entre-deux de la brousse et du village, de la mosquée et de la gendarmerie, ces pratiques renvoient de façon récurrente au registre du sacrifice humain interdit au Mali. L'ethnologie aurait-elle les moyens d'appréhender ce type de phénomène? Au travers de l'histoire de Koulibali, l'immortel et de Dadouma, le marabout géomancien minyanka, c'est tout le projet classique des sciences qui est interpellé et remis en chantier par les prescriptions sacrificielles des devins bambara et minyanka.

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ANDRÉ JULLIARD

DONS ET ATTITUDES RELIGIEUSES CHEZ LES LEVEURS DE MAUX EN FRANCE (1970-1990)

Il existe une catégorie de guérisseurs bien représentée de nos jours, notamment en France, qui pratiquent en récitant une prière secrète (le don) à caractère médical et religieux (catholicisme) sur les symptômes corporels de la maladie. Chaque texte de prière (dont plusieurs ont une histoire écrite) est un court récit. Ce récit évalue l'énergie du mal représenté comme une force agressive «de la Nature» envahissant le corps pour, à terme, tuer le patient. Il raconte par ailleurs comment un thérapeute divin (Jésus-Christ, la Vierge Marie ou Dieu) l'a vaincu au cours d'une rencontre qui fonde l'acte thérapeutique originel, établit la lignée des leveurs de maux (i.e. les propriétaires successifs et inconnus de la prière) et légitime le droit de réciter le don. Il transmet enfin la formule qui, par les mots, «lave» l'organisme du mal et le rejette de cette manière dans son lieu d'origine. L'orant s'efface derrière le thérapeute divin en lui rappelant que Celui-ci est l'inventeur de la prière secrète.

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LOUISE LACHAPELLE

CROYANCE ET OBJET D'ART

Comparer les motifs de la croyance tels qu'ils se rencontrent aujourd'hui dans certaines réflexions théoriques sur l'art confirme que la présence du religieux ne s'y limite plus à un usage métaphorique, à cette forme de régression vers le religieux que dénonce Michel de Certeau dans La Faiblesse de croire. Cependant, on ne peut nier qu'elle soit encore un indice d'une insuffisance de la réflexion, d'un déficit de la pensée éthique. Dans le domaine de l'art, la fonction du concept de croyance se rapproche parfois d'un investissement religieux de l'ordre social, d'une restauration de la croyance pragmatique qui laisse en suspens l'énigme que posent ensemble le social et le sens.

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FRANÇOIS NAULT

«QU'EST-CE QUE DIEU? QU'EST-CE QUE DIEU?» : À PROPOS D'UNE INSISTANCE DE BERNARD DE CLAIRVAUX

«Quid sit Deus?» «Qu'est-ce que Dieu?», demande Bernard de Clairvaux dans De la considération. «Qu'est-ce que Dieu?», répète-t-il. Dans la seule section finale, qui correspond à la 5e lettre adressée par Bernard au pape Eugène III, cette question revient à onze reprises. Cet article tente de mesurer la portée de cette insistance et d'évaluer son effet de désistance à l'égard d'un certain ordre de pensée. Il s'agit en outre de dégager ce qui est en jeu exactement dans la réponse surprenante qu'elle entraîne, en montrant en quoi cette (non-)réponse &emdash; qui relance sans cesse le mouvement de l'interrogation &emdash; s'inscrit dans le champ contemporain du pensable. Cet article s'arrête également à la question «qu'est-ce que Dieu?», à sa formulation, aux conditions de son énonciation après la «mort de Dieu» et la critique heideggerienne de l'onto-théologie.

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GIUSEPPE A. SAMONÀ

LA «MORALE» DE BARTOLOMÉ DE LAS CASAS ENTRE PASSÉ ET FUTUR

Cet article se présente sous la forme d'une synthèse analytique de deux comptes rendus de lecture. L'auteur résume d'abord le propos de Marianne Mahn-Lot dans Las Casas moraliste (1997). La figure et l'action de Bartolomé de Las Casas y apparaissent comme révélatrices d'une grande «conversion» à la cause des Indiens d'Amérique. L'auteur analyse ensuite quelques autres sources qui ramènent à des proportions plus réalistes l'enthousiasme de Mahn-Lot face à Las Casas.

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