Résumés des articles du numéro 17


 

 

Aldina DA SILVA

Offrandes alimentaires aux morts en Mésopotamie

Selon les croyances populaires mésopotamiennes, les morts ne pouvaient continuer «à vivre» dans le monde d'en-bas si les vivants ne leur donnaient pas de l'eau et du pain. De leur côté, les vivants avaient tout avantage à ne pas oublier les soins alimentaires qu'ils devaient fournir aux défunts. En cas contraire, ils pouvaient eux-mêmes en mourir. Cet article montre comment les offrandes alimentaires créaient une grande solidarité entre les vivants et les morts. L'existence des uns et des autres était de la sorte préservée.

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Jean DUHAIME

Lois alimentaires et pureté corporelle dans le Lévitique. L'approche de M. Douglas et sa réception par J. Milgrom

Dans le premier tome de son commentaire du Lévitique (1991), Jacob Milgrom s'attarde particulièrement aux théories devenues classiques de Mary Douglas sur les lois alimentaires (Lévitique 11) et sur les règles concernant la pureté corporelle (Lévitique 12-15). Cet article présente les vues que Douglas a exprimées principalement dans quelques passages de De la souillure (1971 [1966]) et dans «Deciphering a Meal» (1972). Il montre ensuite que, dans sa réception critique des théories de Douglas, Milgrom insiste principalement sur l'axe vie-mort comme sous-jacent au système du pur et de l'impur en Israël.

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Eve PAQUETTE

La consommation du sang, de l'interdit biblique à l'avidité vampirique

Certains passages de l'Ancien Testament font état de l'interdit alimentaire du sang dans le monde juif. L'étude des versets Lv 17, 11.14 et Dt 12, 23, de leur formation et de leur transformation, fait comprendre pourquoi le sang a été frappé d'interdit. Les traductions de la Bible, depuis la Septante, ont radicalement changé la vision du sang que l'on attribuait aux Hébreux; le sang-vie est devenu sang-âme. L'interdit alimentaire tel qu'il est formulé aujourd'hui, c'est-à-dire le plus souvent déformé par la traduction, est utilisé dans des ouvrages portant sur les vampires. Ces ouvrages «historico-anthropologiques» prétendent justifier de cette manière l'existence d'un archétype vampirique. Il en va tout autrement: l'utilisation des passages bibliques portant sur l'interdit du sang servirait en fait à justifier la construction d'un nouveau mythe, celui du vampire.

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Daniel ARSENAULT

Corps étranger, corps sacrifié. Le symbolisme corporel dans les contextes de sacrifice humain de la société moche du Pérou précolombien

Le sacrifice humain constituait une institution religieuse majeure chez les Moche du Pérou précolombien. En combinant les documents disponibles (archéologiques et iconographiques), l'auteur propose une lecture contextuelle du phénomène sacrificiel moche. Son interprétation révèle que le corps des sujets «bons à sacrifier», généralement des prisonniers de guerre masculins, subissait divers traitements qui visaient à le transformer en offrande sacrificielle. Par des actes d'humiliation et de préparation solennelle, les manipulations rituelles du corps à sacrifier aboutissaient à un traitement soigné au moment de l'immolation. D'autres données renseignent sur le traitement de la dépouille après consécration. Toute une symbolique du corps sacrifié se dégage donc de cette analyse qui renvoie à une vision du monde propre aux Moche.

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Roberto MOTTA

Le sacrifice, la table et la fête. Les aspects «néo-antiques» de la liturgie du candomblé brésilien

Dans le candomblé du Brésil, comme c'était aussi le cas dans la religion grecque ancienne, l'acte essentiel de la liturgie consiste dans le sacrifice d'animaux. Et, comme c'était aussi le cas en Grèce ancienne, le sacrifice nourrit les dieux et les hommes. La chair des victimes se compose de l'axé, réservé aux seules divinités, et de l'eran, consommé par les fidèles hors d'un contexte sacré. Le sacrifice a donc une fonction économique et nutritionnelle, mais également symbolique et ontologique. Car, en somme, les victimes animales ne sont que l'ersatz de l'homme, celui-ci offrant aussi aux dieux son corps et ses mouvements à travers la transe et la danse qui continuent le sacrifice.

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Michel GARDAZ

Le sacrifice de la chair et la nourriture des dieux hindous

La diète alimentaire des dieux hindous se compose habituellement de la pûjâ quotidienne. Cependant, les dieux se délectent aussi de l'amour que porte envers eux les dévots. Cette nourriture céleste peut conduire aux pires excès lorsqu'elle se métamorphose en un sacrifice volontaire de soi. Celui-ci peut être accompli de diverses manières: il y a ceux qui se jettent sous les roues d'un char en mouvement, ceux qui se précipitent dans le vide du haut d'une falaise, ou celles qui s'immolent sur le bûcher funéraire de leur défunt mari. Ces formes extrêmes de sacrifice servent, elles aussi, de nourriture aux dieux. À l'aide d'exemples tirés de l'historiographie occidentale, nous analyserons les recettes de cette cuisine en soulignant les formes multiples qu'adopte la dévotion en Inde.

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David LE BRETON

«Ceci est mon corps». Manger la chair humaine

L'anthropophagie hante nos sociétés occidentales, son interdit fonctionnant comme l'une des limites fondatrices de l'humain dans nos imaginaires. Pourtant le corps humain a longtemps été consommé sous la forme de préparations médicinales, loin de tout souci gastronomique, l'horreur d'un tel acte rehaussant dans l'imaginaire le pouvoir thérapeutique du produit. On ne goûte pas une chair succulente relevée de sauces rares, mais on se fait violence pour soigner une blessure, apaiser une douleur, se fortifier, etc. Remède universel, mais aussi parfois nourriture qu'il ne convient plus de rejeter avec horreur: confronté à la disette ou à des circonstances extrêmes où se nourrir est impossible, il devient parfois nécessaire, pour assurer sa survie, de s'alimenter de la chair de l'Autre. Mais l'expérience viole un tabou fondateur, elle bouleverse l'homme et change la nature de son humanité.

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Thierry GOGUEL D'ALLONDANS

Se nourrir et grandir. De l'importance de quelques comportements alimentaires dans les rites de passage

Cette contribution propose des lectures anthropologiques croisées sur l'impact des comportements alimentaires dans la culture d'un groupe social et, plus particulièrement, la place des usages alimentaires lors des rites de puberté sociale (Van Gennep). Au-delà d'habitudes constitutives, elles aussi, d'un idéal social, les aliments et leurs types de consommation accompagnent les différentes étapes de la vie individuelle, ravivent les souvenirs des seuils à franchir, marquent à leur tour les passages: ils forgent bien sûr le goût mais aussi le comportement.

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Joseph W. BASTIEN

Nutrition, échange et rituel dans les Andes

La malnutrition est un phénomène récent dans les Andes. Elle a été accentuée par l'appauvrissement et le sous-développement attribuables au colonialisme et au capitalisme. Les paysans andins de jadis avaient davantage à manger, en raison d'échanges alimentaires qui s'opéraient entre différentes zones écologiques. De ce fait, bien des rituels andins visent à promouvoir un tel système d'échange. Le plus répandu se joue autour d'une mesa (table) sur laquelle sont placés des aliments de provenance variée. Ces denrées sont disposées dans des assiettes de coquillage et destinées aux huacas (sanctuaires) de Pachamama (la terre mère). Les mesas andines sont intéressantes aussi bien pour l'anthropologie que pour la diététique, notamment en vue de raviver des modes traditionnels d'échanges alimentaires bien adaptés au contexte andin.

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Carole LAMBERT

Rites eucharistiques dans les us et coutumes alimentaires du bas Moyen Âge

Les us et coutumes alimentaires du bas Moyen Âge sont loin d'être barbares. Ils répondent au contraire à des règles bien précises, reposant sur des croyances qui nous sont devenues largement étrangères. Le Christ est omniprésent dans les arts de la table au bas Moyen Âge. Le cérémonial du banquet calque, sur divers points, le rituel de la messe. Du benedicite aux grâces, en passant par la génuflexion de l'huissier de salle devant la table du prince, plusieurs gestes rappellent le saint sacrifice. Le caractère sacré du pain et du vin, base de l'alimentation médiévale, se traduit par un protocole scrupuleusement respecté. Cette symbolique dicte même l'ordre de préséance des différents groupes de nobles qui assurent le service de bouche du seigneur dans les grandes maisons.

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Monique MORVAL

Mais où sont les repas d'antan? Repas et rituel aujourd'hui

Cet article envisage l'aspect rituel du repas: à quelles conditions peut-on considérer un repas comme un rituel? Quelles fonctions remplit-il alors? Dans le contexte actuel où les procédés de production, de préparation et de consommation des aliments se sont radicalement simplifiés, peut-on encore parler du repas comme d'un rituel? Il semble bien que oui, dans la mesure où tout rituel doit évoluer avec les changements dans le temps et dans l'espace, au risque de se scléroser s'il ne le fait pas.

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Georges BERTIN

Poiré, sacré poiré. La Fête du poiré dans le bocage normand

En 1980 naissait, dans le bocage normand, une fête d'un nouveau type, la Fête du poiré. Elle s'est constituée autour d'une boisson particulière liée au terroir du Passais: le poiré. Partant d'une observation sur le terrain, l'auteur de cet article cherche à montrer comment l'imaginaire social qui s'y développe depuis dix-sept ans est révélateur d'un rapport quasi religieux aux images naturelles qui sont proposées et réintroduisent ceux qui s'y adonnent dans les catégories du sacré. Adjuvant gustatif et matrice culturelle, la référence au poiré est ici interrogée dans une double perspective: structurale dans les catégories de l'organisation, et anthropologique dans celles de l'imaginaire. La fête semble accomplir une fonction de transfiguration d'un espace et d'un temps d'ordinaire livrés à la productivité. Ceux-ci, du fait du recours à un objet symbolique alimentaire - le poiré - se trouvent sublimés.

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Anne-Laure BUCHER

Engendrer, nourrir, dévorer. Les fonctions symboliques de la féminité

Le rapport de la femme à la nourriture est un lieu commun. La mère nourricière a dû apparaître, à l'origine de l'humanité - comme elle apparaît au nouveau-né -, comme la «première» réalité, non seulement d'un point de vue chronologique et événementiel, mais également de façon ontologique et symbolique. Sans cet événement, qui est repoussé dans la zone inaccessible entre nature et culture, et qui, à certains égards, doit être considéré à l'égal de la symbolisation de la sexualité, l'essentiel du lien social et religieux de l'humanité reste impensable. Par-delà cette «évidence» biologico-symbolique de la mère nourricière (que cet article analyse comme mythifiante), il y a en fait le «mystère» de l'émergence du sens et du sacré. À l'horizon de cette enquête, la fonction nourricière et digestive de la mère se détache de son enracinement mythique à la faveur d'une co-genèse de tous les éléments symboliques.

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Jean-Jacques LAVOIE et Minoo MEHRAMOOZ

Quelques remarques sur les manuscrits judéo-persans du Qohélet de la Bibliothèque nationale de France

Le but de cet article est de faire connaître les quatre versions judéo-persanes du Qohélet provenant de la Bibliothèque nationale de France. Pour ce faire, les auteurs présentent d'abord les principales caractéristiques du judéo-persan. Puis, ils retracent l'histoire et les origines des quatre manuscrits étudiés. En dernier lieu, ils examinent brièvement, à l'aide de quelques exemples, la qualité de ces quatre traductions. Cette brève étude n'est donc que le début d'une recherche que ses auteurs espèrent longue et fructueuse et qui promet d'être d'envergure internationale, puisqu'elle risque d'intéresser non seulement les juifs, les chrétiens, les musulmans et les Iraniens, mais aussi les orientalistes, les linguistes et plus particulièrement, bien entendu, les spécialistes du Qohélet.

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